Une caisse pour la quarantaine

Une petite place pour les vins de chez nous dans votre caisse?
Photo: Jean Aubry Une petite place pour les vins de chez nous dans votre caisse?

La 10e édition du Salon des vins Printemps DézIPpé, qui devait « débourrer » aujourd’hui même au Marché Bonsecours de Montréal, est remise aux calendes grecques à cause d’un virus venu de Chine. C’était une occasion pour l’amateur de déguster et de se procurer, à l’unité ou à la caisse, quelques-unes des 500 propositions de vins et d’alcools d’importation privée. Vins grecs compris.

Il faudra se débrouiller autrement. Remarquez, ce ne sont pas les succursales de la SAQ qui manquent de vins ! Le hic, c’est qu’elles ne recèlent pas d’importations privées et, dans le cas où vous voudriez vous en procurer, le fait est que les agences québécoises qui souhaiteraient vous en vendre ne peuvent le faire que si les caisses en question ne sont proposées qu’avec un seul et même produit par carton.

Par exemple, 12 bouteilles du Château La Tulipe ou 6 bouteilles de Villa Corona. Une situation dont se plaignent naturellement les agences (et de nombreux consommateurs), dont les doléances n’ont toujours pas, à ce jour (et depuis que je suis dans le métier), trouver assouplissement du côté du monopole d’État. C’est comme ça. Vous me direz que, par les temps qui courent, il faut tout de même relativiser. Il n’y a pas mort d’homme.

Cela étant, permettez que je sois utile. Vous hésitez à franchir la porte d’une succursale de la SAQ ? Vous pourriez acheter en ligne sur le site saq.com, mais le problème, c’est qu’au moment où vous lirez ces lignes, les commandes ne risquent pas d’être honorées avant une vingtaine de jours, vu les bousculades actuelles au portillon. Alors, mourir de soif ? Tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir (air connu). Permettez alors que je vous offre le ciel à moins de 16 $ avec 12 produits rapidement trouvables dans la grande majorité des succursales. Tous les vins sont notés : (5) ★★ 1/2

Blancs

Coroa d’Ouro, Poças, Douro, Portugal (12,65 $ – 412338). Caractère, sève et rondeur.

Chaminé 2018, Cortes de Cima, Alentejano, Portugal (12,90 $ – 11156238). Quand l’authenticité des cépages se frotte à une modernité de ton.

Ormarine 2018, Les Pins de Camille, Picpoul de Pinet, Languedoc-Roussillon, France (13,45 $ – 266064). Une hirondelle qui fait le printemps tant légèreté et éclat dominent. Huîtres ?

Vignes de Nicole 2018, Domaine Paul Mas, Languedoc-Roussillon, France (14,80 $ – 11767768). Fruité, large mais précis, généreux et confortant.

Furmint Pajzos Tokaji 2017, Hongrie (14,40 $ – 860668). Bien sec, mais surtout original et impeccablement vinifié.

Rosé

Détente 2019, Domaine les Brome, Québec (14,95 $ – 11686626). Il y a de la texture dans ce rosé friand, peu acide et de belle facture.

Rouges

Chatons du Cèdre 2018, Cahors, Sud-Ouest, France (13,55 $ – 560722). Fluidité, franchise et fraîcheur, bien ancré au palais toutefois.

Il Brecciarolo Rosso Piceno 2017, Velenosi, Marches, Italie (14,60 $ – 10542647). Couleur et fraîcheur, surtout immense fruité bien dosé.

Duque de Viseu 2018, Sogrape Vinhos, Dâo, Portugal (13,80 $ – 546309). Votre poulet portugais ne battra pas de l’aile avec ce rouge authentique, d’une fraîcheur de mâche assurée.

Elise 2017, Moulin de Gassac, Pays d’Hérault, France (15 $ – 602839). Cette cuvée demeure incontestablement la meilleure affaire sous la barre des 16 $. Des merlots et des syrahs consistants qui parlent de leur terroir.

Château Puy-Landry 2016, Castillon, Bordeaux, France (15,55 $ – 852129). Ce bio ne fait pas de vagues, mais assure avec ses tanins fins. Une caresse.

Chianti Colli Senesi 2018, Carpineta Fontalpino, Toscane, Italie (21,65 $ – 10854085). Je triche ici sur le prix et non sur la qualité, mais je le fais pour vous. Un bio d’une grande pureté qui semble avoir les ailes d’un ange, celui qui veille sur vous. (5) © ★★★ 1/2

À grappiller pendant qu’il en reste!

Haute Côt(e) de Fruit 2018, Fabien Jouves, Cahors, Sud-Ouest, France (19,50 $ — 14071934) : Je ne connais pas Fabien Jouves, mais j’ai tout de suite eu envie de boire un canon avec lui. Comme ça, sans se prendre la tête, comme le disent nos cousins de France. Car il maîtrise, le Fabien, mieux, il sait mettre en robe et en fruit un malbec juvénile de vigueur et de précision, avec ce qu’il faut de tanins mûrs pour « ensaliver » le palais. Vin de charme et de partage immédiat, à hydrater les palais comme les humbles chaumières. (5) ★★★ ©

Château Tayet Cuvée Prestige 2015, Bordeaux Supérieur, Bordeaux, France (21,35 $ — 11106062) : Ce Tayet a du jus ! De ce jus net et franc de fruits fermentés et élevés sous le couvert judicieux de barriques qui, avant la mise en bouteille, leur ont offert cette bouffée d’oxygène salvatrice. Avec de beaux tanins bien mûrs à la clé, arrondis, presque gras tant la sève sphérique l’allonge, et l’allonge encore. Bref, un régal à boire maintenant, sur cette bavette grillée de vos tout premiers barbecues. (5) ★★★ ©

Saint-Émilion 2016, Jean-Pierre Moueix, Bordeaux, France (24,30 $ — 14204565) : Bien évidemment, lorsque apparaissent les lettres « JPM » à titre de négociant sur une bouteille de bordeaux, vous pouvez dormir sur vos deux oreilles et, surtout, ouvrir grand le palais quant à la fiabilité du produit. De même que l’on n’apprend pas à un singe à faire la grimace, il apparaîtra superflu de douter de la capacité de ces gens de la Rive Droite à embouteiller un lieu ou une origine. Cela, depuis 1937. Ce saint-émilion n’échappe pas à la règle, sans concentration excessive, sans boisage démesuré, sans, sans… en rajouter. Normal, quand la matière fruitée est là, mûre et liée à merveille derrière ce qu’il faut de tanins et de fraîcheur. Bref, un autre étalon de mesure signé JPM, Jean-Pierre Moueix. (5) ★★★ ©

Pinot Noir 2017, Domaine Loubejac, Willamette, Oregon, États-Unis (26,20 $ — 12875533) : Décantez, versez, appréciez. C’est inscrit sur l’étiquette. Suis d’accord. Car malgré son apparente fragilité, ce noirien a de la tenue, sans fléchir. Et puis, il y a cette fraîcheur porteuse, s’arrimant aux fins tanins pour en extraire une espèce de joyeuse convivialité de ton. Un rouge friand, doucement épicé, au goût de cerise en retrait de maturité. (5) ★★★ ©

Riesling 2018, Tantalus, Kelowna, Colombie-Britannique, Canada (33,25 $ — 12456726) : Ce riesling « sec-tendre » a de l’intégrité. Une droiture. Plutôt le chêne que le roseau. Il a aussi un sens combiné de la réserve et de l’affirmation, dissimulant pour mieux éblouir au grand jour, à l’intérieur de ce passage de l’ombre à la lumière, à la fois vif, émouvant et apaisant. Ce riesling règne, au nez comme en bouche, s’alliant sève et substance sur la corde raide des équilibres de l’acidité et des sucres. Et ça marche ! Notes d’agrumes, florales, fumées et minérales et bouche cadrée, disciplinée mais sans austérité toutefois. Grand vin de garde pouvant s’amuser à table sur plusieurs registres, les amers comme les épicés. Parmi les meilleurs rieslings dégustés au pays. (10 +) ★★★ 1 / 2 ©


Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles