Rapprochement naturel avec le plein air

Nathalie Schneider Collaboration spéciale
Le belvédère Champlain, situé dans le parc de la Gatineau
Photo: Myriam Baril-Tessier Le belvédère Champlain, situé dans le parc de la Gatineau

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Le plein air de proximité a la cote ces temps-ci. Il permet d’éviter les allées et venues et de conserver le contact avec la nature, si indispensable à notre bonheur. Certes, la proximité est une notion relative qui doit être mise en perspective avec la durée de l’activité qu’on projette de faire. Reste que ce principe renvoie à une vraie tendance au Québec (et ailleurs). Preuve en est le positionnement marketing de certaines régions, qui vise clairement le marché de la grande région de Montréal avec des slogans reliés à la proximité : « La Belle d’à côté » (Mauricie), ou encore « Rapprochez-vous » (Lanaudière). Dernier texte d’une série de deux.

Une région, une vision

Lanaudière, justement. Depuis deux ans, c’est toute la région qui se mobilise pour devenir un grand parc naturel et faire du plein air le socle de son développement durable. Sur le modèle des corridors de connectivité écologique, une cinquantaine d’acteurs politiques et économiques régionaux des secteurs public et privé ont imaginé quatre corridors plein air interconnectés autour des sites de pratique (parcs, réserves fauniques, zecs, plans d’eau, etc.). Le Plan de développement lanaudois en plein air 2020-2032 entend « repenser la région en plein air de façon globale et à long terme », selon Alexandre Fréchette, agent de développement régional en plein air pour Loisir et sport Lanaudière. « C’est ici qu’on trouve le plus grand nombre de parcs régionaux dans une région et les terres publiques les plus proches du Grand Montréal », dit-il. Saint-Donat, l’un des bastions du plein air au Québec, s’est même proclamé « parc naturel habité ».


 

Des villes qui aiment le plein air

La forme ultime du plein air de proximité se joue dans la cour (arrière) des villes. L’heure est résolument au plein air urbain avec des installations qui invitent le grand public à bouger dans des espaces verts : pistes cyclables, parcs municipaux et autres infrastructures accessibles en ville. Certaines municipalités, comme Montréal et Gatineau, font des activités extérieures un axe majeur, soutenu par des plans de développement ambitieux et des budgets conséquents.

« On travaille pour devenir la capitale du vélo », résume Martin Lajeunesse, président de la Commission des loisirs, des sports et du développement communautaire à la Ville de Gatineau. Un objectif réalisable, vu le vaste terrain de jeu déjà accessible aux citoyens : son fameux parc et son considérable réseau de voies cyclables, notamment.

Mais Gatineau veut aller plus loin. La Ville vient d’adopter un Plan de développement du plein air urbain à la suite des recommandations formulées par citoyens et organismes concernés. Une enveloppe de 2,8 millions de dollars sur trois ans permettra d’améliorer l’offre existante et de soutenir des projets de développement pour des sentiers, des pistes de ski de fond ou des centres nautiques. Outre les bienfaits sur la santé publique, ce plan vise aussi à attirer des touristes étrangers autour de ces attraits considérables, notamment les deux rivières de calibre international que sont la rivière Gatineau et celle des Outaouais. Un peu comme le fait déjà la Loppet Gatineau, la plus grande course de ski de fond du Canada.


 

Vers une Montréal verte ?

Protéger 1600 nouveaux hectares sur l’île : c’est ce qu’entend faire la Ville de Montréal pour former le plus grand parc urbain du Canada. En tout, le « grand parc de l’Ouest » offrira aux Montréalais un terrain de jeu de 3000 hectares comprenant, entre autres, le parc régional du Cap-Saint-Jacques et l’Arboretum Morgan. On pourra marcher, skier, rouler dans ce vaste espace vert directement accessible par le Réseau express métropolitain. Ce projet s’inscrit dans le Plan d’action du sport et du plein air urbains (2019-2029) et bénéficie d’un investissement de 29,5 millions de dollars jusqu’en 2021 pour sa première phase. À cela s’ajouteront d’autres deniers municipaux : 57 millions de dollars pour la restauration des parcs (dont le celui du Mont-Royal, qui a bien besoin d’amour !) ainsi que 11,5 millions de dollars pour les chalets des parcs. En tout, près de 100 millions de dollars seront ainsi injectés dans les sites et les infrastructures consacrés au sport extérieur et au plein air. Du jamais vu à Montréal.

« Nous évaluons les besoins particuliers de certains arrondissements aux prises avec des difficultés socio-économiques et nous allons travailler sur l’accessibilité des lieux de pratique », affirme Hadrien Parizeau, conseiller associé au comité exécutif Sport, loisir, jeunesse à la Ville de Montréal. On se dit « sensible » aussi à la question de l’intégrité écologique dans les parcs urbains où les comportements collectifs ne sont pas toujours irréprochables (on l’a vu notamment cet été).

Penser la ville côté plein air, une vision d’avenir ?

Près de chez soi

Voici quelques pistes pour pratiquer le plein air de proximité. Cette année, certaines activités peuvent être temporairement suspendues, mais sont à garder en mémoire pour des expériences ultérieures.

Dans Lanaudière

On découvre les nombreux parcs régionaux de la Matawinie, accessibles hiver comme été, dont le parc régional de la Chute-à-Bull, dont les sentiers sont jalonnés de panneaux d’interprétation sur l’histoire locale de la drave (6 km). Ou, encore, celui des chutes Monte-à-Peine-et-des-Dalles, un labyrinthe de cascades alimentées par la rivière L’Assomption avec passerelles et belvédères pour ne rien manquer.

On emprunte une section du sentier linéaire des Contreforts (27 km), entre Notre-Dame-de-la-Merci et Saint-Côme, dans un milieu forestier privilégié.

On marche sur les charmants sentiers de la Montagne coupée (propriété de l’abbaye Val Notre-Dame), où abondent les points de vue panoramiques (avant l’arrivée de la neige). 

 

À Gatineau

On marche, on roule ou on patine sur un tronçon du réseau du Sentier de la capitale, qui traverse des milieux naturels exceptionnels et des attractions touristiques.

On profite des dernières semaines d’automne pour découvrir les sentiers de vélo de montagne du magnifique parc de la Gatineau.

On mouline en famille sur les pistes cyclables du centre de plein air du Lac-Leamy, dont celle qui fait le tour du lac.

 

À Montréal

On pédale le nez dans le guidon sur le circuit Gilles-Villeneuve, 4361 m de bitume plat facilement accessible par le parc Jean-Drapeau. 

On observe les oiseaux sur les 16 km de sentiers paisibles du parc-nature du Cap-Saint-Jacques, en accès direct par le transport collectif.

On éprouve son équilibre, pour ceux dont l’eau froide ne refroidit pas les ardeurs d’ici les premières neiges, sur une planche à pagaie à LaSalle ou au parc Jean-Drapeau. Une façon insolite de voir sa ville.