Deux jeux de société pour des soirées ludiques

Tristan Roulot Collaboration spéciale
Dans le jeu Oriflamme, chaque joueur tente de s’emparer du trône en jouant le plus finement possible les sept cartes, personnages ou intrigues qui composent sa famille.
Photo: Studio H Dans le jeu Oriflamme, chaque joueur tente de s’emparer du trône en jouant le plus finement possible les sept cartes, personnages ou intrigues qui composent sa famille.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

La COVID nous renvoie tous, et pour quelque temps encore, à une étrange forme d’autarcie. En famille, le couvre-feu devient l’occasion de passer toutes nos soirées ensemble et de profiter à nouveau de nos ados. Le jeu de société se révèle le loisir idéal pour partager du temps de qualité, de cerveau à cerveau, de cœur à cœur, avec ceux qu’on aime. Les yeux dans les yeux et non par l’intermédiaire désormais trop fréquent d’un écran. Tous réunis autour du comptoir de cuisine ou de la table du salon, on ouvre la boîte en carton magnifiquement illustrée, et c’est parti pour le grand voyage.

Énergie et matière grise

Quoi de plus rébarbatif que d’entamer une soirée ludique par la fastidieuse découverte d’un livret de règles épais comme la Bible, et à peu près aussi sexy que le manuel de son micro-ondes ? Pour lutter à armes égales face à l’excitation procurée par le jeu vidéo, le jeu de société nouvelle génération se veut dynamique et excitant pour chaque joueur, et à chaque point de la partie. Citons en exemple Jungle Speed, un classique à l’origine de ce nouvel âge d’or, et un succès qui ne se dément pas avec huit millions d’exemplaires vendus. Si vous ne connaissez pas, courez le commander chez votre revendeur préféré, ce jeu est une bombe. Hérité du jeu du briquet, le matériel est minimaliste : une centaine de cartes illustrées d’un motif abstrait, et un totem au centre de la table. But du jeu : être le premier à vider son paquet de cartes en remportant ses duels. À son tour, un joueur retourne sa première carte, sous les regards en lame de rasoir de ses adversaires. Si quelqu’un possède une carte dotée d’un symbole identique, il doit se propulser en avant pour être le premier à attraper le totem. Les ongles se plantent dans les mains, les cris fusent autant que les rires, le totem mal attrapé vole à travers la pièce, ou percute le front du petit frère. Une journée plus tard passée aux urgences, et on remet ça, parce que c’est trop bon, même avec un pansement sur le front. L’essence même du jeu de société en quelque sorte : des règles réduites au minimum, une attention maximale et un plaisir qui ne faiblit pas. Et pour une fois, les plus jeunes auront leurs chances contre leurs aînés, le jeu nécessitant une bonne vue et des réflexes, soit deux choses qui ne s’arrangent manifestement pas avec l’âge.

Jungle Speed, Foxmind, 25 $, de 2 à 80 joueurs


Pour le trône !

Découverte plus récente, Oriflamme, des frères Hesling est un petit bijou aussi stratégique que chaotique. Pas étonnant qu’il ait obtenu l’As d’or 2020, l’une des récompenses les plus convoitées du jeu de société. Dans un royaume médiéval, la succession fait rage. Chaque joueur tente de s’emparer du trône en jouant le plus finement possible les sept cartes, personnages ou intrigues qui composent sa famille. La mécanique est simple et la prise en main, immédiate. À son tour, le joueur n’a qu’une seule action à faire : placer sur la piste centrale la carte de son choix, face cachée. Jouerez-vous un complot qui vous fera gagner de plus en plus d’influence tant qu’il ne sera pas découvert ? Un soldat qui éliminera impitoyablement une carte adjacente ?Ou encore une embuscade qui piégera celui qui voudrait la détruire, dans la pure logique de l’arroseur arrosé ? Réflexion, tergiversation, pensons comme Machiavel ! Et quand chacun a posé sa carte, c’est le moment de la révélation. L’effet de chaque carte est résolu de gauche à droite… et c’est alors que tous nos plans si parfaitement élaborés partent en général en sucette : le change forme copie la capacité de votre soldat pour le détruire, alors qu’il devait éliminer un espion ennemi, qui en profite pour réduire votre influence, tandis que votre complot est finalement défaussé par l’archer rouge. Les trahisons se multiplient, autant que les alliances temporaires à base de « Mais pourquoi tu veux tuer mon seigneur ? Tu devrais plutôt éliminer son espion à lui ! Regarde, il est en train de gagner ! » Horreur ! Quand la poussière retombe, vous n’avez plus une seule carte sur la table. Le jeu est rapide — six tours de jeu seulement —, se pratique à trois, à quatre ou à cinq joueurs et se bonifie avec le temps, tandis que les joueurs découvrent de nouvelles stratégies pour placer chaque carte au meilleur moment et à la meilleure place. Et quand vous aurez l’impression d’en avoir fait le tour, l’extension « Embrasement » offre 11 nouvelles cartes encore plus piquantes pour chaque famille, de façon à bouleverser ce qu’on pensait savoir. Notre coup de cœur du moment, pour se divertir méchamment en attendant le printemps.

Oriflamme, Studio H, 25 $, de 3 à 5 joueurs

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