En marche, citoyens!

Marcheurs isolés sur le mont Royal
Nathalie Schneider Marcheurs isolés sur le mont Royal

Depuis que le déficit nature a été « diagnostiqué », à la fin des années 1980, nombreuses sont les études scientifiques qui démontrent les bienfaits qu’exerce la marche en milieu naturel sur la santé mentale. L’une d’elles, menée récemment à l’Université Stanford, en Californie, a prouvé qu’une promenade de 90 minutes dans la nature a un effet positif déterminant sur le cerveau. Cette « vitamine G » (pour green), comme les scientifiques la surnomment, a aussi des effets bénéfiques sur les fonctions respiratoires, la pression artérielle et l’hormone du stress. Une donnée précieuse, surtout en période de crise.

Restons actifs !

Sur toutes les tribunes, les professionnels de la santé ne cessent de le répéter : il est recommandé aux gens de prendre l’air, de marcher, de courir. Même notre Premier ministre le dit à chacun de ses points de presse. Pas obligé d’avoir un chien ou de se trouver un prétexte pour s’activer hors de chez soi, d’autant que la luminosité croissante à elle seule suffit à booster le moral. À moins d’avis contraire — et au moment où ces lignes étaient écrites —, aller marcher dans un sentier en milieu naturel, en solo ou en famille vivant sous le même toit, est souverain pour garder la santé physique et mentale. La marche, avec ou sans raquettes, est tout indiquée pour nous aider à bouger dehors sans crainte de déroger aux recommandations. D’autant que nos espaces naturels sont loin d’être de hauts lieux de rassemblement en hiver.

Cependant, les directives de santé s’appliquent : il faut éviter tout contact physique avec les autres utilisateurs des sentiers. Et renoncer aux activités qui induisent un contact direct ou indirect avec autrui : manipuler des infrastructures fixes comme celles des stations de ski, par exemple. Et le bon sens est de mise : les personnes soumises au confinement préventif et celles plus à risque (les personnes âgées ou celles souffrant d’une pathologie) devront attendre des jours meilleurs pour mettre le nez dehors et profiter de l’air pur. Et ces jours-là viendront.

Des territoires accessibles

« Pourvu qu’on reste dans sa bulle, aller marcher est essentiel pour garder son équilibre », résume Pierre Gaudreault, directeur général d’Aventure Écotourisme Québec. Même en ville, il y a toujours un parc, une piste multifonctionnelle ou un bord de mer pour aller marcher, regarder les arbres, les nuages et la ligne d’horizon. Et pour sortir des pensées en boucle et des inquiétudes. D’ailleurs, même notre santé physique a tout à gagner à marcher au moins 30 minutes chaque jour : pour combattre les maladies cardio-vasculaires, les risques de cancer, d’AVC ou de diabète, et pour renforcer le squelette, les articulations et les muscles. Pour faire court, l’OMS recommande d’aligner 10 000 fois le pas chaque jour pour garder la santé.

Hors de Montréal, les parcs régionaux du Québec sont des lieux privilégiés pour pratiquer des activités dans des espaces naturels la plupart du temps sauvages et peu fréquentés. Certains, accessibles en hiver, restent ouverts au public, même quelques refuges d’une capacité de moins de 10 personnes. C’est le cas des deux parcs régionaux situés dans Lanaudière : de la Forêt-Ouareau (secteur Le Massif) et des Sept-Chutes, où l’on peut pratiquer la raquette et le ski de fond. « Nous maintenons nos activités en regard du peu de risque de propagation du virus, explique David Lapointe, vice-président de Parcs régionaux de Matawinie. Bien sûr, nous suivons la situation d’heure en heure et nous fermerons les postes d’accueil si la situation l’exige. »

Tous nos déplacements sont désormais soumis à une rationalisation préventive. On en a (presque) tous compris les termes : pas de rassemblements et distanciation sont de mise. En revanche, adresser un sourire aux autres marcheurs qui empruntent les sentiers est la meilleure façon d’appliquer la distanciation sociale qui s’impose avec un rapprochement humain sans risque.

Fermeture des parcs nationaux

Le réseau des parcs et des réserves fauniques était encore disponible au public jusque très récemment, même si ses infrastructures d’accueil demeuraient fermées. Certes, certains espaces naturels, comme le parc national du Mont-Saint-Bruno ou celui d’Oka, près du Grand-Montréal, constituent la cour arrière des citoyens en quête de nature généreuse.

Le 20 mars dernier, la société d’État a dû néanmoins prendre la décision de fermer l’ensemble de ses territoires. «Ces mesures visent à protéger notre personnel et notre clientèle contre les risques de propagation du virus, dans l’esprit des recommandations émises par les autorités de santé publique», explique Simon Boivin, responsable des relations avec les médias à la Sépaq. Une décision radicale qu’on peut comprendre.

Certes, à l’instar du Québec, nous sommes tous un peu «sur pause» à partir de cette semaine, même si certains d’entre nous sont encore à pied d’œuvre. Une pause dans nos habitudes, dans notre mode de relation aux autres et, aussi, dans notre environnement immédiat. Et si on profitait de cette pause pour adopter la marche sportive comme outil d’exploration de nos rues ou de nos espaces verts? Marchons une heure ou deux à un bon rythme, dans des rues dépourvues d’agitation, histoire d’apercevoir un peu de vert dans la grisaille.

Une sorte de pause… active.

Les parcs-nature de l’île de Montréal

Les huit parcs situés sur l’île de Montréal demeurent ouverts au public, et ce, jusqu’à nouvel ordre. Au Bois-de-Liesse, notamment, on peut profiter des sentiers forestiers et des sites de glissade. Même chose au parc-nature de l’Île-de-la-Visitation le long de la rivière des Pairies, où ses kilomètres des pistes de raquettes et de ski de fond sont ouverts. Au Cap–Saint-Jacques, on peut faire le plein de paysages grandioses sur le lac des Deux-Montagnes et emprunter ses sentiers forestiers. À noter cependant : dans tous les parcs-nature de Montréal, les chalets d’accueil restent fermés au public et la location d’équipement est interrompue. (www.parcs-nature.com)