C’est quoi, ton signe?

Grâce à la multiplication des sources disponibles, surtout sur Internet, l’astrologie a récemment acquis un nouveau statut «cool». Et elle ne se résume plus aux magazines à potins.
Photo: iStock Grâce à la multiplication des sources disponibles, surtout sur Internet, l’astrologie a récemment acquis un nouveau statut «cool». Et elle ne se résume plus aux magazines à potins.

Bienvenue en saison du Scorpion. Ce serait apparemment un temps idéal pour la passion, l’intimité et les renaissances de toutes sortes. Si, de plus en plus, on vous demande votre ascendant, c’est que, dans un monde en recherche identitaire, l’astrologie jouit d’un nouveau statut décomplexé.

« Récemment, dans un party d’amis, on s’est dit : “Coudonc, de quoi on jasait avant de s’intéresser à l’astrologie ?” se rappelle Aude, 23 ans, étudiante en arts visuels à l’UQAM. On s’est rendu compte que ça nous permet de parler de nos peurs et de nos émotions, mais à travers ce filtre pseudo-comique… »

Son ami Guillaume, 25 ans, nouveau converti, rit des horoscopes classiques, mais ne remet pas en question le positionnement des astres. « Ma lune est en Vierge, dit-il. On m’a déjà recommandé des blogues et des sites Web qui viennent en aide aux personnes qui ont leur lune en Vierge ! »

Des étoiles sur la Toile

Grâce à la multiplication des sources disponibles, surtout sur Internet, l’astrologie a récemment acquis un nouveau statut cool. Et elle ne se résume plus aux magazines à potins.

Division de l’empire Vice ciblant les jeunes femmes, le site Broadly mise beaucoup sur sa section Horoscopes. Callie Beusman, rédactrice en chef de ce média, confirmait en janvier dernier, dans une entrevue au magazine The Atlantic, la croissance « exponentielle » de cette rubrique. D’autres médias visant les mêmes publics (Bustle, The Cut, Rookie) affichent aussi des sections réservées aux signes du zodiaque. Et c’est sans compter la multitude de pages Instagram et Twitter qui publient conseils et blagues liés à l’astrologie.

À des galaxies du personnage de « l’astro Barbie » JoJo Savard, les nouveaux astrologues, conscientisés, bénéficient d’une large tribune. Telle une rock star, la Californienne Chani Nicholas compte plus de 159 000 abonnés sur sa page Instagram et elle ponctue ses horoscopes de messages engagés ou d’appels à l’action. Des applications mobiles, comme Co-Star ou Horoscoper Club, permettent de faire soi-même sa carte du ciel. Et dans les boutiques branchées qui tentent d’attirer une jeune clientèle, il n’est pas rare de tomber sur des produits à l’effigie des signes du zodiaque.

« Je ne dirais pas qu’on assiste à une montée à proprement parler de l’astrologie, parce qu’il y a toujours eu des gens pour la pratiquer, mais du moins à une transformation du discours qui l’entoure », observe Nicolas Boissière, socio-anthropologue et doctorant au Département des sciences des religions de l’UQAM. Le chercheur étudie les phénomènes religieux contemporains, notamment l’ésotérisme dans les sociétés occidentales. « Avec l’émergence de nouveaux marchés littéraires et Internet, une partie des tabous qui touchaient l’ésotérisme tombent. »

L’astrologie a non seulement des visées divinatoires, mais aussi une valeur psychologique aux yeux de ses adeptes, pour qui l’appartenance à un signe et à un ascendant permettrait d’expliquer certains traits de caractère des gens.

Rassurante superstition

« Les signes astrologiques, c’est comme des figures, qui concentrent certains traits, avec des axes et des polarités, explique Myri, écrivaine, traductrice et adepte d’astrologie depuis plus de deux ans. Si tu regardes ta carte, tu peux voir différentes interprétations. Pour plein d’astrologues, c’est presque un truc de coaching de vie. » C’est ce qui, entre autres, expliquerait sa forte progression ces dernières années, pense M. Boissière. « Je crois que ça s’inscrit dans un grand intérêt actuel et contemporain pour la quête de bien-être, le développement personnel. »

Déjà, dans les années 1950, Theodor W. Adorno menait une recherche sur la consultation des horoscopes, publiée dans un ouvrage au poétique titre de Des étoiles à terre. L’illustre philosophe y concluait que, dans une société de plus en plus incertaine, dans laquelle les individus sont laissés à eux-mêmes, le recours à des superstitions comme l’astrologie permettrait de réduire l’anxiété et d’apporter un sentiment de réconfort.

Un demi-siècle après le travail d’Adorno, le sociologue et statisticien français Patrick Peretti-Watel a voulu réactualiser ses propos sur les horoscopes. Dans le texte « Sous les étoiles, rien de nouveau ? L’horoscope dans les sociétés contemporaines » (Revue française de sociologie, 2002), il explique lui aussi en partie la popularité de l’astrologie par ses effets apaisants. Mais il précise que de nombreux adeptes se fient à l’astrologie avec une certaine distance, un grain de sel.

Dans un monde où l’issue des votes populaires a désormais rarement à voir avec les prédictions et où les sautes d’humeur des dirigeants de puissances militaires créent un climat d’incertitude politique, consulter les étoiles aurait donc quelque chose de rassurant… « Dans ma manière d’être au monde, j’avais besoin d’un certain système symbolique, dit Myri. Peut-être qu’on a juste besoin d’une histoire à laquelle se référer, quelque chose de plus grand que soi en quoi croire ? »

Le regard de la science

La visibilité accrue de l’astrologie ne fait pas que des heureux. Certaines voix — celles de la science, surtout — s’insurgent contre les prétendus impacts du mouvement des astres sur le comportement humain. En août, Olivier Bernard, blogueur du site Le Pharmachien, s’inquiétait que les gens ne prennent pas plus le temps de faire des vérifications avant de croire ce qu’ils lisent sur le sujet. Il ne faudrait pas se leurrer : l’astrologie, contrairement à ce que certains astrologues prétendent, n’est pas une science. « Au centre des critiques sur l’astrologie, on retrouve ceci : elle n’est, concrètement, basée sur rien, précise M. Boissière. Ce n’est pas relié aux phénomènes astronomiques. Les mouvements des astres sont des projections conceptuelles. »
2 commentaires
  • Marc O. Rainville - Abonné 20 octobre 2018 09 h 10

    Petit grain de sel deviendra grand

    L’astrologie n’est encore qu’un géant avec une main attachée dans le dos. Le dévelloppement de l’intelligence artificielle devrait permettre de redonner son statut de science... à la première des sciences.

  • Serge Trudel - Inscrit 21 octobre 2018 03 h 11

    Astrologie égale ineptie

    @ Marc O. Rainville - Abonné 20 octobre 2018 09 h 10

    L'astrologie ne peut être la première des sciences, puisqu'elle n'en est pas une. Elle ne constitue qu'une pseudoscience au même titre que l'alchimie et l'intelligence artificielle la plus avancée ne changera rien à ce niveau, sinon à essayer de mettre encore davantage de poudre aux yeux des naïfs et de ceux et celles n'ayant pas le moindre sens critique!
    Il est tout simplement effarant de constater que malgré le développement formidable des sciences, des technologies et des connaissances, un grand nombre d'individus s'obstinent à demeurer embourbés dans un obsurantisme moyenâgeux...