La K-pop, merveille musicale ou courant socioculturel?

Le groupe sud-coréen NCT 127 ne cesse de surprendre lors de ce concert aux chorégraphies tranchantes et aux performances explosives.
Photo: Sarah Boumedda Le Devoir Le groupe sud-coréen NCT 127 ne cesse de surprendre lors de ce concert aux chorégraphies tranchantes et aux performances explosives.

Ils forment un groupe de neuf membres, tous au début de la vingtaine. Ils savent chanter, danser, certains d’entre eux font même du rap, dans un mélange de coréen et d’anglais inusité. Leur synchronisation est impressionnante, leur talent est à couper le souffle. À eux seuls, ils arrivent à remplir des stades entiers, ou encore des arénas, comme ils le font en ce vendredi de mai.

Le groupe sud-coréen NCT 127 ne cesse de surprendre lors de ce concert aux chorégraphies tranchantes et aux performances explosives. Toutefois, la scène ne se déroule pas en Corée du Sud, bien au contraire : on se trouve au Coca-Cola Coliseum, à Toronto, à environ 500 km de Montréal.

Le phénomène de la pop coréenne, ou K-pop, fait rage depuis maintenant quelques années. Dans les derniers mois en particulier, certains groupes issus de cette industrie flamboyante se sont démarqués de plus en plus en Amérique du Nord. Ce printemps, NCT 127 a entamé une tournée nord-américaine comprenant 12 arrêts dans 11 villes différentes, ce qui fait de NEO CITY : The Origin la plus grosse tournée nord-américaine jamais entamée par un groupe de K-pop selon leur compagnie mère, SM Entertainment.

Pour certains fans, cette tournée a été longtemps anticipée. « C’est fou qu’ils viennent au Canada, confie Abigail Meana, une fan montréalaise du groupe. Je me suis toujours demandé s’ils viendraient réellement ici. C’est toujours soit New York, soit Los Angeles… Mais cette fois-ci, c’est ma chance ! »

Abigail n’est pas la seule à avoir voyagé pour ce concert à Toronto, le tout premier du groupe au Canada. Sur place, Le Devoir a rencontré d’autres fans québécois, d’autres venant d’ailleurs en Ontario, et même des fans américains de Buffalo ayant traversé le lac Ontario pour l’occasion. Aucun d’eux n’était Coréen ni même ne parlait la langue.

Éblouissant

Comment est-ce qu’un groupe sud-coréen peut attirer tant d’attention, à des lieues de son pays d’origine ? « La musique est bonne, les clips vidéo sont très bien faits, c’est vraiment beau à voir, comparé à ce qu’on voit en Occident, affirme Abigail. Quand tu les regardes, tu peux voir tout l’effort qu’ils mettent dans leur musique. Ils m’inspirent. Ils travaillent tellement fort. »

« Il y a une plus grande attention portée aux détails, ajoute-t-elle. Il y a juste plus de variété aussi, dans la K-pop, à mon avis. Dans la danse, le chant… »

Photo: Sarah Boumedda Le Devoir La pop coréenne se présente comme un mélange parfait: une culture populaire d’Asie aux influences musicales américaines fortes, à la portée internationale.

L’aspect visuel de la performance est un facteur important dans l’intérêt international porté à la K-pop, confirme Michelle Cho, professeure adjointe en cultures populaires d’Asie de l’Est à l’Université de Toronto. « La qualité de production des clips et des spectacles de K-pop est très haute. C’est tape-à-l’oeil, c’est impressionnant à voir pour la première fois. Et je ne pense pas que nos artistes d’Amérique du Nord insistent autant sur cette dimension visuelle. »

Ainsi, bien que cette industrie produise des groupes chantant en coréen, elle s’exporte facilement grâce à cet aspect visuel, typique de la idol pop d’Asie de l’Est. « Cet accent sur la visualité est un excellent moyen pour le public d’entrer dans cet espace musical sans nécessairement comprendre la langue. »

Culture cosmopolite

Une autre partie de l’attraction de cette industrie réside dans son aspect universel. « La K-pop offre autre chose que ce qui est mainstream au Canada et aux États-Unis, explique Michelle Cho. Plusieurs fans en Amérique du Nord sont des jeunes de couleur [youth of color]. Ils sont à la recherche d’une culture populaire qui est plus internationale, ou plus représentative de leur identité. »

Photo: Sarah Boumedda Le Devoir Bien que cette industrie produise des groupes chantant en coréen, elle s’exporte facilement grâce à cet aspect visuel, typique de la «idol pop» d’Asie de l’Est.

La pop coréenne se présente ainsi comme un mélange parfait : une culture populaire d’Asie, aux influences musicales américaines fortes, et à la portée internationale. « La K-pop est aussi un phénomène international, donc il y a quelque chose d’assez cosmopolite à faire partie de cette jeunesse, de cette culture qui n’est pas centrée sur la localité », résume Michelle Cho.

En tant que groupe, NCT 127 représente d’autant plus cette touche internationale. Bien que le groupe soit sud-coréen, on retrouve plusieurs nationalités au sein de leurs membres. Taeil, Taeyong, Doyoung, Jungwoo et Haechan sont les seuls membres ayant vécu toute leur vie en Corée du Sud. Johnny est né à Chicago, Mark est originaire de Vancouver, Jaehyun a vécu au Connecticut ; les trois parlent un anglais impeccable. Yuta est originaire d’Osaka, et Winwin, présentement avec le groupe soeur chinois de NCT 127, WayV, vient de la province de Zhejiang, en Chine.

Pour Abigail, c’est une des forces du groupe. « NCT est un groupe diversifié, les membres viennent de partout. Je trouve ça fascinant quand [certains d’entre eux] parlent anglais. C’est cool, parce que c’est plus facile de communiquer avec eux, aussi. »

Rassembleur

Ici, communication rime avec réseaux sociaux. Le groupe est extrêmement actif sur Twitter et Instagram, et publie régulièrement des vidéos sur ses nombreuses chaînes YouTube — et ce n’est pas pour rien. « La mondialisation de la K-pop a été grandement facilitée par les réseaux sociaux, insiste Michelle Cho. C’est à travers l’Internet que les gens trouvent ces artistes, leur musique. Ces plateformes sont cruciales pour permettre aux gens d’accéder à la K-pop, ou même de tomber dessus par accident. »

Le fandom, lui aussi, s’inscrit donc dans une tradition numérique. Abigail, par exemple, a un groupe d’amis sur Twitter, avec qui elle partage son enthousiasme pour son groupe préféré. « Je me suis fait beaucoup d’amis à travers [NCT]. Ce n’est pas juste la musique, dans le fond. C’est vraiment quelque chose qui rassemble les gens. Ça t’ouvre sur le monde, tu deviens plus ouvert d’esprit. »

Cette connectivité aide aussi à développer une relation assez particulière entre artiste et public, explique Abigail. « NCT fait plusieurs livestreams, [ses membres] sont sur Twitter, ils savent nous parler. J’ai l’impression qu’ils sont vraiment interactifs. Je n’ai jamais senti ça avec d’autres groupes. Leur chimie y est pour quelque chose. Il y a un je-ne-sais-quoi qui les rend réellement uniques », conclut-elle.

Les facettes de NCT

NCT, ou Neo Culture Technology, est un groupe de l’agence de divertissement coréenne SM Entertainment, la plus importante au pays.

Bien que NCT forme une entité, celle-ci est divisée en plusieurs sous-unités aux caractéristiques propres, formant ainsi plusieurs groupes au sein d’un groupe mère. Les membres peuvent faire partie de plusieurs sous-unités en même temps.

On retrouve d’abord NCT 127, le groupe principal basé à Séoul (d’où son nom « 127 », qui signifie la longitude de la capitale coréenne), dont le plus récent album We Are Superhuman est paru hier. Puis NCT Dream, au caractère juvénile, dont les membres sont âgés de moins de 20 ans, ainsi que NCT U, nom donné aux formations temporaires, se regroupant le temps d’une chanson.

Enfin, WayV, la plus récente addition au groupe mère, un groupe similaire à NCT 127, basé cette fois en Chine et chantant en mandarin.