Savourer le Circuit du paysan

Les omnivores seront rassurés en observant ici les veaux, les vaches et les bœufs évoluer en toute quiétude dans un décor exceptionnel, avec un accès à l’extérieur en tout temps.
Photo: Hélène Clément Les omnivores seront rassurés en observant ici les veaux, les vaches et les bœufs évoluer en toute quiétude dans un décor exceptionnel, avec un accès à l’extérieur en tout temps.

Le Québec compte dix-huit « routes touristiques » à thème qui mènent aux quatre coins de la province. Chacune relie des sites touristiques évocateurs et ouverts aux visiteurs. Toutes sont bornoyées de panneaux bleus. Parmi ces routes, il y en a une qui fête cette année ses 20 ans : le « Circuit du paysan », qui sillonne sur 194 km l’ouest de la Montérégie. Bienvenue sur le premier circuit signalisé au Québec.

Créé en 1998, le Circuit du paysan porte toujours le nom de « circuit » bien qu’il fasse à présent partie des « routes » touristiques officielles du Québec, balisées à l’aide de panneaux bleus. Au même titre que la Route des navigateurs, la Route des rivières, la Route des frontières, la Route des sommets, la Route des fjords, la Route des vins…

« Lorsque le Circuit du paysan est né, il y a 20 ans, il s’apparentait plus à un petit circuit qu’à une route », explique Maude St-Hilaire, agente de développement économique au Centre local de développement (CLD) des Jardins-de-Napierville.

« On en faisait vite le tour, car il comptait à peine cinq membres et ne couvrait que deux ou trois régions de la Montérégie. Il parcourt à présent l’ensemble de la Montérégie Ouest (le Haut-Richelieu, le Haut-Saint-Laurent, le Roussillon, Vaudreuil-Soulanges, Beauharnois-Salaberry et les Jardins-de-Napierville) et liste une centaine de membres désireux de faire du tourisme et de mettre en avant l’histoire et la ruralité du territoire. »

« Au fil des ans, ce circuit champêtre est devenu l’identification géographique de la Montérégie Ouest et une route touristique gouvernementale », ajoute Maude St-Hilaire.

Chaque membre affiche fièrement le logo brun et beige du Circuit du paysan à l’entrée de son site, qui se trouve parfois au-delà de la route touristique gouvernementale signalisée par des panneaux bleus. Il ne faut donc pas hésiter à emprunter des chemins de traverse. Vous verrez, le territoire est large, impossible de tout parcourir en une journée.

Par où commencer ?

Cette année, le Circuit du paysan a mis en ligne sur son site Web une toute nouvelle carte interactive. « Cette carte va aider le visiteur à planifier sa visite sur le territoire et à profiter au maximum de son passage ici », assure Maude St-Hilaire.

« Tout s’y trouve : les différents circuits thématiques, géographiques et de randonnées à moto et la liste des points d’intérêt et des attractions agrotouristiques ou touristiques du territoire. Il suffit de cliquer sur les mots circuits, attractions, artisans, fromageries, les achats de viande à la ferme, pour que la carte clignote ou s’agrandisse. »

Au fil des ans, ce circuit champêtre est devenu l’identification géographique de la Montérégie Ouest et une route touristique gouvernementale

En juillet, j’ai visité quelques établissements du Circuit du paysan dans la région du Roussillon au nord et du Haut-Saint-Laurent plus au sud. Partout, je me suis régalée. Le Circuit du paysan est reconnu parmi les meilleures routes gourmandes du Québec. Je m’étais promis d’y revenir au mois de septembre pour cueillir des pommes, voir les feuilles virer au rouge sur le bord du lac Saint-Louis, admirer la lavande en fleurs.

Île Saint-Bernard – Châteauguay

Les Amérindiens prisaient cette escale sur le fleuve, les seigneurs aussi. Le sieur Charles Lemoyne de Longueuil y fit construire un manoir, une fortification en bois, une chapelle, un moulin à vent. Puis Marguerite d’Youville en fit l’acquisition. Et les Sœurs grises viendront habiter la seigneurie et protégeront le territoire de nombreuses années.

C’est en compagnie de la fondatrice des Sœurs grises que nous découvrons l’île et son tertre avec sa dizaine de bâtiments, dont certains ancestraux, tel le Bistro La Traite, le Manoir d’Youville — jadis lieu de retraite des sœurs devenu un hôtel de charme de 115 chambres, et, en bordure du magnifique lac Saint-Louis, un moulin datant de 1686.

En route vers le cimetière où sont enterrées quelque 2000 religieuses, notre guide bifurque vers la fameuse grotte érigée en l’honneur de Notre-Dame-de-Lourdes.

« Les sœurs ont fait construire cette grotte lorsque le gouvernement leur a dit qu’il allait détruire l’île Saint-Bernard pour faire passer la voie maritime », explique Marguerite d’Youville. « Voulant protéger le patrimoine d’ici, les sœurs ont prié et négocié, et le mélange des deux a permis de sauver l’île et son site historique. »

« Protéger la vie sous toutes ses formes », tel était l’adage de ces sœurs écolos avant l’heure, qui ont implanté verger et ferme laitière et semé orge, avoine, blé, sarrasin. Est né de cette flamme pour la nature le Refuge faunique Marguerite d’Youville. Aujourd’hui, les fous de plein air, les ornithologues, les photographes ont de quoi s’amuser sur ce territoire protégé d’une superficie de 223 hectares sillonné de sentiers.

Quant au verger de mille pommiers, certifié biologique par Écocert Canada, l’autocueillette d’une durée approximative de deux semaines débutera le 22 septembre.

Le Lavandou – Hinchinbrooke

Eh oui, de la lavande en Montérégie Ouest ! Depuis près de 30 ans, ET de qualité biologique, donc comestible. Et comme la lavande adore le soleil et pas du tout la pluie, elle semble merveilleusement bien pousser cet été. Fin septembre, le Lavandou sera en fleurs. À temps pour la journée porte ouverte du 30 septembre sur le Circuit du paysan.

Photo: Hélène Clément Un champ de lavande en fleurs du Lavandou, à Hinchinbrooke

En plus de profiter d’un superbe paysage, le visiteur pourra se procurer du miel de lavande, du sirop d’érable à la lavande, de la tisane à la lavande, de l’huile essentielle 100 % lavande, du savon, des bains moussants, du gel douche, des sels de bain, des baumes à lèvres…

Mais encore plus agréable, le plaisir de piquer une jasette avec les propriétaires, André Librex et Diane, sa femme. Le Méditerranéen vous racontera avec passion comment, avec douceur et ruse, il a réussi à implanter de la lavande à Hinchinbrooke. 

Bon boeuf – Saint-Chrysostome

Les omnivores seront rassurés en observant ici les veaux, les vaches et les bœufs évoluer en toute quiétude dans un décor exceptionnel avec accès à l’extérieur en tout temps. Où la nourriture pour la totalité du troupeau ne contient ni OGM ni antibiotique. Où les animaux ne reçoivent aucun implant d’hormones. Et où les vaches et leurs veaux broutent ensemble sans stress dans les pâturages, du mi-printemps jusqu’à l’automne.

« Nous poursuivons ce que mon père avait entrepris dans les années 1980 », explique Chantal Agnew, copropriétaire avec son mari Frank Boyle de la ferme. « Nous continuons à avoir recours à l’insémination artificielle, ce qui nous permet de choisir le reproducteur approprié pour chaque vache et d’assurer la qualité génétique du troupeau. »

La Boutique Bon Bœuf a ouvert ses portes en 2015 et, depuis, on peut se procurer de la viande en ligne ou à la ferme. Un tour dans cette campagne bucolique est un ravissement.

La boutique est située à 45 minutes de Montréal, dans la vallée de la Châteauguay, à 10 minutes des vergers et des vignobles de Covey Hill.