Redécorer sa vie pièce par pièce

Amoureux dans la vie et alliés professionnels, Florence Provencher Proulx et Isaac Larose se sont retrouvés, comme tout le monde, confinés plusieurs semaines, ce qui les a amenés à transformer leur intérieur pour le rendre plus animé, plus vivant.
Adil Boukind Le Devoir Amoureux dans la vie et alliés professionnels, Florence Provencher Proulx et Isaac Larose se sont retrouvés, comme tout le monde, confinés plusieurs semaines, ce qui les a amenés à transformer leur intérieur pour le rendre plus animé, plus vivant.

L’éphémère Bruises Gallery prendra corps dans un garage désaffecté pour les prochaines fins de semaine. Née au gré d’un quotidien sans vie sociale, sa première exposition, Une maison sans ami, fera converger dans un même lieu art décoratif, sculptures fonctionnelles, mobilier d’artisans et, espère-t-on, une présence humaine.

Amoureux dans la vie, alliés professionnels à travers plusieurs projets, dont la marque de vêtements EDEN, Florence Provencher Proulx et Isaac Larose se sont retrouvés, comme tout le monde, confinés dans leur maison pendant plusieurs semaines. « On a eu un recul qui a été agréable […], mais par la suite, c’est certain qu’un ennui s’est installé et il y avait un désir d’être divertis. Que la vie reprenne un peu », relate Isaac Larose sur l’amorce du projet. « D’avoir été confinés et d’avoir été éloignés de nos amis, ça nous a amenés à transformer notre intérieur personnel pour le rendre plus animé, plus vivant. C’était un processus très organique, on a commencé par redécorer notre vie pièce par pièce, puis on est devenus collectionneurs. »

« Ça n’a pas été long qu’il y ait eu trop d’objets dans la maison ! » renchérit Florence Provencher Proulx, dont la vie professionnelle en design de mode et sa passion pour l’art ont nourri son intérêt pour le design d’intérieur. Une fois la maison redécorée, où chaque pièce avait son univers propre, le couple s’est retrouvé avec « un trésor » ; une sélection d’objets chinés un peu partout, dénichés lors d’encans et repérés durant les ventes de succession. « Ça s’est vraiment enclenché de façon accélérée. C’est comme si c’était devenu contagieux ! […] Puis, on a décidé de partager avec les gens en lançant cette galerie-là », raconte Isaac Larose.

À l’image du projet qui a débuté spontanément, l’exposition sera, elle aussi, comme une petite étincelle de trois fins de semaine. « C’était intéressant de pouvoir prendre notre temps, on a pu ramasser toutes ces pièces magiques et uniques. On aime beaucoup la liberté créative qui vient de cette flexibilité-là, ajoute M. Larose. Si on avait une galerie ouverte tous les week-ends, on n’aurait pas le choix d’avoir un roulement qui serait moins bien choisi. »

S’y trouvera donc un mélange de trouvailles et d’œuvres créées spécifiquement pour l’exposition, notamment des sculptures des Québécois Noémie Sylvestre et Alexandre Guay, du Français Yves de la tour d’Auvergne, une lampe d’ÉliseProvencher, des céramiques de Sylvie Cauchon. Pour le couple épris d’art, ce sont toutes « des pièces d’artistes contemporains qu’on aimerait posséder à la maison et qu’on leur a demandé de créer. C’est un travail collaboratif avec les artistes qui proposent leur vision ».

Décoratif et fonctionnel

Est-ce qu’« art » peut rimer avec « décoratif ? Isaac Larose estime qu’il y a une « grosse différence » entre une sculpture fonctionnelle et un mobilier de designer, duquel le duo de galeristes veut s’éloigner. « On a qu’une pièce de designer [dans l’exposition]. Ce n’est pas ça qui nous intéresse. On veut avoir des objets qui ont du vécu et qui sont uniques. Avec cette approche-là, ça devient un beau défi de faire vivre ta pièce [chez toi]. »

Inspirés par de nombreuses galeries d’art décoratif visitées de par le monde, ils nomment tour à tour d’illustres galeristes qui les ont inspirés, dont Peggy Guggenheim, collectionneuse de renom et nièce du fondateur du Guggenheim Museum. « Elle avait présenté sa galerie à New York avec le concept d’interaction entre les œuvres, ça avait bien changé l’expérience comme visiteur d’une exposition. C’est comme si on découlait un peu de ça. »

Et la fonctionnalité dans tout ça ? « Il y a quelque chose de très animé dans l’esthétique [des pièces de l’exposition], c’est parfois très figuratif. Ce sont des objets qui, dans leurs formes, sont organiques et en mouvement. C’est ce qui rend ça encore plus vivant et qui se rapproche de l’intention de combler une absence humaine », souligne Florence Provencher Proulx. Être matérialiste dans le bon sens du terme, croit-elle, c’est de choisir chaque objet pour son utilité et ce qu’il apporte à l’espace.

Les modes, les tendances qui uniformisent les décors, très peu pour eux. Privilégier l’intuition à mesure que l’on trouve des pièces qui nous interpellent est une meilleure approche, conclut Isaac Larose, soulignant au passage que la ligne directrice à explorer est celle d’« avoir moins, mais mieux ».

Une maison sans ami

Bruises Gallery, 6964, rue Marconi, à Montréal. Du 30 octobre au 15 novembre. Vendredi de 18 h à 21 h. Samedi et dimanche de 12 h à 18 h. Ouvert au public les fins de semaine et sur rendez-vous les jours de semaine.