Sur la piste de «Butch Cassidy et le Kid»

L’ancienne église-école de Grafton qui a vu défiler «Butch Cassidy et le Kid».
Photo: Malik Cocherel L’ancienne église-école de Grafton qui a vu défiler «Butch Cassidy et le Kid».

Alors qu’on célébrera, en septembre, les 50 ans du western de George Roy Hill, l’occasion est belle de se lancer aux trousses des hors-la-loi les plus séduisants de l’Ouest américain. Des portes du majestueux parc de Zion dans le sud de l’Utah au parc moins connu de Snow Canyon à la frontière du Nevada, on a retrouvé la trace de Butch Cassidy et le Kid sous un soleil de plomb.

Si Grafton est aujourd’hui l’une des villes fantômes les plus célèbres des États-Unis, Paul Newman alias Butch Cassidy et son compagnon de cavale, Robert Redford alias le Sundance Kid, y sont pour beaucoup. C’est ici, dans ce village de pionniers mormons fondé en 1862, le long de la rivière Virgin, qu’a été tournée la scène la plus emblématique du western de George Roy Hill, l’un des cinéastes favoris de Quentin Tarantino. Difficile d’oublier cette séquence où Butch délaisse son canasson entre deux braquages de train le temps d’une parenthèse enchantée et bucolique à vélo avec l’institutrice Etta Place, jouée par la belle Katharine Ross.

Cinquante ans plus tard, rien n’a changé, ou presque, à l’endroit où l’icône du cool Paul Newman a enfourché sa bicyclette, sur la chanson de Burt Bacharach Raindrops Keep Fallin’on my Head (Toute la pluie tombe sur moi). Depuis le tournage de Butch Cassidy et le Kid, la ville fantôme de Grafton, qui ne compte plus aujourd’hui qu’une poignée de maisons, semble s’être figée dans le temps. Bâtie en 1886, l’église en briques rouges, qui faisait aussi office d’école, n’a pas pris une ride et se dresse fièrement devant la maison du pionnier Alonzo Haventon Russell, laquelle a été le théâtre du curieux ménage à trois entre Butch, le Kid et Etta.

Photo: Malik Cocherel Les derniers habitants de Grafton ont quitté les lieux en 1944.

C’est en 1944 que les derniers résidents de Grafton, Frank Stephen, fils d’Alonzo, et son épouse Mary Ellen Ballard, ont plié bagage pour aller s’installer dans la ville voisine de St. George. Des associations locales, dont le Grafton Heritage Partnership Project, ont œuvré pour restaurer les quelques maisons restantes et inscrire le village au Registre national des lieux historiques en 2010. Cernée par les montagnes striées du parc national de Zion, plantée au milieu des vergers et des prairies verdoyantes, Grafton renvoie aujourd’hui l’image d’une belle carte postale.

Entre mythe et réalité

Dans cet environnement paradisiaque, qui a également servi de décor au western de 1929 In Old Arizona d’Irving Cummings, avec l’oscarisé Warner Baxter dans la peau du Cisco Kid, le mythe hollywoodien de la conquête de l’Ouest côtoie la dure réalité des pionniers qui se sont lancés dans le désert de l’Utah au temps de Brigham Young. Pour ses habitants, la vie à Grafton n’avait rien d’un long fleuve tranquille (ou d’une balade romantique à vélo), comme en témoigne le cimetière posté, telle une sentinelle, sur les hauteurs du village, au bout d’une route cahoteuse et poussiéreuse.

Les inscriptions sur les tombes fissurées déroulent le film d’une époque où les morts violentes étaient monnaie courante. Entre les attaques d’Amérindiens utes, paiutes et navajos, les épidémies de tuberculose, de diphtérie et de scarlatine et les accidents du quotidien, l’espérance de vie était plutôt limitée dans le sud de l’Utah de la seconde partie du XIXe siècle. Mais c’est loin de ce sombre tableau et de cette violence implacable que la ville de Grafton est entrée dans la légende avec un western précurseur du « buddy movie », porté par deux bandits aux aspirations hippies qui ne rêvaient que d’une chose : une retraite dorée sous le soleil de la Bolivie.

Découvrir Snow Canyon

Aux antipodes des tueurs sanguinaires de La horde sauvage (également sorti en salle en 1969), de Sam Peckinpah, Butch Cassidy et le Kid sont contraints de prendre la fuite après avoir braqué le train de l’Union Pacific Railroad, propriété du richissime E. H. Harriman. Pourchassés par la troupe de l’homme de loi Joe Lefors, les braqueurs en chef du « Hole-in-the-Wall Gang » trouvent alors refuge dans les montagnes de Snow Canyon, sans vraiment savoir « qui sont ces gars » lancés à leurs trousses.

Photo: Malik Cocherel Paul Newman et Robert Redford ont posé leurs bottes de cow-boys poussiéreuses dans le parc de Snow Canyon.

C’est dans ces montagnes, à un peu plus d’une heure de route de Grafton, que Paul Newman s’est jeté à l’eau dans un bassin naturel sculpté par le vent et la pluie au sommet d’une dune de sable pétrifiée. C’est aussi dans ce fabuleux dédale de parois ocre, de roches noires d’origine volcanique et de grès de Navajo que le Kid, connu pour être un as de la gâchette, a flingué un monstre de Gila, gros lézard venimeux qui se dore généralement la pilule dans ce coin désertique de l’Utah.

De Cassidy à Genghis Khan

Snow Canyon doit son nom à deux pionniers mormons, Lorenzo et Erastus Snow. Moins connu et fréquenté que Zion, bondé de touristes durant les mois d’été, ce parc d’État mérite qu’on s’y aventure le temps d’une journée. Ne serait-ce que pour s’offrir une randonnée à dos de cheval mémorable sur les traces de deux des hors-la-loi les plus célèbres de l’Ouest dans des paysages à couper le souffle. En plus de servir de planque au Kid et à son acolyte, ce décor saisissant n’a pas manqué d’ailleurs d’attirer l’attention des producteurs d’Hollywood, tel Howard Hughes.

 
Photo: Malik Cocherel Balade à cheval dans le parc de Snow Canyon, où Butch Cassidy et le Kid se sont lancés dans une grande cavale.

L’aviateur, spécialisé dans la production de films à gros budget, a choisi Snow Canyon pour le tournage du Conquérant en 1954. Considéré comme l’un des pires navets de l’histoire du cinéma, le biopic de Genghis Khan, avec John Wayne dans le rôle-titre, a malheureusement connu un parcours nettement moins glorieux que celui de Butch Cassidy et le Kid, qui a récolté quatre Oscar, dont celui de la meilleure photographie, et 100 millions de dollars aux guichets, soit un beau butin pour l’époque.
 

Malik Cocherel était l’invité de l’Office du tourisme de l’Utah.

Bon à savoir

Se rendre à St. George. Le plus simple est de passer par Las Vegas. Une navette assure le trajet de l’aéroport international McCarran jusqu’à St. George, près du parc de Snow Canyon. On peut aussi prendre une navette pour se rendre de St. George jusqu’au parc national de Zion et la ville fantôme de Grafton (comptez une heure de route). Pour plus d’info : stgshuttle.com

Se loger. À St. George, l’hôtel Inn on the Cliff, niché au sommet d’une falaise, offre une vue vertigineuse sur la ville. À Springdale, l’hôtel SpringHill Suites est idéalement situé aux portes du parc de Zion et à une quinzaine de minutes de la ville fantôme de Grafton.

 

À faire. La compagnie Snow Canyon Trail Rides propose des balades guidées à cheval dans le parc de Snow Canyon (snowcanyontrailrides.com). Il est aussi possible de visiter en jeep Grafton et les environs du parc de Zion (zionjeeptours.com). Pour plus d’info : visitutah.com