Émouvante Gaspésie

Le rocher Percé sous la lumière d’hiver
Photo: Gabriel Anctil Le rocher Percé sous la lumière d’hiver

Immense comme un pays, mais habitée par moins de 100 000 habitants, la Gaspésie se présente au visiteur tel un territoire rude, sauvage et magnifique. Particulièrement en hiver ou au printemps, où les touristes se font rares et où la vraie nature des locaux s’exhibe. C’est, pour quiconque désire véritablement capter son âme, le meilleur moment pour l’explorer.

Plus longue route du Québec, elle qui s’étend sur plus de 1600 km, la 132 permet de découvrir un large territoire éblouissant et inspirant. Prenant sa source à la frontière américaine, la mythique goudronnée longe la rive sud du fleuve Saint-Laurent, où elle est un témoin privilégié de la spectaculaire expansion du cours d’eau. Modeste à Montréal, il devient majestueux dans le Bas-du-Fleuve, puis grandiose lorsqu’il rejoint le golfe et l’océan au bout du continent.

Pour vraiment prendre la mesure de la démesure des éléments, rien de mieux que de s’arrêter au parc national de la Gaspésie, où sont concentrés plusieurs des plus hauts monts du Québec. Accessible à partir de Sainte-Anne-des-Monts, à 700 km de Montréal, la chaîne de montagnes des Chic-Chocs rassemble en effet plus de 25 sommets dépassant les 1000 mètres, expliquant pourquoi les Micmacs l’ont surnommée la « muraille infranchissable ».

 
Photo: Gabriel Anctil Le mont Olivine offre une randonnée inoubliable et relativement facile d’une longueur de 11,5 km aller-retour.

En attendant que la neige laisse définitivement sa place à la verdure au mois de juin, une vingtaine de sentiers peuvent être explorés en raquettes, à skis ou à pied. Le mont Olivine offre une randonnée inoubliable et relativement facile d’une longueur de 11,5 km aller-retour. Celle-ci débute dans une vallée où s’écoulent paisiblement les ruisseaux jusqu’à offrir, 670 mètres plus haut, un panorama où le marcheur se sent complètement avalé par les montagnes enneigées qui l’entourent.

Sur la 132

La route 132 atteint son apogée de beauté entre La Martre et L’Anse-Pleureuse, où elle offre l’une des plus spectaculaires escapades routières au monde. Des falaises qui se jettent dramatiquement dans la mer, des montagnes qui se multiplient au loin, un ciel qui se confond avec le Saint-Laurent pour mieux s’emparer de l’horizon. Bienvenue aux pays des géants !

 
Photo: Gabriel Anctil La route 132 atteint son apogée de beauté entre La Martre et L’Anse- Pleureuse.

Coincée entre les parois escarpées et les vagues qui lèchent le chemin lors de ses grandes poussées, la route se faufile à travers les villages et offre à ses occupants des paysages givrés qui resteront à jamais gravés dans leur mémoire.

Le long du trajet, nulle trace des roulottes, des Winnebagos et des voitures par milliers qui dicteront le tempo sitôt les vacances arrivées. Seuls quelques rares pick-up, sinon la liberté totale de faire un avec le tracé tout en courbes de cette envolée en territoire abandonné.

Cet irrésistible élan vous mènera jusqu’au bout de la terre, au parc national Forillon, qui touche presque l’océan, puis à Gaspé, où Jacques Cartier a planté sa croix au nom du roi. Les rives escarpées continueront de s’enfiler comme autant de sculptures naturelles à admirer jusqu’à ce qu’il apparaisse, comme un grand bateau enneigé, le rocher Percé, notre navire amarré.

Le village de Percé vous semblera en état avancé d’hibernation. À peine un restaurant, un motel, une épicerie et un pub y sont ouverts à l’année.

Les autres commerces, dont les entrées ne sont même pas déneigées, attendent l’été et ses centaines de milliers de touristes qui l’envahiront dans une bruyante agitation difficile à imaginer en cette période particulièrement silencieuse de l’année.

 
Photo: Gabriel Anctil Le Pub Pit Caribou, à Percé, est un excellent endroit où déguster une délicieuse cervoise aux goûts du pays.

Mais les curieux qui s’aventurent ici en dehors de la chaude saison auront le privilège de s’y sustenter avec la boisson des dieux. Les microbrasseries gaspésiennes se sont en effet multipliées ces dernières années et ont fait de cette région l’une des plus réputées du pays.

Divin houblon

Le Pub Pit Caribou représente ainsi un excellent endroit où déguster une délicieuse cervoise aux goûts du pays, en compagnie de sympathiques Percéens qui vous charmeront grâce à leur accent de grands vents et à leurs histoires de pêche. Situé dans l’ancien magasin général du village, avec vue sur le magnifique rocher, l’endroit possède sans conteste une âme qui attire à elle tous les rêveurs et les créateurs des alentours.

Un peu plus loin, à Val-d’Espoir, est brassée la mythique Auval, véritable Saint-Graal des bières québécoises, introuvable en dehors de la péninsule. Quand, par un hasard particulièrement rare, quelques boîtes atteignent Québec ou Montréal, les connaisseurs font littéralement la file pour avoir la chance de goûter aux délices du maître-brasseur Benoit Couillard, qui a fondé la compagnie en août 2015.

Elle est considérée par de nombreux spécialistes comme l’une des meilleures brasseries en Amérique du Nord, ce qui a fait exploser la demande. Mais Auval continue de produire ses élixirs en petites quantités. Cette rareté l’a transformé en fantasme alcoolisé pour bien des amateurs éloignés qui n’ont jamais même vu l’une de ses bouteilles.

Heureusement, en hiver ou au printemps, il est facile d’en dénicher dans les dépanneurs et les épiceries du sud de la Gaspésie et d’en ramener une caisse ou deux à la maison.

À la prochaine fois…

Délaissant les falaises, la route débouche soudainement, à la hauteur de Saint-Godefroi, sur l’apaisante baie des Chaleurs. Difficile de la contempler sans avoir une pensée pour René Lévesque, l’enfant chéri de cette partie de la Gaspésie. Né le 24 août 1922 dans le village anglophone de New Carlisle, l’ancien premier ministre s’est abreuvé de ce décor à faire rêver jusqu’à l’âge de 16 ans, avant que sa famille ne s’exile à Québec.

Un petit musée-jardin ouvert uniquement l’été, l’Espace René Lévesque, rend hommage depuis 2018 au fondateur du Parti québécois. Mais sinon, le visiteur devra chercher pour trouver des traces du passage du père de la nationalisation de l’hydroélectricité. Sa maison de naissance, où il a grandi de 1922 à 1938, est située au 16, rue de Mountsorrel.

Anonyme et laissée à l’abandon, elle profiterait assurément d’une meilleure protection du gouvernement et pourrait devenir, avec un minimum de volonté, un arrêt obligé pour les innombrables touristes qui auraient alors la chance de terminer leur tour de la Gaspésie en beauté, en venant saluer le plus grand politicien que le Québec moderne a enfanté.

Où loger

Le Gîte du Mont-Albert permet de dormir au milieu des Chic-Chocs, dans le plus grand des conforts.

L’Auberge sous les arbres, à Gaspé, offre un repos dans un décor des plus champêtres.

L’auberge la Table à Roland est le seul hôtel ouvert à l’année à Percé. Il possède une vue privilégiée sur le rocher Percé.