Quartier Perse: de bien belles assiettes iraniennes

Il s’agit ici d’une bonne table, très iranienne dans le bon sens du terme. On peut déguster  chez ce Quartier perse la plupart  des classiques de la cuisine de ce beau grand pays plusieurs fois millénaire,  et les assiettes sont préparées ici comme  elles le sont par les meilleures cuisinières  de Téhéran, d’Ispahan  ou de Chiraz.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Il s’agit ici d’une bonne table, très iranienne dans le bon sens du terme. On peut déguster chez ce Quartier perse la plupart des classiques de la cuisine de ce beau grand pays plusieurs fois millénaire, et les assiettes sont préparées ici comme elles le sont par les meilleures cuisinières de Téhéran, d’Ispahan ou de Chiraz.

Installé depuis belle lurette sur le boulevard Décarie à deux pas de la station de métro Villa-Maria, ce Quartier perse a de quoi surprendre. Derrière sa façade assez anonyme se cache en effet une maison chaleureuse et généreuse, un de ces « apportez votre vin » qui mérite un rouge un peu rugueux ou un blanc où roule la pierre. Monsieur Pooya, dynamique jeune Iranien, m’avait chaudement recommandé la maison : « C’est le meilleur restaurant iranien en ville », m’avait-il dit avec cet enthousiasme des fans de telle ou telle adresse.

En restauration, « le meilleur » étant un concept nébuleux, je vous dirai plutôt qu’il s’agit d’une bonne table, très iranienne dans le bon sens du terme. On peut déguster chez ce Quartier perse la plupart des classiques de la cuisine de ce beau grand pays plusieurs fois millénaire, et les assiettes sont préparées ici comme elles le sont par les meilleures cuisinières de Téhéran, d’Ispahan ou de Chiraz.

Un beau dimanche soir de longue fin de semaine ensoleillée, à peine la porte poussée, on est surpris par l’affluence. Toutes ces personnes auraient-elles choisi de rester en ville pour venir prendre leur souper dominical ici ? Au fond du restaurant, une grande tablée célèbre à l’iranienne l’anniversaire d’une petite fille enrubannée, c’est-à-dire dans la joie et la bonne humeur. Les clients aux autres tables font preuve d’une égale bonne humeur et d’une grande concentration en s’attaquant à leur repas.

Les mêmes sentiments règnent à notre table après que Madame Zohreh nous eut expliqué en détail les propositions au menu. Si l’on connaît la cuisine iranienne, il n’y a rien ici pour révolutionner la chose, mais tout pour remplir la mission d’une bonne maison, iranienne ou pas : voir les clients sortir avec cet air un peu béat de qui a fait bombance.

Après de sympathiques pourparlers avec Madame Zohreh, nous en arrivons à une entente : elle connaît la maison mieux que moi ; je connais mes amis — et surtout leur appétit — mieux qu’elle. Deux plats et une table d’hôte devraient suffire à combler les appétits de chacun, celui gargantuesque du célèbre Professeur R. et ceux de moineaux de son épouse et de la mienne.

Ouverture des festivités avec un makhloot, quatre petites assiettes apéritives que l’on déguste avec du pain pita présenté en triangles roulés et passés au four : 1. masto khiar, un yogourt dans lequel on a intégré de petits éclats de concombres, de la menthe et une pincée de sel ; 2. mirza ghassemi, une purée d’aubergines grillées, additionnée de tomate et aillée ; 3. masto moussir, un yogourt légèrement salé et aillé ; 4. zeitun parvardeh, des olives marinées qui, même si elles constituent l’élément le moins excitant de cette entrée en matière, sont dévorées jusqu’à la dernière.

Arrive un ghormeh sabzi débordant d’effluves invitants. Plat typique de la cuisine iranienne (que l’on trouve également chez les voisins afghans, turcs et irakiens), cette sorte de ragoût très fort en herbes est un excellent barème pour évaluer la qualité d’une maison. Celui du Quartier perse se classe dans le haut du palmarès et augure bien pour le reste du repas. Le mélange maison d’herbes est équilibré et contient la proportion idéale de haricots rouges et de bouchées de viande. Le côté « joyeux » du plat vient du citron séché qui le parfume. Ce limou amani (citron d’Oman dans la langue de Ducharme et de Molière) se retrouve dans plusieurs préparations culinaires iraniennes et donne un délicieux goût citronné vraiment particulier, mi-amer, mi-acide. On dépose quelques cuillerées du ghormeh sabzi sur une portion de ce riz délectable dont les Iraniens ont le secret et la fête commence.

Madame Zohreh apporte ensuite une « table d’hôte », un trio de brochettes grillées aussi savoureuses les unes que les autres, joujeh (poulet), barg (bœuf) et koobideh (viande hachée). Sur son menu, la maison les nomme « kababs », mais ne vous y fiez pas. Ces kababs-là ne ressemblent que visuellement à ceux que l’on trouve ailleurs, car ces brochettes sont longuement marinées et tout ici est en tendreté et en saveurs. Le poulet est mariné dans du citron, du yaourt et du safran, ce dernier lui donnant sa couleur jaune ; le bœuf, qui est du filet mignon, comme c’est souvent le cas, est lui aussi mariné avant de passer sur le gril ; quant au koobideh, il s’agit de viande hachée très relevée en oignon, en sumac et en curcuma. Dans les trois cas, ce sont typiquement le genre de plats que l’on mange au restaurant (les tchélo-kababis que l’on trouve partout en Iran), servis individuellement, en duo ou en trio.

Ayant omis d’apporter une bouteille de jus de raisin fermenté, la tablée s’est désaltérée de notre belle eau fournie gratuitement par la municipalité. De mon côté, un doogh a complété de façon fort heureuse le repas. Si vous voulez tenter l’expérience, le doogh est une boisson composée de yogourt très allongé, salé et dans lequel on saupoudre de la menthe séchée. Ce n’est généralement pas un franc succès avec les Occidentaux, mais c’est pourtant un incontournable du repas iranien.

Au moment de quitter les lieux, Madame Mahin, la patronne, semble presque s’excuser en présentant l’addition. Au vu de celle-ci, on est tentés nous-mêmes de la prier de nous excuser de lui laisser si peu d’argent pour autant de plaisir. On promet donc de revenir ; manger aussi bien pour aussi peu, sans parler de la qualité du service, c’est une invitation à laquelle il est difficile de résister.

Ouvert midi et soir le vendredi et le dimanche ; en soirée seulement les autres jours. Ce repas plantureux a coûté 101,50 $ pour quatre, avant taxes et pourboire ; l’art, toutes ethnies confondues, de se faire des amis.

Légendes

★ Je regrette de devoir vous en parler
★★ Pas mauvais, mais on n’est pas obligés de s’y précipiter
★★★ Bonne adresse
★★★★ Très bonne adresse
★★★★★ Adresse exceptionnelle pour la cuisine, le service et le décor

$ Le bonheur pour une vingtaine
$$ Une quarantaine par personne
$$$ Un billet rouge par personne
$$$$ Un billet brun par personne
$$$$$ Le bonheur n’a pas de prix

Quartier Perse

★★★

$ 1/2, 4241, boulevard Décarie ☎ 514 488-6367