Esprit nature et retour aux sources dans les Catskills

L'automne dans toute sa splendeur dans les Catskills
Photo: msmoutdoors L'automne dans toute sa splendeur dans les Catskills

Dans l’État de New York, près de Woodstock, une légendaire région de montagnes attire les randonneurs et les nostalgiques du Flower Power.

Il écrivait : « Adoptez le rythme de la nature : son secret est la patience. » Il était l’un des pères du transcendantalisme, un courant littéraire américain du XIXe siècle, inspiré d’une philosophie qui exaltait la pensée intuitive et la bonté intrinsèque de l’Homme. Il s’appelait Ralph Waldo Emerson, et c’est ici, à l’ouest de la vallée de l’Hudson, dans les montagnes Catskills, que l’influent essayiste de Boston venait se ressourcer.

Et il n’était pas le seul ! Des peintres, dont Thomas Cole, le fondateur de l’Hudson Valley School, y séjournaient aussi. Sommets ronds, rochers moussus, cascades qui glougloutent… Leurs toiles aux scènes romantico-idylliques inspirèrent l’État de New York, qui amenda sa constitution, fin XIXe siècle, pour créer la Catskills Forest Preserve et ainsi mettre à l’abri des promoteurs immobiliers 1200 km2 de territoire forestier.

Au siècle suivant, c’est la Borscht Belt, corridor d’hôtels aujourd’hui disparus, tenus par des juifs new-yorkais, qui contribua à la renommée desCatskills à titre de centre de villégiature.

Puis eut lieu Woodstock, festival de référence de tous les Osheaga de la planète musicale. C’était en 1969. « Saviez-vous que le Woodstock Music and Art Fair n’a pas eu lieu à Woodstock, mais bien près de Bethel ? » demande Tamara Murray, directrice des ventes à l’Emerson Resort and Spa, qui me raconte l’histoire de la région. Eh oui, sur la ferme d’un certain Max Yasgur, à une centaine de kilomètres de Woodstock, qui ne voulait pas des 50 000 hippies attendus – un bad trip appréhendé par les autorités municipales… Il en vint plutôt 400 000 dans le champ de luzerne du fermier !

Quatre heures et demie de route séparent Montréal de la petite ville « granole » qui n’accueillit pas le party du XXe siècle, mais qui fait comme si avec brio. En ce lundi ensoleillé de la fête du Travail, des riffs de guitare nous parviennent du square : un duo y joue des airs folks.

Photo: GreatNorthernCatskills Les chutes Kaaterskill.

Autour de l’église, des boutiques de vinyles avoisinent des friperies, des cafés équitables, des bistrots végétaliens, un bazar tibétain, un marché aux puces et une braderie de t-shirts tie-dye. Évidemment, la seule épicerie du coin est indépendante et bio, et la dame qui m’en donne l’adresse porte une longue jupe des années 1960. J’ai presque envie de lui demander : « Sister, c’est par où, la commune ? »

Des galeries d’art, un centre consacré à la photographie et le musée centenaire de l’Association des artistes de Woodstock complètent le tableau culturel, sans oublier une dizaine de festivals annuels. Celui du film, « farouchement indépendant », se déroulera d’ailleurs du 10 au 14 octobre. Pas mal pour une municipalité de 5000 habitants.

Crotales et ours noirs

Woodstock est une étape sur une route bucolique qui traverse le Catskills State Park ainsi que les localités de Tannersville, un bled pimpant aux maisons multicolores, Roxbury, Fleischmanns, Phoenicia et New Paltz. Cette dernière est particulièrement fière de sa collection de maisons de pierres du XVIIe siècle : ce sont celles de ses premiers colons, des Français, et elles bordent ce qu’on appelle aujourd’hui l’Historic Huguenot Street.

Chemin faisant sur cette route panoramique, on croise d’authentiques diners d’époque, d’artisanales brasseries bien de notre temps, des fermes, ainsi que la fameuse cascade Kaaterskill, qui enchantait tant les peintres et poètes transcendantalistes. À défaut de brandir ses couleurs touristiques – où sont les hôtels ? –, la destination affiche haut et fort ces temps-ci les couleurs automnales de ses feuillus.

« Phoenicia a fait partie du palmarès de Travel + Leisure des 10 plus belles petites villes rurales des États-Unis en 2013 », souligne Tamara Murray. Phoenicia, c’est en fait une rue pittoresque, quelques restos, deux églises, un terrain de camping et… un festival international d’opéra, en août.

C’est aussi le point de départ d’une activité estivale populaire, la descente de l’Esopus Creek sur chambre à air, ainsi que celui de notre ascension du mont Tremper.

De tous les sentiers des environs, Giant Ledge et Overlook Mountain offrent certainement les plus beaux points de vue sur la vallée. Le sentier (en partie de caillasse) du mont Tremper (9,2 km et 620 m de dénivelé) mène quant à lui à une tour d’observation haute de 14 mètres, mais pour le pique-nique panoramique, c’est raté, puisque le sommet est boisé.

« Avez-vous vu le crotale qui traversait le sentier ? » demande un randonneur en me croisant. Non et, de grâce, inutile de m’en rappeler l’existence. L’ours noir, au moins, est bien visible…

Nous regagnons ensuite l’Emerson Resort and Spa. Érigé en pleine campagne, sur le terrain d’une ancienne ferme laitière, l’établissement familial est une « oeuvre évolutive » en plusieurs modules – pavillons, auberge, spa, restaurant, café, boutiques rustiques –, dont la construction a débuté dans les années 1970 « pour faire travailler les gens de la région », précise Mme Murray.

Situé en bordure de l’Esopus Creek, l’établissement de 53 chambres est charmant. Abondamment vitrés, ses espaces communs comme privés permettent à l’extérieur forestier de s’inviter à l’intérieur. Ici et là, sur les murs, les bons mots de Ralph Waldo Emerson nous sont rappelés. Des mots inspirants sur lesquels on médite dans le bain à remous de la terrasse, où devant nous se déploient les ingrédients clés de tout ressourcement : nature, beauté, tranquillité. Effluves d’herbe — la vraie — compris.

Bons plans

Une activité familiale amusante à faire au départ de Phoenicia est le Rail Explorer, un parcours de 13 kilomètres à bord d’une sorte de pédalo sur rail, qui roule sur une voie ferroviaire désaffectée le long de l’Esopus Creek. Si le temps est clément, on peut pique-niquer en chemin dans l’aire prévue à cette fin (railexplorers.net).

Avis aux pleinairistes : l’application All Trails recense plus de 50 000 sentiers de randonnée, de course et de vélo de montagne à travers le monde. On peut utiliser divers filtres de recherche, tels que « adapté aux enfants » ou « panorama ». Dans les Catskills, All Trails répertorie une quarantaine de pistes. À télécharger sur l’AppStore ou Google Play.

Situé à 110 kilomètres au sud-ouest de Woodstock, sur le site même du festival éponyme, le Bethel Woods Center for the Arts commémore l’esprit des sixties. Samedi prochain, le 6 octobre, s’y tiendra le Festival du vin de la vallée de l’Hudson et des Finger Lakes (bethelwoodscenter.org).

Avis aux fans finis de Bob Dylan : à Saugerties, Big Pink, la maison où il enregistra The Basement Tapes avec The Band, peut être louée sur homeaway.com.

Combien ça coûte Moins cher les jours de semaine à l’Emerson Resort and Spa. En vigueur jusqu’au 1er novembre, le forfait « trois nuitées pour le prix de deux » coûte 595 $US en occupation double et inclut un crédit de 100 $US au spa, les taxes et pourboires. D’autres offres avantageuses sont proposées à emersonresort.com, visitthecatskills.com, woodstockny.org et woodstockfilmfestival.org.