L’art de s’offrir l’art à la maison et de savoir la mettre en valeur

Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale
Pour mettre en valeur une toile, le studio de design Les Casanières suggère notamment de choisir des éléments qui auront pour effet de rediriger le regard vers l’objet.
Photo: Rouen Pour mettre en valeur une toile, le studio de design Les Casanières suggère notamment de choisir des éléments qui auront pour effet de rediriger le regard vers l’objet.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Pour bien des familles, la maison s’est transformée en école et en espace de travail, et ce, du jour au lendemain. Ces nouveaux rôles attribués à notre milieu de vie nous amènent à repenser celui-ci sur les plans de la productivité, de l’ambiance et du confort. Et si un séjour à l’hôtel était un pas vers l’achat de sa première œuvre d’art ?

Daniel Victor, artiste peintre cofondateur de la Galerie LAB, fondée à Magog, fait partie des entrepreneurs qui souhaitent démocratiser l’art, faire rayonner le travail des créateurs et embellir les espaces de vie des acheteurs qui, pour la plupart, en sont à leur premier achat. « Pendant trois ans et demi, nous avions pignon sur rue, et à cette époque, nous étions une galerie très ouverte : de la musique, des formations, des événements. Le but était d’être dynamique et inclusif pour que les gens ne se sentent pas intimidés de franchir le seuil de la porte, explique-t-il. Dans 80 % des cas, on avait des gens pour qui c’était une première visite dans une galerie, un premier achat d’une œuvre originale ou d’une reproduction. On misait sur les jeunes familles et les enfants, on essayait de rendre l’art accessible en repensant le concept de galerie. »

Des travaux de réfection majeure de l’artère sur laquelle se trouvait la galerie ont forcé les propriétaires à fermer boutique et à revoir leur plan d’affaires. Pour poursuivre leur mission, ils se sont tournés vers des complexes hôteliers en dépoussiérant le modèle de galerie tel qu’on le connaissait à une autre époque : celle des loggias italiennes de la Renaissance. « Ces grands corridors ou espaces couverts que les gens utilisaient pour passer d’un lieu à l’autre étaient décorés d’œuvres d’art, relate l’artiste. On a repris ce concept dans nos démarches avec l’Estrimont et l’Hôtel du Domaine en utilisant les murs vides pour exposer le travail de nos artistes. »

Les gens qui déambulent dans le lobby, les aires communes et le restaurant sont donc en contact étroit avec l’art sans qu’il n’y ait de vendeur ni de pression pour acheter : « Les clients de l’hôtel peuvent apprécier les œuvres, s’asseoir, s’en approcher, y revenir deux ou trois fois, obtenir plus d’information en scannant le code QR, etc. Cette approche leur permet d’apprivoiser l’art à leur propre rythme. »

Acheter selon son budget

Œuvre originale ou reproduction pour le salon ou le bureau ? Daniel Victor se garde de tout jugement quant à la provenance d’une œuvre qui viendra mettre de la vie dans un espace. « Non seulement nous ne disposons pas tous du même accès à l’art, mais un coup de cœur pour une image, ça restera toujours un coup de cœur. » En revanche, il suggère tout de même d’investir un peu plus si le budget le permet. Dans le cas où une œuvre originale nous fait chavirer, mais que son prix est un obstacle, on peut opter pour une reproduction numérotée, signée par l’artiste et dont le nombre est limité. On soutient directement le travail d’un artiste et on acquiert un produit dont la qualité est certifiée. « Dans notre cas, toutes nos reproductions sont faites à la main à Sherbrooke et non à grande échelle, en usine. Et la beauté de la chose, c’est qu’à terme, on aura partagé l’œuvre, non pas avec une seule personne, mais plutôt avec 30 ou 40 », se réjouit l’artiste et galeriste.

Nous ne disposons pas tous du même accès à l’art, mais un coup de coeur pour une image, ça restera toujours un coup de coeur

 

Il ne faut pas négliger le fait que malgré son prix, une œuvre coup de cœur en est une que l’on conservera pendant des années, qui survivra aux grands changements de la vie, aux déménagements, aux nouvelles couleurs sur les murs et au futur mobilier du salon. « Ce sont des pièces uniques où l’artiste y a mis tout son cœur et c’est cette belle émotion qui se rend jusque dans la maison de l’acquéreur. À la Galerie LAB, on essaie de viser un marché moyen, une clientèle pas nécessairement fortunée, mais qui veut se faire un beau cadeau pour longtemps », justifie Daniel Victor.

L’art de mettre en valeur

Ces éléments coup de cœur que l’on intègre à son décor ne doivent surtout pas se fondre dans la masse. Outre l’encadrement, il faut aussi parfois repenser l’espace puisque dans son aménagement et sa décoration, le salon, la salle à manger ou le bureau doit être réfléchi en fonction de rediriger les yeux vers l’œuvre. C’est la pièce maîtresse et c’est elle qui doit régner sur l’ensemble de ce qui compose le lieu.

Faire ressortir une toile originale en la plaçant devant un mur blanc ? L’erreur fréquente est d’isoler l’objet et d’éviter d’utiliser de la couleur, surtout dans une ère où la douceur du blanc semble l’emporter à tout coup. Yasmina Soussi, du studio de design Les Casanières, suggère d’être un peu plus audacieux « Le jeu des couleurs fait toute la différence pour mettre en valeur quelque chose. On peut même aller jusqu’à utiliser le noir dans certains cas. » Pour compléter, on choisira des coussins, des éléments d’éclairage ou tapis qui, sans voler la vedette, auront pour effet de rediriger le regard vers l’objet. « Pour y arriver, il faut y avoir une ligne directrice, une continuité à travers ce qu’on retrouve autant pour l’œuvre que l’on souhaite mettre en valeur que pour tout ce qui l’entoure », propose son associée Noémie Turcotte.

Faire valoir, sans dénaturer 

Le coup de cœur artistique dont on parle peut s’appliquer à la fois à une toile ou à une reproduction, mais aussi à un élément clé qui vient meubler la pièce : un fauteuil, un luminaire au-dessus de la table de la salle à manger, une lampe au salon, un instrument de musique, etc. Peu importe l’objet, la règle de base est la même : il ne faut pas dénaturer la pièce, mais bien la compléter, prévient Yasmina Soussi : « Pour faire ressortir un fauteuil mid-century fait de bois de teck et d’une assise en cuir orange brûlé, par exemple, on peut choisir un tapis plus sombre, une couleur d’accent au mur, un vase en béton. On peut moderniser l’espace et jouer avec les textures. L’ensemble du décor n’a pas besoin d’être lui aussi de la même époque ou du même style. »


Pour découvrir la trentaine d’artistes représentés par la Galerie LAB, visitez l’Estrimont Suites et Spa, en Estrie, l’Hôtel du Domaine, à Thetford Mines, ou visitez le site Web de la galerie.