Sur la nouvelle route de l’Arctique

L’autoroute Inuvik-Tuktoyaktuk est une longue voie de gravier sinueuse à travers la toundra.
Photo: Isabelle Chagnon L’autoroute Inuvik-Tuktoyaktuk est une longue voie de gravier sinueuse à travers la toundra.

Nous sommes sur la route de l’Arctique. Inaugurée au printemps 2018, il s’agit de la première route carrossable à l’année qui mène à l’océan Arctique sur le territoire canadien. Partis il y a trois heures de la ville la plus nordique du pays, Inuvik, dans les Territoires du Nord-Ouest, nous faisons du slalom entre les bras du delta du fleuve Mackenzie pour arriver à Tuktoyaktuk (surnommé Tuk), le village du bout de la route.

À Tuk, hameau sis au bord de l’océan Arctique, plus d’une expérience extraordinaire vous attend : on peut y goûter le soleil de minuit l’été, célébrer la fête de la lumière l’hiver et faire des expéditions en traîneau l’automne et le printemps.

Pour vivre pleinement chaque activité, il suffit d’avoir les yeux et le cœur bien ouverts. Sachez qu’ici, un béluga n’est pas un charmant cétacé recherché par les touristes, mais un mammifère prisé des chasseurs fidèles aux traditions ancestrales.

S’étendant sur 138 km dans la toundra, l’autoroute Inuvik-Tuktoyaktuk offre l’occasion exceptionnelle de découvrir un environnement aussi surprenant pour sa population que pour sa flore et sa faune.

Photo: Isabelle Chagnon À Tuktoyaktuk, les pieds dans la mer de Beaufort

Outre les sympathiques et réservés Inuits, on y croise de vrais voyageurs assoiffés d’aventures… en toute sécurité, puisqu’on ne roule pas vite sur cette route (environ 70 km/h) et qu’on y trouve toujours un bon samaritain en cas de pépin. De fait, l’entraide règne sur cette route sans halte.

Si on aime prendre son temps, il est possible de rouler de Montréal à Tuktoyaktuk en passant par Whitehorse (Yukon), et par l’autoroute Dempster, laquelle va de Dawson City à Inuvik sur plus de 700 km de gravier. Inaugurée il y a 40 ans, l’autoroute Dempster, avec son mythique point de ravitaillement à Eagle Plains, compte parmi les grandes routes exotiques du monde. On y traverse de nombreux écosystèmes, à plusieurs altitudes, parfois même lovés dans les nuages de grandes montagnes.

Pour économiser du temps, on peut se rendre à Whitehorse, ou même à Inuvik, en avion, louer un véhicule (à quatre roues motrices de préférence), puis foncer vers Tuktoyaktuk. Si l’on roule en véhicule récréatif ou en automobile, on peut aussi emprunter l’autoroute Inuvik-Tuktoyaktuk, mais la conduite risque d’être plus difficile lorsque la route devient meuble et se ramollit à cause des précipitations.

Photo: Isabelle Chagnon Sur la pointe de Tuk, face à l’océan Arctique, quelques tables et BBQ attendent déjà les visiteurs.

Pour faire l’expérience de cette route sans conduire, des voyagistes proposent des voyages à destination de Tuk et d’autres communautés encore plus isolées (par avion et en embarcation).

La vie nordique

Aussi inspirante que Tuk, Inuvik laisse des souvenirs impérissables. Dans cette petite ville de 3200 habitants, tous les bâtiments sont construits sur pilotis afin de résister aux mouvements du pergélisol. Sur place, on fait connaissance avec les membres de la nation Gwichʼin, communauté autochtone des Territoires du Nord-Ouest, de même qu’avec les immigrants d’ici et d’ailleurs ayant opté pour la vie nordique.

Photo: Isabelle Chagnon L’attrait touristique principal d’Inuvik, l’église Notre-Dame-de-la-Victoire, mieux connue comme étant l’église en forme d’igloo.

Ainsi, à la fin des années 1950, un Québécois a mené à bien la construction de l’attrait touristique principal d’Inuvik, l’église Notre-Dame-de-la-Victoire, mieux connue comme l’église en forme d’igloo.

Cet étonnant chef-d’œuvre d’architecture religieuse a été conçu par Maurice Larocque, frère oblat et charpentier, qui supervisait à l’époque la construction d’églises dans le Grand Nord depuis une trentaine d’années. En 2010, on a même installé une mosquée, surnommée la « mosquée de minuit » ou « la petite mosquée dans la toundra », pour répondre aux besoins des habitants de confession musulmane.

À l’instar des grandes villes, et malgré les rigueurs de la vie arctique, Inuvik sait s’adapter à l’air du temps.

Quand une route change tout !

Dans la toundra canadienne, aménager 138 km de route n’est pas une mince affaire. D’abord, par souci de puiser la main-d’œuvre le plus possible dans la population locale, il a fallu donner une formation de conducteurs de machinerie et d’opérateurs d’équipements à 130 personnes habitant les grands environs d’Inuvik.

Ensuite, au nord du cercle polaire, de tels travaux doivent se faire l’hiver et non l’été, soit lorsque le sol est bien gelé, afin de protéger le pergélisol, lequel est assez fragile en raison du réchauffement climatique. Bref, on ne creuse pas, on empile. Le fond doit donc être bien dur.

Au premier des quatre hivers qui ont été nécessaires pour aménager cette route sinueuse allant d’Inuvik à Tuktoyaktuk, on a installé une toile géotextile, afin d’empêcher le gravier et la terre de se mélanger, et une première couche de gravier.

Aux trois hivers suivants, on a rajouté des milliers de tonnes de gravier, jusqu’à quatre mètres de hauteur à certains endroits. Rappelons que le tout s’est fait dans la noirceur presque absolue de la période hivernale du Grand Nord.

Après plusieurs pétrissages et remodelages, l’autoroute Inuvik-Tuktoyaktuk a enfin pu être inaugurée au printemps 2018. En raison des variations de température et de l’afflux des véhicules qui la déforment par endroits, elle demeure en chantier.

Grâce à cette route, la population du hameau de Tuk n’est plus coupée d’Inuvik et du reste du Canada une partie de l’année ; elle peut aller et venir 12 mois par année. Les impacts sur le quotidien des habitants ont été immédiats et majeurs.

Maintenant possible à l’année, par voie terrestre, l’acheminement des produits laitiers, des antidouleurs ou encore des outils de chasse ou de pêche en a réduit et en réduira considérablement le prix.

Sur le plan touristique, les BBQ attendent déjà les VR, les gîtes touristiques se multiplient et les tables à restaurer se dressent. Un camion-restaurant, qui propose des spécialités locales, a même fait son apparition !

Alors qu’ils coulaient des jours tranquilles il y a encore un an, les 850 Inuits de Tuk voient défiler un nombre grandissant de touristes. Souhaitons que ces derniers apprennent à respecter le mode de vie inuit afin que l’harmonie règne à Tuk.
Isabelle Chagnon

Infos pratiques

Les hôtels commerciaux d’Inuvik sont des hébergements standards qui étonnent par leur taille et leur nombre. Le seul qui propose aussi un restaurant est l’hôtel Mackenzie.

La cantine de l’aéroport est un bon endroit pour fraterniser avec des employés locaux en mangeant l’énorme Dempster Burger ou une poutine au porc effiloché.

La cantine de l’hôpital permet de sortir du cocon touristique ; les repas y sont moins chers qu’ailleurs, et on voit avec surprise dans cet hôpital un espace de repos réservé aux aînés.

À consulter : spectacularnwt.com, Inuvik.ca, travelyukon.com