Les personnalités multiples de Los Angeles

La vue depuis la terrasse sur le toit de l'hôtel ACE
Photo: Jad Haddad La vue depuis la terrasse sur le toit de l'hôtel ACE

Lorsque nous pensons à Los Angeles, des images du boulevard Sunset, de l’enseigne Hollywood en lettres géantes et de somptueux manoirs des vedettes de cinéma nous viennent aussitôt en tête. Mais chaque quartier de L.A. a une personnalité différente qui le définit à elle seule.

Destination centre-ville

S’il y a bien une ville aux États-Unis où le déplacement en voiture est roi, voire une activité en soi, c’est bien Los Angeles. Pour l’occasion, nous optons pour la décapotable au moment de louer notre voiture. Toit baissé, liste de lecture spécialement conçue pour les road trips, nous voilà en direction du centre-ville de Los Angeles.

En passant sous l’autoroute 110 délimitant le quartier, aussi connu sous l’acronyme DTLA (Downtown L.A.), le changement de décor est frappant comparativement aux rues larges et habituellement ornées de multiples palmiers. On dirait un quartier longtemps boudé qui reprend vie pour faire place à des boutiques indépendantes, à une microbrasserie et à cet hôtel branché.

Jadis le bâtiment de United Artists, l’hôtel ACE est un heureux mélange d’architecture de l’époque et de design plutôt brut faisant place au béton et au mobilier minimaliste, tout à fait au goût du jour. Bâti en 1927 pour le studio de cinéma Maverick, le bâtiment rappelle bien l’essence de ce groupe d’artistes américains qui y travaillait et qui tentait à sa façon de se démarquer dans le milieu. L’hôtel, lui, a ouvert ses portes en 2014, et il marque parfaitement la renaissance actuelle des environs.

Il en va de même pour The Theater, salle de spectacles adjacente à l’hôtel, qui agissait à titre d’épicentre du septième art à l’époque du muet. Au moment de la fondation du studio et du théâtre de United Artists, les acteurs Mary Pickford, Douglas Fairbanks et Charlie Chaplin, ainsi que le réalisateur D.W. Griffith rêvaient de créer une maison de production indépendante du système de studios déjà bien établi à Hollywood.

Au fil du temps, le théâtre change de mains et de vocations, allant de la maison de cinéma de langue espagnole à un site de diffusion du télévangéliste Dr Gene Scott, et ce, jusqu’en 1989. Après quoi il subit une restauration minutieuse avant d’ouvrir ses portes à nouveau lors de l’inauguration de l’hôtel ACE en février 2014. Depuis, de grands noms de la musique s’y produisent, comme l’artiste canadien Bahamas qui affiche complet le soir de notre arrivée à l’hôtel.

À titre d’excellent compromis, nous passons plutôt une partie de la soirée au restaurant Best Girl, mené par le chef Michael Cimarusti, aussi connu pour les adresses Providence et Connie & Ted et pour son approche rigoureuse en matière de pêche durable. Il a notamment contribué à la réalisation du programme de pêche soutenu par la communauté, Dock to Dish, un système de traçabilité fondé en 2017 permettant de suivre les pêcheurs et de s’assurer des espèces réellement mises en marché.

C’est donc avec appétit que nous passons à table, dans un décor éclectique, décontracté, à l’image de la diversité de Los Angeles. C’est aussi ce que reflète le menu. Les légumes frais et de saison rayonnent partout sur la carte, si bien que même la salade du chef nous fait de l’œil. Ses tomates cerises ancestrales sont parfaitement à point et elles se dégustent comme des bonbons. Et que dire de ce tartare de thon albacore, agrémenté de crème fraîche, de riz soufflé et de sel de soya tout à fait équilibré, tant du côté des saveurs que de la texture.

Je poursuis dans l’univers marin en optant pour ce plat de bucatini alla vongole (spaghetti percé au centre, aux palourdes), au vin blanc, à l’ail et au persil, alors que mon partenaire préfère le plat de pâtes lumache au flanc de porc, relevé au piment calabrais, puis généreusement garni de pecorino romano. La carte des vins comprend de bonnes bouteilles provenant de diverses régions en Californie — dont seulement une offerte au verre par catégorie —, même si la majorité d’entre elles viennent de France.

Fidèles à nos habitudes, nous dénichons un bar à vins nature, de quoi prendre le pouls du quartier et parallèlement, terminer la soirée en beauté. Nous nous dirigeons donc chez Mignon, situé 6e Rue Est, à une quinzaine de minutes à pied de l’hôtel ACE. L’espace est petit et sombre. La douzaine de chaises entoure le bar et la cuisine de base installés au centre de la pièce. La carte des vins est courte, mais judicieusement conçue. La plupart des bouteilles viennent de France, quelques-unes de l’Espagne, ainsi que quelques surprises, comme ce vin orange de la région de Goriška Brda en Slovénie. Nos souhaits exaucés, nous finissons la soirée comblés et agréablement surpris par ce quartier de L.A.

Pizza Hollywood

Nous poursuivons notre exploration « losangelesque » en roulant jusqu’à l’extrémité du quartier Hollywood pour un objectif bien précis qui n’a rien à voir avec le cinéma : goûter aux fameuses pizzas de la cheffe Nancy Silverton à la pizzeria Mozza. Celle que nous avons entre autres pu découvrir dans la série Chef’s Table sur Netflix maîtrise certainement l’art de la cuisine italienne, mais plus particulièrement l’art de la pâte à pizza, qu’elle a testée maintes fois avant d’être satisfaite de sa recette.

Ce samedi midi, le restaurant est plein à craquer. Il ne reste que deux places au bar, notre endroit de prédilection. Devant nous, la brigade façonne, roule et garnit les nombreuses pâtes à pizza qui s’en vont dans le four à bois pour en ressortir bien dorées quelques minutes plus tard. L’odeur !

Pour débuter, nous optons pour l’incontournable Nancy’s chopped salad, une montagne de laitue iceberg et de radicchio, d’oignons rouges, de tomates cerises et de pois chiches, fromage provolone et salami génois, le tout nappé d’une vinaigrette bien citronnée, à l’ail et à l’origan. Un repas en soi, que nous accompagnons tout de même d’une pizza aux champignons, fromages fontina et taleggio et thym. La pizza se déguste avec tous les sens, la sensation souhaitée pour reconnaître un repas réussi. Repus, nous en profitons pour bouger un peu.

La vraie nature

Si le déplacement en voiture est la norme à Los Angeles, il ne faut pas passer à côté des nombreux sentiers pédestres du parc Griffith. C’est d’ailleurs au sommet du mont Lee dans ce parc que se trouve la fameuse enseigne Hollywood. Nous optons pour un sentier classique, celui qui mène à l’observatoire Griffith et qui fait un peu plus de trois kilomètres. Au-delà de son rôle scientifique de réel observatoire et de planétarium, ce lieu est aussi emblématique dans plusieurs films, notamment La fureur de vivre (1955) mettant en vedette le regretté James Dean, et plus récemment dans le film La La Land (2016).

Butiner d’un quartier à l’autre à Los Angeles permet certainement de changer d’ambiance selon notre humeur de la journée. Mais prendre le temps de s’imprégner de sa nature, parfois difficile à remarquer si on ne s’y aventure pas à pied, est une agréable façon de nous rappeler que la ville, aussi animée soit-elle, est entourée de parcs nationaux paisibles. De quoi apporter un parfait équilibre à un séjour des plus urbains.

Une partie des frais de ce voyage a été assumée par Discover Los Angeles.