​Tourisme durable au Québec: le début d’un temps nouveau?

Carolyne Parent Collaboration spéciale
Selon Isabelle Pécheux, membre fondatrice de TDQ et directrice générale de l’agence Passion Terre, l’entreprise Les Refuges Perchés Mont-Tremblant applique à la lettre le principe du «sans trace», cher au tourisme durable.
Photo: Refuges Perchés Mont-Tremblant Selon Isabelle Pécheux, membre fondatrice de TDQ et directrice générale de l’agence Passion Terre, l’entreprise Les Refuges Perchés Mont-Tremblant applique à la lettre le principe du «sans trace», cher au tourisme durable.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

En décembre dernier, sans tambour ni trompette, Tourisme Durable Québec (TDQ) voyait le jour. Cofondé par 15 acteurs du milieu touristique québécois, l’organisme, qui sera lancé officiellement en mars prochain, s’est donné pour mission de stimuler le développement durable des activités de l’ensemble du secteur. Au programme : promouvoir un tourisme soucieux de son impact sur les populations locales et l’environnement. L’un de ses cofondateurs, Jean-Michel Perron, conseiller en tourisme chez PAR Conseils et actif sur la scène touristique québécoise depuis plus de 40 ans, nous éclaire sur ses objectifs concrets.


 

Alors que la conjoncture semble susciter une prise de conscience collective quant aux conséquences de nos façons de voyager, et que la SEPAQ se réjouit de l’achalandage « historique » de ses parcs à l’été 2020, tout donne à penser que TDQ arrive à point nommé !

Effectivement, la crise sanitaire actuelle nous a fait réaliser que gouvernements et citoyens peuvent se mobiliser derrière un enjeu commun. Cela étant dit, avant la COVID-19, seule une minorité d’individus prenait réellement au sérieux le réchauffement climatique, la perte de la biodiversité et la pollution. Étonnamment, le réveil s’accélère du côté de grands groupes financiers et d’entreprises majeures. Nos gouvernements sentent maintenant la pression.

Mais, comme on le sait, il n’y aura pas de vaccin miracle contre l’actuel risque d’extinctions massives sur notre planète. Il revient à chacun d’agir à titre personnel et professionnel. Avec TDQ, on veut que le tourisme québécois renaisse par des pratiques vraiment plus durables, allant au-delà de mettre des ampoules LED et de bannir le plastique à usage unique.

 

Quels gestes démontrent qu’une entreprise touristique est sérieuse dans son engagement envers le développement durable ?

Une PME sérieuse connaît son empreinte environnementale, sociale et économique, adopte des mesures concrètes de réduction de ses impacts négatifs et planifie son adaptation et sa transition climatique.

 

Développement économique, respect des populations locales et protection de l’environnement sont les trois pôles du tourisme durable. À l’heure actuelle, au Québec, comment tirons-nous notre épingle du jeu à cet égard ?

Nous sommes privilégiés avec nos vastes ressources naturelles, l’hydro-électricité et un partage de la richesse supérieur à la moyenne des pays. Par contre, notre consommation trop élevée d’énergies fossiles par habitant, facteur crucial dans l’émission des gaz à effet de serre, notre gestion agricole et forestière non durable et l’absence de traité avec 8 des 11 nations autochtones présentes sur notre territoire font que nous avons notre part à faire…

 

Tous s’entendent pour dire qu’il est urgent d’agir pour contrer les changements climatiques et leurs conséquences. Mais qui est le véritable catalyseur du tourisme durable : le voyageur ou l’industrie ?

Si vous sondez les voyageurs, ils vont tous vous dire qu’ils veulent privilégier des destinations et des entreprises responsables et vertes, mais en réalité, lorsque vient le temps d’acheter leur voyage, la majorité d’entre eux vont choisir le moins cher. Le changement pour des séjours plus responsables et écologiquement durables provient actuellement des entreprises qui constituent le tourisme d’affaires. Ironiquement, celles-ci sont motivées par les sondages de leurs clientèles vertueuses, qui exigent de toute la chaîne d’approvisionnement touristique (hôtels, restaurants, transporteurs, etc.) des changements réels. Tant mieux !

 

Un voyage moins cher est-il nécessairement synonyme de « non durable » ?

Si, pour épargner sur le coût du transport aérien, vous faites deux correspondances et trois heures de vol supplémentaires pour vous rendre à destination, ce n’est vraiment pas « durable ». Par contre, on peut voyager comme les routards, qui circulent souvent en transport public à destination, mangent tout le temps local, consomment peu de viande et se logent dans des établissements à faible empreinte écologique. Ça, c’est « durable »… À l’autre spectre, des voyageurs « de luxe » peuvent payer une prime afin de compenser leur impact environnemental négatif lorsqu’ils voyagent en première classe ou en voiture de location, etc. En théorie, c’est aussi « durable » que le voyage du routard, mais au nom de la planète, il vaut mieux réduire directement son impact que de chercher à le compenser par l’achat de crédits carbone ou d’arbres, la compensation ayant ses limites.

 

À quelles pratiques et à quelles certifications le voyageur reconnaît-il une entreprise de tourisme durable ?

C’est justement le problème : il ne les reconnaît pas vraiment. Et on ne compte plus le nombre de certifications en tourisme durable : Global Destination Sustainability Index, Clé verte, Green Globe, Travelife, EarthCheck… Notre organisme va se pencher là-dessus avec des partenaires afin de recommander des certifications abordables pour les entreprises, reconnues par les touristes québécois comme internationaux. Ne faisons pas la même erreur que pour notre classification hôtelière, différente de celle du reste de la planète.

 

À l’échelle mondiale, de quelles destinations pourrait-on s’inspirer pour améliorer nos pratiques ?

Du Bhoutan, car il respecte sa capacité d’accueil et protège la qualité et l’authenticité des expériences des visiteurs, et du Costa Rica, pour son approche étatique et globale d’un pays durable et respectueux de l’environnement et de ses citoyens.

 

Quel est le défi le plus important que TDQ aura à relever ?

Réussir à convaincre non seulement les associations et les organismes touristiques de l’urgence d’agir, mais surtout les dizaines de milliers d’établissements (hébergements, restaurants, attraits, etc.) dans un contexte de crise qui nous fragilise tous comme acteurs de l’industrie du voyage. Il nous faut démontrer qu’on ne peut plus opérer comme en 2019, et qu’une transition réellement écologique et climatique — sans être pour autant coûteuse — est nécessaire pour survivre comme entreprise et comme citoyen ; que ce nouveau tourisme, qui positionne l’humain à titre d’une des espèces de la planète, peut devenir plus enrichissant pour sa clientèle, car il sera chargé d’encore plus de sens, de respect et de partage… C’est précisément ce que recherchent les voyageurs d’aujourd’hui.

TDQ tiendra un symposium en novembre prochain. Pour plus d’infos : info@tourismedurable.quebec

Le tourisme durable ?

Selon l’Organisation mondiale du tourisme, « le tourisme durable peut être défini comme un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs en répondant aux besoins des visiteurs, de l’industrie, de l’environnement et des communautés d’accueil. »