L’Occitanie de tous les appétits

Le village de Saint-Cirq-Lapopie et les Causses
Photo: Dominique Viet Le village de Saint-Cirq-Lapopie et les Causses

Un micro-road trip de village en vignoble pour profiter à plein de l’été indien, cela vous dit ? Tout au plus 500 kilomètres en une semaine. À faire à vélo, si vous le souhaitez. Un lent voyage pour bien voir, bien boire et prendre le temps de manger sous la tonnelle. Tentant, non ?

Mais d’abord, qu’est-ce que l’Occitanie ? Rien d’autre que la fusion de deux régions : Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Pour vous situer, Toulouse sera notre point d’arrivée et de départ, et nous roulerons de Puy-l’Évêque à Saint-Cirq-Lapopie le long du Lot. Ainsi, nous serons « interceptés » en allant vers le nord par un vignoble qui s’étale d’est en ouest, tel que le souhaite Jérémy Arnaud, spécialiste du (re)développement des terroirs que nous rencontrons au Cahors Malbec Lounge.

C’est à Cahors, au XIIIe siècle, qu’est né le fameux black wine dont raffolent alors les Anglais. Exporté de Bordeaux, le vin fait de malbec connaît son apogée cinq siècles plus tard quand l’Église orthodoxe le choisit comme vin de messe.

Puis voilà que le phylloxéra anéantit le vignoble. Lorsqu’il renaîtra, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on privilégiera la quantité et Cahors ira cahin-caha jusqu’à ce que l’appellation renoue avec la qualité.

C’est alors que ses vins profiteront d’un coup de pouce inopiné d’un important producteur de malbec andin, qui en stimulera la renaissance : l’Argentine.

« Oui, c’est l’Argentine qui a mis le malbec de Cahors “sur la carte” vinicole mondiale il y a environ une décennie, reconnaît M. Arnaud. D’ailleurs, les étiquettes des bouteilles, qui indiquent normalement le terroir et non le cépage, spécifient “malbec”. »

Après les Français, les Québécois sont les deuxièmes consommateurs de vins de Cahors. « Mais qui sait que le terroir est si beau ? demande l’expert. Il faut que les Québécois sachent que ce vin est lié à une typicité paysagère ! » Une typicité due au Lot, cette rivière sans gêne qui slalome dans la vallée et y laisse sa griffe, des méandres géants. Une rivière que corsètent des falaises de calcaire appelées causses en occitan. Ajoutez au tableau des châteaux haut perchés et du soleil pour dorer la pierre, et vous avez là des panoramas aussi inoubliables qu’une bouteille de Château Lagrézette 2013. Tentant, non ?

1re étape : Toulouse – Puy-l’Évêque

Quelque 140 kilomètres séparent Toulouse de ce superbe village, qui tire son nom de puech, mot celtique signifiant « site élevé ». Quant à « l’évêque » en question, c’était celui de Cahors, qui l’avait annexé à son domaine. C’est qu’il avait du goût, celui-là ! Étagées, les maisons ocre des chevaliers sont du plus bel effet cubiste.

En juillet et en août, plusieurs événements (L’Été du malbec, Les Randochais) animent le bourg médiéval. Hors saison, il retrouve son calme. Les cavistes ont alors tout le loisir de débattre des mérites des différents vignobles de Cahors, et vous, de goûter leurs vins aux notes caractéristiques de violette et de réglisse.

Photo: Carolyne Parent Philippe Lejeune explique les principes de la biodynamie dans son vignoble de Floressas

Tout à côté, à Floressas, vous voilà à Moulinsart ou presque ! Philippe Lejeune, propriétaire du château de Chambert, ne se fait pas prier pour causer de sol (« le même qu’à Chablis »), de biodynamie et de la « tisane de camomille » qu’il sert à ses ceps pour qu’ils résistent mieux à la chaleur. « Moi, je veux juste que la vigne donne le meilleur d’elle-même », dit l’informaticien parisien devenu viticulteur. Nous, on a fait une belle rencontre et découvert des vins racés. Cela devrait s’avérer pour vous aussi.

Suggestion d’hébergement :
Hostellerie Le Vert, à Mauroux. Pour y être accueillis « comme des amis » et y déguster une « cuisine sincère », le tout dans un ancien domaine viticole du XVIIe siècle (hotellevert.com).

2e étape : Luzech

Nous sommes arrivés à Luzech un mercredi, jour de marché et… nous vous conseillons d’en faire autant ! Ce serait alors l’occasion de faire provision de fritons (rillettes rustiques) de canard, de cabécou (fromage de chèvre) du Quercy, d’un bout de pain, de pastis (un autre mot occitan qui signifie ici pâtisserie, soit une fine pâte feuilletée fourrée à la pomme), tout un butin à grignoter au sommet de la colline de l’Impernal, où le regard embrasse le méandre le plus resserré du Lot.

Ensuite, cap sur le château de Cayx, tout près. Érigé il y a des siècles pour contrôler la navigation sur la rivière, il est la propriété de la famille royale du Danemark depuis 1974. Caves voûtées exposant la collection d’art de feu Henri de Monpezat, le prince consort appelé ici « le roi du malbec », jardins impeccables et salle de dégustation sont ouverts au public. Sans oublier, en surplomb de la rivière, la cigaralle, « belvédère » en occitan, « où les hommes se retrouvaient pour fumer le cigare et les dames, pour écouter le chant des cigales », explique notre guide. Trop romantique !

 
Suggestion d’hébergement :
Le Domaine Le Peyrou, un bed and breakfast charmant qui a aussi le mérite d’être situé près du château Armandière, à Parnac. Le propriétaire, Bernard Bouyssou, un bon vivant, nous y a accueillis en déclarant : « On est là pour boire du vin et se faire plaisir ! » Difficile de trouver meilleur mot de bienvenue (lepeyrou.com).


3e étape : Cahors

Une excellente façon d’explorer Cahors, l’ancienne Divona des Romains, est de prendre le chemin de ses « jardins secrets ». Au nombre de 25, ils mènent, en une demi-journée, dans des lieux clés de la cité médiévale : du jardin de l’ivresse au pied du pont Valentré (classé au patrimoine mondial de l’UNESCO) au Préau céleste de la cathédrale Saint-Étienne en passant par l’Hortus de la fée Mélusine.

Au centre-ville, la Villa Cahors Malbec, où se tiennent certaines des animations du festival gastronomique Lot of saveurs (sic!), début juillet, accueille les visiteurs toute l’année dans son Cahors Malbec Lounge, un bel espace de dégustation.
 

Suggestion d’hébergement :
Le Best Western Divona. Oui, c’est un hôtel de chaîne, mais il a pour atout d’être situé à côté du plus photogénique des ponts médiévaux et à distance de marche du centre-ville (divona-hotel-cahors.com). 


4e étape : Saint-Cirq-Lapopie

Avant de vous poser pour deux nuits là où l’écrivain surréaliste André Breton disait avoir « cessé de se désirer ailleurs », vous ferez un petit détour par la grotte du Pech Merle, à Cabrerets. Plus qu’un site préhistorique majeur, ce « Lascaux du Lot » est un lieu d’émotion. « La grotte était un endroit dangereux, explique le guide. Des animaux s’y réfugiaient. On n’y emmenait donc pas ses enfants. Mais on y venait avec ses pigments, qu’on ne trouvait pas sur place. Ce qui prouve bien qu’on y allait dans le but de s’exprimer. » D’où ces tracés digitaux dans la pierre calcaire et ces peintures rupestres illustrant bisons et autres mammouths vieux de 25 000 ans !

À Saint-Cirq-Lapopie, hameau médiéval comptant parmi les Plus Beaux Villages de France, règne une rare ambiance feutrée. Et pour cause : les artistes annoncent leur atelier d’un fanion pour se distinguer des commerçants qui, eux, ont droit à une enseigne en fer forgé, mais à aucun étal de rue. Point de grand cirque touristique ici !

Après une promenade dans ses rues, qui passera obligatoirement par l’auberge des Mariniers si vous êtes fan de Breton (c’était sa résidence d’été dans les années 1950), vous pourriez aller casser la croûte au restaurant Le Cantou, où vous mangerez frais, local et à bon prix.

Suggestion d’hébergement :
Dans le Parc naturel régional des Causses, à l’hôtel Le Saint-Cirq, pour la vue (hotel-lesaintcirq.com).

 

4e étape, 2e jour : Bonjour, Sagan

Et si vous partiez en randonnée dans ce même parc ? Le parcours en boucle de six kilomètres au départ de Marcilhac-sur-Célé nous a enchantés, car il offre de beaux points de vue soit sur la rivière et les falaises, soit sur la vallée et ses cultures.

Une autre belle promenade est celle de l’ancien chemin de halage entre Saint-Cirq et Bouziès, soit 10 kilomètres aller-retour. Tracé dans le roc, il permettait autrefois aux hommes et aux animaux de trait de haler les gabares (bateaux à fond plat) qui remontaient le Lot afin de livrer leur cargaison de morue séchée et autres denrées en provenance de Bordeaux.

Photo: J. Morel Lot Tourisme La fleur de safran, une culture du Lot

À l’heure du souper, optez pour Cajarc et le restaurant L’Allée des vignes, où le chef Claude-Emmanuel Robin concocte des bijoux de plats autour de produits locaux tels qu’agneau, canard et safran du Quercy. D’ailleurs, la ville qui a vu naître Françoise Sagan organise une fête du cher pistil les 20 et 21 octobre prochain, au temps de la récolte. C’est l’occasion de visiter les safranières des alentours et d’assister à des démonstrations culinaires où l’épice est à l’honneur.

5e étape : Toulouse

De retour dans la ville rose après 125 kilomètres de route depuis Saint-Cirq, vous en profiterez pour voir une exposition d’art contemporain dans un étonnant bâtiment reconverti, Les Abattoirs, pour vous promener le long des quais de la Garonne et pour savourer un authentique cassoulet toulousain (canard, saucisse de Toulouse, porc) Chez Émile, qui le prépare selon la même recette depuis 70 ans.

Déjà coché le jour de votre arrivée ? Alors, direction musée Aeroscopia, à Blagnac, pour voir l’exposition Tintin et ses avions (jusqu’au 10 janvier 2019), une thématique appropriée pour le siège mondial d’Airbus. Faites escale au marché Victor Hugo pour faire une razzia de délices du terroir, puis soupez chez Bibent, la grande table toulousaine, place du Capitole. En passant, bibent signifie « bien boire », en occitan. Voilà qui résume plutôt bien cette virée !


Suggestion d’hébergement :
Au centre-ville, au paisible Hôtel Albert Ier, où vous pourriez également poser vos pénates le premier jour (demandez une chambre dans l’aile rénovée; hotel-albert1.com).

Renseignements :
tourisme-occitanie.com, tourisme-lot.com, tourisme-cahors.fr (téléchargez la brochure des jardins secrets et la carte de la Vélo Route), toulouse-tourisme.com et airtransat.com.

Carolyne Parent était l’invitée du Comité régional du tourisme Occitanie, de l’Agence de développement du Lot et d’Air Transat.