Les joyaux de l’Anatolie

Les sommets enneigés de Beysehir
Photo: Miriane Demers-Lemay Les sommets enneigés de Beysehir

L’Anatolie est une région où l’histoire ancienne affleure à tous les tournants et où les habitants vous accueillent le cœur sur la main. Visite en trois temps de cette région souvent oubliée des voyageurs.

Sur les étals, des fruits, des pois chiches grillés, du fromage frais, des poules dans des cages. La vie bourdonne dans ce marché installé à même la rue de ce petit village de l’Anatolie, en plein cœur de la Turquie.

Quelques pâtés de maisons plus loin, la bourgade laisse la place aux champs et aux montagnes aux sommets enneigés. Ici, pas d’autobus. Mais les rares conducteurs s’arrêtent par réflexe pour donner un coup de pouce aux piétons.

L’un d’eux nous laisse sur le bord du chemin après quelques kilomètres, non sans nous tendre une pomme qu’il coupe en deux. La route, elle, continue de serpenter le long des eaux turquoise du lac Beysehir. Ce grand lac d’eau douce est situé dans une province réputée pour son conservatisme. Et pourtant, ici plus qu’ailleurs, les habitants brillent par leur chaleur humaine et leur sens de l’hospitalité.

La chance nous sourit à pleines dents lorsque nous rencontronsOsman dans sa petite voiture bleue au moteur éreinté. « Bada ? Vous allez à Bada ? » s’exclame-t-il avec surprise. Son village, qui compte une centaine d’âmes, ne pourrait être plus éloigné des grands axes touristiques.

Photo: Miriane Demers-Lemay Les eaux turquoise près du village de pêcheurs Akyaka

Notre nouveau guide stationne sa bagnole près d’une dizaine de chaloupes colorées ; le seul moyen de transport pour se rendre au village. Sur l’île, les chaumières sont humbles. Les habitants vivent de l’agriculture, de l’élevage de chèvres et de la pêche. Les femmes sont habillées de façon traditionnelle, avec des pantalons fleuris et bouffants, et un foulard sur les cheveux.

Je suis bientôt invitée à me joindre à un groupe de femmes qui fait du pain. Dans la chaleur de la pièce, le groupe discute et me pose mille questions en riant beaucoup. Le pain s’accumule en immenses piles dans un coin de la pièce. Les femmes m’enseignent leur technique avec enthousiasme. Après quelques heures à lutter contre la pâte, ce n’est pas leur doigté que j’ai acquis, mais plutôt quelques ampoules.

Le soir, nous nous installons en cercle sur une nappe posée sur le sol, autour d’un repas composé de pain, d’olives, de fromage, d’œufs durs, de piments forts et de miel. Ümmüsen, l’adorable épouse d’Osman, nous sert abondamment du thé et de l’ayran, une délicieuse boisson à base de yogourt. Après le repas, le couple reste confortablement assis sur le sol pour regarder l’actualité et des feuilletons turcs à la télévision. Le repos est bien mérité après une journée aux champs.

La côte turque

Nous mettons le cap vers d’autres eaux couleur turquoise, sur la côte cette fois. Akyaka est un village de pêcheurs attirant des milliers de touristes provenant des grandes villes de Turquie pendant la saison estivale.

Des montagnes vertes nimbées de brume surplombent les maisons aux toits ocre. Les palmiers bordent les rues où déambulent les chats à la recherche de caresses ou de quelques restes de poisson.

En fin de matinée, la vie s’anime autour du restaurant de la coopérative de pêcheurs du village. Les petits bateaux reviennent au quai, les filets chargés de poissons. À l’ombre, on s’affaire à retirer les prises des filets, sous le regard suppliant de la faune locale.

« La pêche a été bonne aujourd’hui », se réjouit Dursun, un pêcheur d’une quarantaine d’années. À ses côtés s’active sa femme, Hulya, qui l’accompagne en mer tous les jours depuis plus de 10 ans. Celle-ci n’est pas la seule pêcheuse de la région. Autour de la baie, elles sont plus d’une centaine à pêcher ou à manœuvrer leur propre bateau. Le travail n’est pas toujours facile : il y a les tempêtes, la lourdeur des filets et les tâches ménagères qui, elles, continuent d’incomber à la gent féminine. Ce qui n’empêche pas Hulya de garder son doux sourire.

Dans la cuisine de l’hôtel, on m’invite pour le thé. Sur la table trônent des poissons frits et du pain. Ma voisine de table me donne une courte leçon de grammaire. « C’est facile, apprendre le turc, tu vois ? » m’explique Kudret de sa belle voix veloutée. Je ne suis pas certaine de partager cet avis, quoique je sois séduite par lasonorité et la poésie de la langue turque. Les femmes commencent à chanter des chansons traditionnelles et la nuit tombe sur la baie.

Dernier arrêt à Pamukkale, un « château de coton » qui porte bien son nom avec ses cascades pétrifiées d’un blanc immaculé, créées par la cristallisation de minéraux provenant d’eaux thermales. Le site, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, abrite également les ruines de la ville grecque d’Hiérapolis.

Fondée au IIe siècle avant notre ère, la ville d’Hiérapolis a d’abord été utilisée pour ses bains thermaux. Elle est ensuite devenue un important centre religieux de l’Empire romain d’Orient avec églises commémorant notamment le lieu du martyre de saint Philippe, l’un des apôtres de Jésus Christ.

La ville constitue l’un des innombrables trésors archéologiques de l’Anatolie, une région qui constitue un véritable livre à ciel ouvert couvrant des millénaires d’histoire, allant — grossièrement — de l’émergence de l’agriculture à l’Empire ottoman, en passant par l’Empire byzantin.

Du haut de la colline, la vue porte jusqu’aux menaçants nuages qui coiffent l’horizon. Bientôt, la pluie va tomber et abreuver les fertiles cultures de ces civilisations qui ne cessent de s’épanouir, à la limite de l’Orient et de l’Occident.

Bon à savoir

Le village d’Akyaka et le site de Pamukkale sont faciles d’accès depuis Istanbul. Il est possible de voyager en autobus ou de prendre l’avion (les tarifs sont pratiquement les mêmes) jusqu’à Izmir. Les deux destinations se combinent facilement à un séjour sur les côtes de Turquie. Sur la côte, ne manquez pas Éphèse et le village de Kas.

Le cœur de l’Anatolie, comme le lac Beysehir, est plus difficile d’accès. Les autobus ne font le trajet qu’une fois par jour entre Istanbul et la côte. La ville de Beysehir constitue une intéressante base pour explorer les alentours, qui contiennent de nombreux vestiges hittites.

Enfin, les cheminées de fée de la Cappadoce sont un incontournable. On peut admirer le site du haut de montgolfières au lever du soleil.

Côté sécurité, Immigration Canada conseille de faire preuve de prudence dans le pays, en raison du risque d’attentats. Les provinces du sud-est du pays, ainsi que la frontière avec la Syrie, sont à éviter.