Visiter Washington en famille

<p>L’accès à la Maison-Blanche est interdit aux touristes étrangers, mais il est très facile (et gratuit) d’explorer une partie du Capitole, où sont situés le Sénat et la Chambre des représentants.</p>
Photo: Gabriel Anctil

L’accès à la Maison-Blanche est interdit aux touristes étrangers, mais il est très facile (et gratuit) d’explorer une partie du Capitole, où sont situés le Sénat et la Chambre des représentants.

Capitale de l’empire américain, lieu de pouvoir, d’intrigues politiques, d’espionnage et de diplomatie de haut vol, la ville de Washington fascine les Américains comme les étrangers depuis sa fondation en 1791. Mais le lieu de résidence des présidents est également un véritable paradis pour les familles et les enfants. Ils y trouvent une offre de musées et d’activités presque inégalée en Amérique du Nord. Incursion dans cette ville fascinante à travers les regards allumés de mes deux aventuriers de 10 et 13 ans, avec qui j’y ai passé une semaine mémorable.

La ville de Washington a l’immense chance de pouvoir compter sur le Smithsonian, une organisation scientifique à vocation éducative qui gère le plus grand ensemble de musées et de galeries d’art du monde. Ceux-ci s’alignent pour la plupart sur le National Mall, une immense esplanade située sur les abords du fleuve Potomac. Ce lieu fut magnifiquement aménagé selon les plans de Pierre Charles L’Enfant, un ingénieur français à qui George Washington avait confié le mandat de dessiner les contours de la nouvelle capitale.

Fait important à noter : la visite de cette vingtaine de musées et de monuments est absolument gratuite pour les adultes et leur marmaille. De quoi réjouir la bourse familiale qui n’a pas souvent droit à un tel répit.

Ayant donné les clés de ce voyage à mes fils, qui en ont établi l’horaire (presque) seuls, c’est sans grande surprise que nous avons commencé notre aventure au National Air and Space Museum.

Véritable caverne d’Ali Baba pour les passionnés d’aviation et d’exploration spatiale, l’immense bâtiment permet de suivre pas à pas la captivante évolution technologique qui a mené à la concrétisation de l’un des plus anciens rêves de l’humanité : celui de voler et d’explorer l’espace infiniment grand qui nous entoure.

Ainsi, il est possible d’observer des dizaines d’appareils, dont le célèbre Flyer des frères Wright, le Spirit of St. Louis, l’avion avec lequel Charles Lindbergh effectua le premier vol transatlantique sans escale en 1927, ainsi que le module de commande d’Apollo 11, qui ramena sur Terre les premiers astronautes qui posèrent les pieds sur la Lune, en juillet 1969.

Photo: Gabriel Anctil Le National Air and Space Museum, véritable caverne d’Ali Baba pour les passionnés d’aviation et d’exploration spatiale

Au cours des jours qui ont suivi, nous avons également admiré les chefs-d’oeuvre de Léonard de Vinci, de Van Gogh et de Picasso au National Gallery of Art ; nous avons été éblouis par les fossiles, les météorites et la collection de pierres précieuses du National Museum of Natural History ; nous avons joué aux espions au Spy Museum (musée privé, donc payant) ; nous nous sommes promenés virtuellement dans la vieille ville de Jérusalem à l’aide d’une impressionnante technologie 3D créée par le National Geographic Museum (musée privé également), puis nous avons salué les pandas, les éléphants et les guépards du National Zoo.

Bref, en quelques musées, mes garçons ont eu une formidable leçon d’histoire sur l’évolution du cosmos, du vivant, du monde animal et humain ; ils ont pu s’émerveiller devant le génie artistique et technologique dont l’humanité a fait preuve depuis des millénaires, en plus de se demander comment cette fulgurante suite de progrès avait pu aboutir… à l’élection de Donald Trump.

Politique et mémoire

Impossible de se rendre à Washington sans avoir l’impression de se tenir dans l’épicentre du pouvoir mondial. Les imposants monuments blancs des ministères fédéraux sont omniprésents, de même que ceux des organisations plus opaques et belliqueuses pour lesquels travaillent la plupart des héros hollywoodiens : le FBI, la CIA et le Pentagone.

L’accès à la Maison-Blanche est interdit aux touristes étrangers, mais il est très facile (et gratuit) d’explorer une partie du Capitole, où sont situés le Sénat et la Chambre des représentants. La visite guidée, d’environ une heure, nous a permis d’admirer la crypte, le hall, la bibliothèque du Congrès ainsi que la majestueuse rotonde, où des peintures et des statues de grands Américains rappelaient aux gens à quel point le récit historique de ce pays est constitué d’une alternance d’épisodes sombres et lumineux.

Mes enfants ne se souviendront peut-être pas de tous les détails de la vie de Lincoln, de Rosa Parks ou de Franklin D. Roosevelt, mais je suis porté à croire qu’ils ont réalisé à quel point les États-Unis ont contribué, pour le meilleur et pour le pire, à travers ses guerres, ses débats internes et ses valeurs, à définir ce que nous sommes devenus aujourd’hui.

Dans le même ordre d’esprit de la lourdeur de l’histoire, mes fils m’ont bombardé de questions devant les nombreux monuments érigés un peu partout en ville, dédiés à la mémoire des soldats et des civils morts lors de guerres, au Vietnam, dans le Pacifique, en Europe ou en Corée. Mais que répondre à ces questions d’enfants lorsque vous êtes vous-mêmes submergés de tristesse et d’incompréhension à la vue de ces milliers de noms gravés à jamais dans la froideur du granit ?

Heureusement, certains lieux sont plus heureux et ont provoqué une tout autre émotion chez leur père. Ce fut le cas du Lincoln Memorial, devant lequel je leur ai récité les premières phrases du célèbre discours I Have a Dream, que Martin Luther King a déclamé à cet endroit précis en 1963. Des paroles simples, remplies d’espoir, qui les ont touchés droit au coeur.

Hot-dog et arachides en écales

Nous avons terminé notre magnifique semaine en assistant coup sur coup à deux événements sportifs : un match des Redskins, l’équipe de football adorée de la cité, ainsi qu’une partie de baseball des défunts Expos, les Nationals.

Sous un soleil éclatant, entre deux bouchées de hot-dogs sucrés, très à l’aise parmi les dizaines de milliers d’Américains qui nous entouraient, je leur ai parlé avec nostalgie des belles années de « nos Amours », cette équipe qui nous reliait un peu plus au reste du continent. Je leur ai décrit la puissance du bras de Pedro Martinez, les exploits de Vladimir Guerrero ainsi que le cruel vol du championnat de 1994, amer souvenir, jamais complètement cicatrisé.

Puis nous avons échangé sur JFK, Obama, l’esclavagisme et la Constitution américaine. J’ai alors eu la confirmation que ce voyage les avait profondément marqués, qu’il leur avait ouvert l’esprit à bien des égards. Que notre épopée avait transformé la vision qu’ils avaient de nos voisins du sud, mais aussi du reste du monde. Je pouvais alors célébrer, commander une autre bière réchauffée et me dire que ce voyage avait assurément atteint son but premier !