Inde - Esprit, es-tu là?

Yoga<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Yoga

Rishikesh — Le Dehradun Shatabdi Express crache ses passagers sur le quai de la gare de Haridwar, au nord de Delhi, là où l'Inde commence à quitter la vallée pour prendre de la hauteur. Il fait nuit. Le soleil s'est couché tout à l'heure dans un ciel safran, ce qui est logique. Debout dans le wagon qui tanguait, les gens ramassaient leurs bagages avant que le train n'entre en gare.

Quelques semaines plus tôt, j'étais chez des amis de Jaipur qui m'avaient invité à souper dans un centre récréoculturel de banlieue en forme de village rajasthani reconstitué. Ils m'ont fait passer chez le diseur de bonne aventure: «Bouge, bouge, ne te fixe nulle part», m'a-t-il dit. Ces gens-là ne disent jamais que ce que vous savez déjà.

À une demi-heure de bus de Haridwar, il y a Rishikesh, capitale mondiale autoproclamée du yoga, appuyée à l'Himalaya, effilochée le long des rives du Gange. Des temples massifs. Des eaux autrement moins sales qu'à Varanasi, loin en aval.

Deux ponts piétonniers qui enjambent le fleuve avec une élégance aérienne. Les Beatles ont fait connaître Rishikesh à la fin des années 1960 en se rendant dans l'ashram de Maharishi Mahesh Yogi. Julia, Blackbird, Dear Prudence... Ils en seront immensément inspirés.

Le yogi est mort, son ashram est à l'abandon depuis dix ans. Rien ne dure. Mais des dizaines d'autres ashrams et d'hôtels ont pris le relais. Dans quelle mesure les Beatles, ou ce qu'il en reste, s'y reconnaîtraient-ils? Du balcon du Sri Sant Seva Ashram où les chambres coûtent deux fois rien, on regarde les touristes descendre la rivière en rafting.

Sur la rue principale du quartier de Lakshman Jhula, la chaîne Coffee Day a ouvert un café où l'expresso n'a rien à envier à personne. À la radio jouent les Rolling Stones, comme pour narguer. Un peu de Céline Dion aussi... Capitale internationale du yoga?

Ici, tout le monde est prêt ou connaît quelqu'un qui est prêt à vous donner des leçons. Du meilleur et du pire. La quête spirituelle, ça se magasine, l'offre est surabondante. Personne ne vous en tiendra rigueur, l'argent et le religieux se marient en Inde sans l'ombre d'un conflit. La leçon que j'ai suivie le premier matin était plutôt mauvaise. À peine le temps de respirer qu'il fallait plonger dans la contorsion suivante.

Du yoga McDo, de la méditation fast-food. Me suis dit: les cours étaient bien meilleurs à Montréal, coin Fleury et Christophe-Colomb. Pendant un instant, néanmoins, mon esprit s'est positivement délié. C'est tout ce qui compte. Peu cher payé, finalement, pour une séance qui n'a coûté que cent roupies. À peine plus de 2 $.

Rishikesh? Assemblage étrange, indicible d'étrangers et de sadhus, d'illuminés de toutes les couleurs, de mordus du trekking, de mendiants, de commerçants, de singes sournois. Mais encore: la foule des femmes en sari et des pèlerins indiens en famille, traînant sur les ghats et sur les ponts. Les concerts hallucinants de cloches dans les temples au coucher du soleil. Ceux des chiens la nuit.

Le spectacle de la ville et du Gange, en contrebas, depuis le Devraj Coffee Corner... «Bouge, bouge», disait le devin. Me voici à Rishikesh à vouloir le contredire. On s'accroche les pieds. Le lendemain matin, le prof de yoga serait plus compétent.
1 commentaire
  • yello - Inscrit 12 juillet 2010 11 h 00

    si près et si loin

    Bonjour, pourtant vous étiez si près ! À moins d'une petite heure de Lakshman Jula, il y a plusieurs ashrams sérieux et intéressants. Vous auriez pu y méditer, faire du yoga de 10 à 12 heures par jour et recevoir une formation de haut niveau dans le silence et dans un environnement idéal, loin des caméras et clichés, loin aussi des touristes et freak à pédales .... Les endroits que vous décrivez sont des ghettos à touristes. Il s'agit de bien s'informer. Bouge, il aurait fallu bouger comme le disait votre devin ! Bonne route.