Virginia Beach: renouveau à la plage

Au Back Bay National Wildlife Refuge, on a la plage à soi.
Photo: Carolyne Parent Au Back Bay National Wildlife Refuge, on a la plage à soi.

Certaines destinations touristiques sont plus résilientes que d’autres. Prenez Virginia Beach… L’avènement du train met la principale station balnéaire de l’État de la Virginie sur l’écran radar des vacanciers dès la fin des années 1800. « Et c’est le grand hôtel Cavalier qui solidifie sa position, en 1927 », explique Ron Kuhlman, vice-président des ventes et marketing, secteur tourisme, au Virginia Beach Convention Visitors Bureau.

Dans les années 1970, la destination a toujours la cote, notamment auprès des Québécois. Elle devient même celle des lovers grâce à une campagne publicitaire iconique. Puis, lentement mais sûrement, elle se démode. Le guide Lonely Planet lui prête même une réputation de « Riviera pour les ploucs » qui lui colle au boardwalk.

Ron Kuhlman hausse les épaules lorsque je lui en fais mention. « Oh, mais qu’ils en reviennent donc ! dit-il. C’est à vous de voir ce qu’il en est vraiment. » Veni, vidi… et constat : Virginia Beach connaît une véritable renaissance, propulsée par une nouvelle génération d’acteurs touristiques créatifs. Ajoutez des plages franchement idylliques, des activités qui sortent de l’ordinaire, des fruits de mer d’enfer (par ici, huîtres et crabe bleu !) et vous obtenez une station balnéaire tout à fait inspirante.

Les plages à la page

Virginia Beach compte trois formidables rubans de sable blanc totalisant 56 kilomètres, et chacun attire une clientèle différente. Au nord, la plage de la baie du Chesapeake, aux eaux calmes, est la préférée des familles. Elle est bordée en partie par le terrain de camping du First Landing State Park. C’est là que débarquèrent, en 1607, les premiers colons anglais dans ce qui allait devenir la Virginie. Pour se mettre au frais, cap sur les sentiers de ce parc historique, qui mènent au coeur d’une forêt de cyprès et de chênes.

Photo: Carolyne Parent La statue de Neptune sur le boardwalk.

Au sud, adjacente au très serein Back Bay National Wildlife Refuge, la plage de Sandbridge est celle des contemplatifs. Dans ce secteur, de fort jolies maisons sur pilotis sont offertes à la location saisonnière.

Entre les deux, la plage de la Promenade est appréciée des surfeurs (entre la 1re et la 7e Avenue) et de ceux qui carburent au ramdam : on est ici dans le feu de l’action !

C’est sur cette plage, à la hauteur de la 74e Avenue, que Matt Redford, guide chez Chesapean Outdoors, m’avait donné rendez-vous pour une sortie en mer. L’objectif ? Deux heures d’observation des dauphins en kayakant vers la baie et Cape Henry.

« Et on en verra ? Vraiment ? » fit la sceptique dans l’esquif. « C’est sûr ! dit-il. Il y a ici de 400 à 500 dauphins en permanence, car les eaux à la confluence de la baie et de l’Atlantique sont très poissonneuses. »

M. Redford avait raison : tout le gratin dauphinesque se bousculait au buffet. Un fort courant nous empêchant de pagayer vers le cap, nous avons eu tout le loisir d’assister, sans grand effort, au ballet des mammifères, de joyeux m’as-tu-vu !

Capitaine, ex-pêcheur de crabe et ostréiculteur passionné, Chris Ludford propose lui aussi une sortie en mer originale : une dégustation d’huîtres les pieds dans l’Atlantique qui nous familiarise avec le « merroir », ou terroir maritime, de Virginia Beach.

En route vers ses cages, le propriétaire de Pleasure House Oysters en a profité pour me causer d’une initiative pro-environnementale qui tombe sous le sens. Dans l’estuaire de la rivière Lynnhaven, un affluent de la baie de Chesapeake, il combat l’érosion des rivages en créant des récifs ostréicoles à l’aide de coquilles d’huîtres, celles-là mêmes qu’il récupère des restaurants auxquels il vend ses mollusques. Et ça marche !

« Regardez là, là et là : l’îlot est intact ! dit-il. J’ai commencé en 2013, mais ce seront sans doute les enfants des enfants de mes enfants qui profiteront de ces efforts. » En sus de la protection de la côte, ces « barrières » servent également d’habitat aux huîtres, qui s’y fixent et contribuent à l’assainissement des eaux. « Une huître filtre 50 gallons d’eau par jour, poursuit l’écolo. Quant au calcium des coquilles, il contribue à contrer l’acidification de l’océan, causée par le réchauffement climatique. » Eh bien, voilà une bonne nouvelle pour la crassostrea virginica, qu’il me tarde de goûter, accompagnée du steel chardonnay virginien qu’on a apporté à bord !

Verdict ? Charnues, goûteuses, salées mais pas trop… Vive la mer qui produit un tel délice en 18 mois avec le coup de pouce de M. Ludford. Merci aussi aux Amérindiens, qui ont instruit les premiers colons dans l’art de le consommer !

Pendant ce temps, à la ferme…

Acheter des légumes frais, apprendre à faire des marinades ou un jardin potager, cuisiner avec un chef du coin, se balader dans les champs avec les enfants et saluer au passage les poules en semi-liberté dans le pâturage… Oui, visiter la ferme New Earth est une option pas mal plus édifiante que de magasiner à l’outlet quand le temps n’est pas propice à la bronzette.

Photo: Carolyne Parent De l’océan au... palais, les huîtres de Chris Ludford!

À proximité de Sandbridge, « cette ferme appartient à Kevin Jamison, un ex-employé qui l’a achetée avec des partenaires pour approvisionner son restaurant d’une source durable », dit Lindsay Gutierrez, responsable de la programmation. C’est une ferme responsable et impliquée dans sa communauté, où les résidents sont invités à en acheter des parts en échange de denrées, et les apiculteurs à y installer leurs ruches. « Elle transmet aussi des savoirs traditionnels, poursuit la directrice. Oui, ça se mange, l’ansérine blanche [épinard sauvage], alors pourquoi vouloir l’éradiquer ! »

Comme il se doit, le restaurant-boulangerie de-la-ferme-à-la fourchette du jeune fermier, Commune, est situé dans ViBe, un quartier en voie de développement dans le secteur du MOCA, le musée d’art contemporain de l’État de la Virginie.

Surfer sur la ViBe

Dans une dizaine de pâtés de maisons, des boutiques d’artisanat, des ateliers d’artistes, des cafés et autres commerces dynamisent ce creative district. La Chesapeake Bay Distillery est de ceux-là. « Normalement, mon entreprise serait implantée en zone industrielle, dit Chris Richeson, copropriétaire. Mais en étant installé ici, je peux offrir une expérience de dégustation aux touristes, même si je tire évidemment l’essentiel de mes revenus de la vente de mes alcools. » Et lors de mon passage, ces touristes semblaient vraiment apprécier ses rhums, vodkas et autres bourbons !

De juin à la fête du Travail, tous les samedis, ViBe accueille un marché fermier assorti d’un marché aux puces. C’est une autre occasion de prendre le pouls de la ville. Au premier, Lori Golding Zontini, fondatrice de It Started with a Fig, fait goûter ses confitures naturelles. Au second, Sarah Tobey McLellan et Aaron McLellan ont une échoppe de confection de très beaux sacs en toile cirée et en cuir, qu’ils commercialisent sous le nom de North End Bag Company.

Installés à Virginia Beach depuis un an et demi, ils en apprécient la qualité de vie. « Ce ne sont pas les Caraïbes, ce n’est pas une destination chère, dit l’artisan. Elle attire donc plein de gens qui peuvent se procurer ce que nous faisons et qui sont même surpris de trouver tous ces commerces derrière le front de mer. »

Car oui, il y a tout un monde derrière le boardwalk de Virginia Beach !

Carolyne Parent était l’invitée du Virginia Beach Convention Visitors Bureau.

Carnet de route

Y aller : en voiture. Comptez une douzaine d’heures de route pour avaler les 1100 kilomètres qui nous séparent de la destination.

Se loger : donnant sur la plage de la Promenade, Oceanaire est un hôtel dont toutes les chambres sont dotées d’une cuisine. (virginiabeachresorthotels.com) Pour la location d’une maison du côté de Sandbridge : sandbridge.com et siebert-realty.com. Pour faire du camping à proximité de la plage, on réserve au parc (first-landing-state-park.org). Pour le grand luxe, on va au Cavalier. L’hôtel historique vient de rouvrir au terme de rénovations de 75 millions $US.

Se régaler : poisson, fruits de mer, vins virginiens et coucher du soleil au bout de la terrasse, c’est tout bon chez One Fish Two Fish, situé à la marina Long Bay Pointe.

Se renseigner : chesapean.com, PleasureHouseOysters.com, virginiaoystertrail.com, newearthfarm.org, communevb.com, virginiamoca.org, chesapeakebaydistillery.com, northendbagcompany.com

Combien ça coûte ?

C’est moins cher pour nous ! Des restaurants, des hôtels (comme Hyatt House), des agences (tel Chesapean Outdoors, qui propose la sortie en kayak) et autres commerces accordent à l’année (sauf les jours fériés américains) jusqu’à 35 % de rabais sur leurs prix courants, sur présentation de notre passeport.

On consulte les offres, qui s’ajoutent hebdomadairement, sur VisitezVirginiaBeach.com