Hausse des prix du vin à venir

Vue de Nuits-St-Georges à partir de Château Gris appartenant à la maison Albert Bichot
Photo: Flore Deronzier Vue de Nuits-St-Georges à partir de Château Gris appartenant à la maison Albert Bichot

Le millésime 2021, dont les jus commencent à peine leur fermentation en Bourgogne, a été compliqué. À la suite des trois « glorieuses » 2018, 2019 et 2020, il semble déjà qu’une raréfaction de l’offre revoit à la baisse les ambitions des nombreux amateurs de vin de Bourgogne à travers le monde.

Rassurons-nous tout de même car, avec un tiers de la production en moins, la récolte 2021 a aussi plombé, mais sévèrement cette fois, le Jura (-85 % !) et la Vallée de la Loire, minorée de 55 à 60 % de ses volumes.

Gels, grêle, mildiou, sécheresse… L’impact climatique est réel. Avec des répercussions à la fois économiques et bien sûr, humaines. Clarifions déjà les prix de la Bourgogne, dont plusieurs soutiennent qu’ils sont excessifs. Non extensible, le digne pays des moines de Cîteaux n’en encaisse pas moins depuis des années une demande forte qui n’est pas près de se tarir. Les allocations pour les grands vins y sont désormais monnaie courante à l’image des « grands seigneurs de Bordeaux », mais à la différence que ce sont des caisses entières qui sont ici enlevées par les amateurs (spéculateurs). Faites le calcul : avec des volumes six fois moindres que son vis-à-vis bordelais, la situation des prix pratiqués en Bourgogne demeure, toutes proportions gardées, cohérente.

Ajoutons qu’avec l’impact déficitaire des volumes sur les prix pour les millésimes 2019 (-20 %), 2020 (-20 %) et maintenant 2021, la SAQ pratiquera de son côté une majoration des prix tablettes à compter du 7 novembre. Avec des frais fixes qui s’envolent du côté des vignerons, un manque à gagner en matière de production et maintenant une hausse des prix à venir de notre société d’État, tout semble être réuni pour une tempête parfaite !

Des discussions entre le monopole et l’industrie (A3 Québec représentant 71 agences et 3000 producteurs de vins, bières et spiritueux et comptant pour 97 % des ventes en succursales) sont en cours depuis des mois. N’y aurait-il pas, de part et d’autre, arguments à mettre de l’eau dans son vin, considérant la situation humaine catastrophique actuelle qui a cours outre-Atlantique ? S’ensuit la question corollaire : le consommateur acceptera-t-il, lui, cette hausse de prix annoncée alors que la disparition complète de nombreux produits est à prévoir ?

Prenez l’exemple de la maison Albert Bichot, dont le sympathique et visionnaire Albéric, de la sixième génération, est le grand timonier. Le Devoir s’est entretenu avec son directeur commercial, Christian Ciamos. Son conseil : encaver déjà quelques bouteilles issues des trois « glorieuses », car les beaux jus seront plus rares dans la prochaine année.

Du côté des prix, mais surtout de l’homogénéité de la qualité, les vins de cette maison œuvrant désormais en agriculture biologique sur 46 appellations depuis 2018 se rapprochent de cette espèce « d’idéal » en matière de vin de Bourgogne. Les climats y sont circonscrits avec acuité et les fruits traités avec délicatesse pour des vins de haute sensibilité. De petites quantités seront mises en rayons au cours des prochaines semaines. À surveiller !

Chablis 1er Cru « Les Vaillons » 2019, Domaine Long-Depaquit (51,50 $ – 14571832). Brillant ! Délicatesse et vibration fine pour un blanc sec à peine imprégné du souvenir du bois. (5+) © ★★★★

Meursault 2019, Domaine du Pavillon (99,25 $ – 12497667). Amplitude et pureté de fruit intégrant un fruité de pomme/poire sur fond vivant et tendu où le boisé fin affleure © (5+) ★★★★

Mercurey 1er Cru « Champs Martin » 2019, Domaine Adelie (53,25 $ – 14571710). Tout l’éclat d’un fruité issu de calcaires, doublé de l’étoffe fine apportée par les sols bruns plus argileux. (5+) © ★★★ 1/2

Gevrey-Chambertin « Les Murots » 2019, Domaine du Clos Frantin (87,25 $ – 14800818). Un étalon de mesure ! Avec ses tanins fruités nets, un rien serrant, étoffés, précis et bien vivants, un rouge de grand soir. (5+) © ★★★★

Beaune « Les Épenottes » 2018, Domaine du Pavillon (54 $ – 14800842). À la fois profond et aérien, sensuel et sphérique, livrant une sève au goût de cerise d’un charme inouï. (10+) © ★★★★

Pommard 1er Cru « Les Rugiens » 2019, Domaine du Pavillon (156 $ – 14796231). Un autre bio de haut niveau, avec ce pas de danse du boxeur élégant, articulé et précis, énergique et riche des enseignements de son terroir calcaire. Grand vin racé, long en bouche. (10+) © ★★★★ 1/2

Le Beaujolais, toujours amical en matière de prix

Peut-on parler de Bourgogne sans mentionner le Beaujolais ? Le Devoir se permet une (autre) incursion du côté de cette appellation montante, dont les prix sont encore inversement proportionnels à l’enthousiasme des nombreux amateurs à l’affût de ces vins de soif comme de garde, toujours délectables. À noter que les quantités sont variables, certains vins étant très recherchés. Parmi les 10 vins dégustés à l’aveugle, le Brouilly 2019, Voujon du Domaine Ruet (21,45 $ — 11865245), malheureusement bouchonné, devra être ultérieurement réévalué.

Beaujolais blanc 2020, Jean-Paul Brun (26,85 $ — 713495). Ce chardonnay n’a rien à envier aux cuvées des consoeurs situées plus au nord. Son fruité de pêche abricotée, son ampleur en bouche et sa touche fine d’acidité citronnée sculptent un palais généreux, d’une longue texture crémeuse. On se régale ! © (5) ★★★ 

Beaujolais « Les Griottes » 2020, Pierre-Marie Chermette (19,10 $ — 11259940). Les Chermette livrent ici un panier de cerises sur un plateau d’argent ! C’est parfumé avec une bouche bien vivante, enjouée, charnue. Un verre n’attend pas l’autre. Ce serait d’ailleurs impoli de faire attendre ce verre, non ? (5) ★★★

Morgon Côte du Py 2018, Laurent Guillet (22,25 $ — 13841571). L’un des six climats du cru Morgon, la Côte du Py en est aussi le centre avec son sous-sol composé principalement de roches bleues schisteuses. Tanins fins, très frais, offrant corps, vigueur et une amertume en finale qu’il serait bienvenu de gommer à table avec une volaille fourrée aux champignons… © (5) ★★★

Moulin-à-vent « Les Burdelines » 2018, Manoir du Carra (23,50 $ — 13618184). La légère pointe d’acidité volatile « accélérait » en quelque sorte le profil aromatique de ce rouge corsé tout en aiguisant le palais, ajoutant ainsi à la dynamique. Pointe d’évolution déjà avec quelques notes animales et de cerise au marasquin. (5) ★★★ ©

Chamodère 2019, Domaine les Capréoles, Régnié (25,45 $ — 14332276). On est au plus près du fruité sur ce superbe bio au goût net de cerise doublé d’un souvenir boisé délicat. La mâche y est fraîche et fine, croquante et intègre. Le hic est que les quantités fondent comme neige au soleil. Haute palatabilité ici ! (5) ★★★

Morgon « Corcelette » 2018, Château des Jacques (26,45 $ — 13863817). Une solide prise en main du fruité, cadrant la cerise noire avec une structure boisée manifeste, mais intégrée, d’un touché de bouche longuement palpable. Attention ! Pas du beaujolais nouveau ! Mon conseil, placez tout de même trois bouteilles en cave, car à ce prix… © (5 +) ★★★ 1/2

Moulin-à-vent 2019, Jean-Paul Dubost (27,45 $ — 12741025). Il y a dans ce vin une liberté de saveurs qui force à ouvrir les fenêtres sur un jardin parfumé d’une fin de journée de juillet. Un gamay d’un naturel saisissant, ouvert, très frais, évoluant déjà sur des notes animales plus épicées, le tout décliné avec corps, charnu et longueur. Oui, naturel et saisissant. © (5+) ★★★ 1/2

Fleurie 2019, Poncié, Pierre-Marie Chermette (28,75 $ — 10837314). Autant « Les Griottes » 2020 citées plus haut se goûtaient bien, autant ce Fleurie demeurait refermé sur lui-même lors de la dégustation. Comme toujours, chez les Chermette, une vendange traitée avec des gants blancs, infusant en quelque sorte délicatement ce beau gamay noir à jus blanc. © (5+) ★★★

Morgon 2019, Jean Foillard (31,25 $ — 11964788). La pédale douce est mise ici sur les sulfites alors que le gamay, sain et bien mûr, relève la tête avec une vision claire d’un fruité parfaitement révélateur de son terroir. Il devient une « brise » de vin, insufflant, tel un souffle profond, une dimension fine et dynamique de cette même dimension terroir, sans concentrer, le plus naturellement possible. © (5+) ★★★ 1/2

Morgon « Cuvée Corcelette » 2019, Jean Foillard (47,75 $ — 12201643). Nous sommes dans les mêmes eaux que le vin précédent, mais avec plus d’encadrement, de profondeur, de densité fine des tanins qui prolongent ici une longue, une exquise finale. L’ambiance se rapproche d’un Vosne-Romanée ou d’un Chambolle-Musigny par cette capacité de porter loin des flaveurs qui jamais ne concentrent, mais ouvrent plutôt sur des horizons. © (5+) ★★★★

À grappiller pendant qu’il en reste!

Mondeuse 2019, Jean Perrier, Savoie, France (18,30 $ — 11208430). J’aime ce cépage dont le profil loge entre une syrah épicée, un gamay enjoué et un pinot noir parfumé, mais c’est surtout cette souplesse friande et ce charnu de fruit convaincant qui accrochent, en fraîcheur et en légèreté. Un joli rouge de caractère à servir frais, sur quelques rondelles de saucisson et autres petites choses toutes simples. (5) ★★ 1/2


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans

(5+) se conserve plus de cinq ans

(10+) se conserve dix ans ou plus

© devrait séjourner en carafe

★ appréciation en cinq étoiles

 

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