Vin: bijoux de Bordeaux!

Les vins du Port de la Lune: pas du tout passés de mode!
Photo: Jean Aubry Les vins du Port de la Lune: pas du tout passés de mode!

Vous hésitez encore à déboucher votre bouteille de Petrus avec quelques amis ? Allez ! Ne soyez pas chiche, que diable ! J’exagère à peine. Bien que j’aie souvent cette curieuse impression que boire du bordeaux relève du grand cérémonial. Qu’il faille en ce sens étudier scrupuleusement la carte des millésimes, jauger la température de service, astiquer les verres, aviner la carafe, sortir escarpins et noeud papillon pour mieux se préparer enfin à la périlleuse gymnastique qui consiste à s’ornementer le bas du visage d’une bouche en cul de poule à vous faire tiquer un coq de passage.

Vrai que l’élite des vins du Port de la Lune s’est peinturée dans le coin, ne serait-ce que sur le plan spéculatif des prix depuis le début des années 1980, mais il demeure qu’une « base » encore viable et à de bons prix de beaux bordeaux existe dans cetteGironde riche de plus de 100 000 hectares de vignobles.

Le négoce relâche-t-il actuellement au compte-gouttes le résiduel des magnifiques 2015 en faisant pression sur les prix à la hausse ? Autrement dit, ces trois années écoulées après les ventes en primeurs nous pénalisent-ils, au Québec, avec des prix d’ensemble que l’on aurait souhaité, disons, plus cordiaux ? Forts d’une moyenne de 48,10 $ les huit bordeaux dégustés, Les amis du vin du Devoir terminaient la saison comme des princes. Boutons de manchette compris ! Quelques mots sur chacun d’eux.

Bordeaux 2015, Jean-Pierre Moueix (19,30 $ – 13734337). Ce merlot est avant tout une signature, un engagement de la célèbre maison de négoce de la rive droite à gratifier les amateurs d’ici de plusieurs centaines de caisses annuellement dont le contenu est en tout point irréprochable. Année après année. Souplesse et velouté de grain sur un ensemble d’un équilibre parfait. À boire, tavernier ! (5) ★★★ Moyenne du groupe : ★★★

Château La Dauphine 2015, Fronsac (38,25 $ – 13370916). Retenue, discrétion, mais aussi affirmation sereine de tanins mûrs, pour le moment, cadrant bien le palais. Précision, élégance et style, le tout ponctué d’un élevage très maîtrisé. (5+) © ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★

Château D’Agassac 2015, Haut-Médoc (33,75 $ – 13371273). Ambitieux sans toutefois « agacer », ce beau médoc plein de sève, au fruité de cerise fraîche, et sa touche de moka, sa bouche large mais bien balisée par un boisé approprié. Et quel charme avec ça ! (5+) ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Château de Fonbel 2015, Saint-Émilion Grand Cru, Famille Vauthier (38,25 $ – 13871964). Un grand cru, oui, au prix justifié. Pour le moment, linéaire, avec ses tanins abondants mûrs et bien « serrants », sa touche minérale « froide » et sa constitution ajustée de mille petits détails qui, dans cinq ou huit ans, sauront se révéler avantageusement. Racé. (5+) © ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★

Château Haut-Breton Larigaudière 2014, Margaux (44 $ – 732065). Cette cuvée inspirante commence à s’ouvrir avec cette majesté des vins bien nés. Fruité abondant et bouche nourrie, fraîche, franche, légèrement tendue, mais aussi finement détaillée. De la classe, ce Margaux ! (5+) ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

Château Montus 2014, Madiran (29,35 $ – 705483). La moitié du groupe a flairé le pirate. Un tannat (avec cabernet sauvignon) toujours aussi convaincant, relevé d’une sève tonique à l’image du grand Alain Brumont, qui le signe et persiste. Belle affaire ! (5 +) © ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

La Gravette de Certan 2015, Pomerol (126,75 $ – 13959691). Le repli vers le second vin d’un tel domaine (jouxtant Petrus) est tout ce qu’il y a de plus avisé. Sans que ce soit gommer ce « petit quelque chose » qui évoque le grand vin. L’impression ici de lécher du velours fin parfumé aux essences de fruits rouges, d’épices et de fleurs. Du grand second vin ? Mieux que ça ! (10+) © ★★★★ Moyenne du groupe : ★★★★

La Parde de Haut-Bailly 2015, Pessac-Léognan (55,25 $ – 13199961). La symbiose est parfaite, d’une cohérence enviable. Un second, énergique et racé, échafaudant une bouche précise, aux tanins fermes mais enrobés. Une beauté brute ! (10+) © ★★★ 1/2 Moyenne du groupe : ★★★ 1/2

D’autres bordeaux!

Bordeaux de Gloria 2016 (19 $ – 13988151). Souplesse du fruité, fraîcheur et équilibre : tout y est. Le bordeaux des lundis soir tristounets. (5) ★★ 1/2

Château Sainte-Marie V.V. 2016, Côtes de Bordeaux (20 $ – 13987713). Le blanc est convaincant, ce rouge ne l’est pas moins avec ce caractère qui ne manque ni de fruit ni de vigueur ou de tonus. Savoureux. (5) ★★★

Peraclos 2016, Montagne Saint-Émilion (20,15 $ – 12711424). La coopération entre les hommes porte ses fruits ici avec ce rouge généreux et épicé relevé d’une part boisée qui allonge la finale. (5) ★★ 1/2 ©

Château Cantelaudette 2015, Graves de Vayres (21,45 $ – 13988011). C’est coloré et bien fourni, avec un « glissant » sur le plan de la texture qui ne manque pas de charme. (5) ★★★

Château La Branne 2014, Cru Bourgeois, Médoc, Bordeaux, France (22,75 $ – 11975532). Cet assemblage pour parts à peu près égales de cabernet sauvignon et de merlot respire derrière ses notes torréfiées, grillées et fumées où perce le fruit mûr. Jolie longueur. Bavette grillée ? (5) ★★★ ©

Château d’Ardennes 2011, Graves (34,50 $ – 869933). J’aime ce léger décalage de millésime qui permet d’embrasser le vin là où il démarre une réelle conversation avec vous. Cette cuvée est à point : parfumée et fondue, avec de beaux tanins lisses qui enveloppent et qui se déploient sur une longue finale à peine fumée et torréfiée. Pas mal sur le mijoté de lapin aux pruneaux. (5) ★★★ 1/2

Juvé & Camps Reserva de la Familia 2015 Brut Nature, Cave, Espagne (22,25 $ – 10654948). La consistance, la générosité et l’amplitude tracent le portrait de ce mousseux dont la quasi-absence de dosage est directement proportionnelle à la qualité d’ensemble. Le fruité y brille avec panache, nourri à même un séjour sur lattes qui l’étoffe un peu plus, complétant ainsi une bouche légère et digeste même si elle donne l’impression du contraire. Un bio hautement recommandable vendu à prix défiant toute compétition. (5) ★★★

Dominio de Tares 2017, Godello, Bierzo, Espagne (29,05 $ – 11631852). L’habileté est manifeste, la maîtrise, incontestable et la conduite de l’ensemble ne fait aucun doute. Surtout que tout y est souligné à traits fins, le fruité tout comme ses assises minérales et son enveloppe boisée dont la trame épicée étire longuement la finale. Superbe bouteille pour amateurs avisés. (5+) ★★★ 1/2 ©

By Ott Rosé 2017, Domaine Ott, Côtes de Provence, France (29,25 $ – 13336777). Voilà bien une sève plus que sérieuse dans un contexte qui laisse tout de même place à une espèce d’enchantement pour le moins bucolique. « Madame rêve… », chantait Bashung, sans doute au fait que ce seul rosé saurait la séduire. La réalité demeure au-delà des attentes, avec ce fruité substantiel de grenache où les épices tissent une trame tonique, éclairée de l’intérieur par la vibration fine du terroir. Rosé de gastronomie doublé d’un grain de folie, histoire d’étirer le plaisir. (5+) ★★★ 1/2 ©

Chablis Les Grands Terroirs 2017, Samuel Billaud, Bourgogne, France (36 $ – 11890993). Vous retrouverez ici le chablis plus que classique, épuré, axé sur cette relation intime du fruit et du terroir qui le distingue déjà de tous les chardonnays du monde. La maîtrise et l’inspiration sont présentes, le tout réglé avec une émotion qui percole, ici et là, sans toutefois pervertir l’ensemble. Un flacon pour amateur sincère de vin de chablis. (5+) ★★★ 1/2 ©

À grappiller pendant qu’il en reste!

Juvé & Camps Reserva de la Familia 2015 Brut Nature, Cave, Espagne (22,25 $ - 10654948) : La consistance, la générosité et l’amplitude tracent le portrait de ce mousseux dont la quasi absence de dosage est directement proportionnelle à la qualité d’ensemble. Le fruité y brille avec panache, nourri à même un séjour sur lattes qui l’étoffe un peu plus, complétant ainsi une bouche légère et digeste même si elle donne l’impression du contraire. Un bio hautement recommandable vendu à prix défiant toute compétition (5) ★★★

Dominio de Tares 2017, Godello, Bierzo, Espagne (29,05 $ - 11631852) : L’habilité est manifeste, la maîtrise incontestable et la conduite de l’ensemble ne fait aucun doute. Surtout que tout y est souligné à traits fins, le fruité tout comme ses assises minérales et son enveloppe boisée dont la trame épicée étire longuement la finale. Superbe bouteille pour amateurs avisés (5+) ★★★ 1/2 © 

By Ott Rosé 2017, Domaine Ott, Côtes de Provence, France (29,25 $ - 13336777) : Voilà bien une sève plus que sérieuse dans un contexte qui laisse tout de même place à une espèce d’enchantement pour le moins bucolique. « Madame rêve… », chantait Bashung, sans doute au fait que ce seul rosé saurait la séduire. La réalité demeure au-delà des attentes, avec ce fruité substantiel de grenache où les épices tissent une trame tonique, éclairée de l’intérieur par la vibration fine du terroir. Rosé de gastronomie doublé d’un grain de folie, histoire d’étirer le plaisir (5+) ★★★ 1/2 ©

Chablis Les Grands Terroirs 2017, Samuel Billaud, Bourgogne, France (36 $ - 11890993) : Vous retrouverez ici le chablis plus que classique, épuré, axé sur cette relation intime du fruit et du terroir qui le distingue déjà de tous les chardonnays du monde. La maîtrise et l’inspiration y sont, le tout réglé avec une émotion qui percole, ici et là, sans toutefois pervertir l’ensemble. Un flacon pour amateur sincère de vin de chablis (5+) ★★★ 1/2 ©
Jean Aubry

Légende

(5) à boire d’ici cinq ans
(5+) se conserve plus de cinq ans
(10+) se conserve dix ans ou plus
© devrait séjourner en carafe
★ appréciation en cinq étoiles