Le lait dans tous ses états

En ce qui concerne les valeurs nutritionnelles, certains choix s’avèrent plus judicieux que d’autres.
Photo: iStock En ce qui concerne les valeurs nutritionnelles, certains choix s’avèrent plus judicieux que d’autres.

Le lait de vache a de la féroce compétition. Sur les tablettes des supermarchés, il doit maintenant jouer du coude avec des boissons végétales faites à partir d’amandes, de soya, d’avoine ou de riz, pour ne nommer que celles-là. En croyant remplacer le lait d’origine animale, faisons-nous fausse route ? Le choix est vaste, mais les pièges sont aussi nombreux.

Si les gens souffrant d’intolérance au lactose et d’allergies aux produits laitiers ont été les premiers adeptes des boissons à base de plantes, la popularité des diètes végétales les a propulsées vers de nouveaux sommets. Aux États-Unis, les ventes de boissons remplaçant le lait ont atteint les six milliards en 2017, et la tendance ne semble pas près de s’essouffler.

Cependant, les boissons végétales peuvent-elles être considérées commedes substitus directs des laits d’origine animale ? Après avoir analysé plusieurs études publiées sur le sujet, l’Université de Guelph en Ontario fait une mise en garde.

En y apposant le terme « lait », cela donnerait aux consommateurs la fausse impression qu’ils obtiennent les mêmes nutriments qu’en consommant le lait provenant de la vache.

Dans l’Union européenne, la loi interdit d’affubler ces boissons du terme « lait », ce mot étant strictement réservé aux boissons issues du processus de lactation des mammifères.

En ce qui concerne les valeurs nutritionnelles, tous les substituts de lait ne sont pas égaux et certains choix s’avèrent plus judicieux que d’autres.

« Pour l’instant, la boisson de soya est la boisson végétale qui a la qualité nutritionnelle la plus élevée et celle qui ressemble le plus au lait. C’est donc un bon substitut au lait de vache », mentionne Amélie Charest, nutritionniste et coordonnatrice de la Chaire de nutrition à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) à l’Université Laval. C’est la conclusion à laquelle beaucoup d’études scientifiques sont arrivées, dont l’une menée à l’Université McGill l’an dernier. Si le lait de vache demeure le plus nutritif, la boisson de soya se classe bon deuxième et se distingue nettement des autres boissons végétales.

Les boissons de coco, de riz ou d’avoine ne doivent pas pour autant être évacuées de notre garde-manger. « Ça peut mettre de la variété dans notre alimentation, comme on varie les fruits que l’on consomme. Ils ont chacun leurs nutriments, assure Amélie Charest.

Toutefois, la teneur en protéines des boissons végétales autres que celles de soya est relativement négligeable. Si on a l’impression qu’on remplace un verre de lait, on fait fausse route », prévient-elle.

Sources de protéines

En effet, alors que les laits de vache et de soya offrent huit grammes de protéines par tasse, la boisson d’amandes n’offre qu’un maigre gramme. Si l’on souhaite un petit-déjeuner nourrissant, il faudra donc y jumeler une autre source de protéines.

Quant aux vitamines et minéraux, la loi oblige les producteurs à enrichir la boisson de soya afin d’éviter les risques de carences chez les végétariens. Elle contient entre autres de la vitamine B12, une vitamine d’origine animale exclusivement et qui se retrouve donc sous forme d’enrichissement dans la boisson de soya.

Parfois, on a un faux sentiment de sécurité quand on prend un produit végétarien ou végétalien en l’associant automatiquement à un aliment santé. On peut y trouver le meilleur comme le pire.

La Société canadienne de pédiatrie et les diététistes du Canada incitent d’ailleurs les parents à faire preuve de prudence en ce qui concerne les boissons végétales autres que celles de soya, qu’ils servent à leurs enfants.

« Dans bien des cas, les parents ne réalisent pas que certaines boissons à base de plantes ne sont pas enrichies de minéraux ou de vitamines. Ces produits ont une faible teneur en nutriments, à l’exception des glucides.

Le sucre

En fait, le sucre est souvent le deuxième ingrédient de ces boissons après l’eau », remarque Catherine Pound, pédiatre et porte-parole de la Société canadienne de pédiatrie.

Le nouveau Guide alimentaire canadien abonde dans le même sens. Tandis qu’il encourage l’ajout d’aliments protéinés d’origine végétale, on remarque que les seules boissons qui se trouvent sur la liste de recommandations sont les boissons de soya enrichies sans sucre ajouté.

« Parfois, on a un faux sentiment de sécurité quand on prend un produit végétarien ou végétalien en l’associant automatiquement à un aliment santé. On peut y trouver le meilleur comme le pire », note Amélie Charest, mettant en garde contre les boissons végétales très sucrées ou riches en gras.

Un dernier conseil en ce qui concerne la disponibilité des nutriments : comme il s’agit souvent de calcium enrichi dans les boissons végétales, ce dernier a tendance à se déposer au fond du contenant. Il est donc fortement recommandé de brasser le carton de lait pour disperser le calcium.

Cette étape n’est pas nécessaire pour le lait d’origine animale puisqu’il y est en émulsion.

Les Producteurs de lait prônent le libre choix

Depuis 20 ans, on observe une baisse constante d’environ 1 % par année en ce qui concerne la consommation de lait de vache au Québec, qui est passé de 92 litres à 70 litres par habitant. « Il y a quelques années, les consommateurs avaient moins d’options à mettre dans leur panier d’épicerie. Avec cette multiplication des options, c’est normal qu’il y ait ce mouvement », constate Julie Gélinas, directrice marketing pour les Producteurs de lait du Québec. Dans leur dernière campagne publicitaire, on y voit un consommateur qui avoue préférer sa boisson aux amandes, ce à quoi on lui répond : on respecte ça. Un discours cohérent avec l’approche privilégiée par la fédération. « Le mot-clé, c’est vraiment le libre choix, reconnaît Julie Gélinas. On ne force personne à boire du lait. On s’intéresse surtout à ceux qu’on appelle les lacto-sceptiques ou les lacto-méfiants. On veut corriger les mauvaises perceptions ou la fausse information qui est véhiculée sur le lait », soutient-elle.