Cinq étoiles pour des astrotours

On peut visiter l’observatoire du parc tous les jours de l’été.
Photo: Carolyne Parent On peut visiter l’observatoire du parc tous les jours de l’été.

Ce soir-là, le ciel était d’une pureté sans pareille. Éminemment brillantes, étoiles et planètes semblaient avoir été agencées avec grand art sur un riche velours bleu minuit tels des diamants chez Tiffany. Du rarement vu, à moins de trois heures de route de Montréal.

De par le monde, nombreux sont les lieux qui rallient scientifiques et astronomes en herbe. Il y a le parc national du Teide, à Tenerife, aux îles Canaries. Le plateau du Chajnantor et la vallée de l’Elqui, au Chili. Le volcan Mauna Kea, à Hawaii.

Leur portion d’azur étant réputée offrir des conditions d’observation inégalées, ils attirent de plus en plus d’astrotouristes.

Mais, par Jupiter !, rappelons que ces derniers sont également très bien servis dans les Cantons-de-l’Est, qui comptent deux Réserves de ciel étoilé.

Décernée par des instances telles que l’International Dark-Sky Association (IDA) et la Société royale d’astronomie du Canada (SRAC), la désignation vise à reconnaître les efforts déployés pour enrayer la pollution lumineuse qui nous gâche le spectacle céleste.

Plus de 3300 luminaires de rue ont été remplacés dans la région, entraînant des économies d’énergie et une réduction de la pollution lumineuse d’environ 35 %

Au parc national du Mont-Mégantic, la lutte contre l’usage abusif de l’éclairage artificiel date de 2003.

À son origine, une constatation, explique Sébastien Giguère dans son excellent ouvrage De la Terre aux étoiles : « La luminosité nocturne du ciel au sommet du mont avait plus que doublé depuis l’ouverture de l’observatoire », il y a 40 ans cette année.

Il fallait donc agir non seulement pour conserver pour la postérité cette fenêtre sur l’univers, mais aussi pour assurer la viabilité scientifique de l’observatoire. Car dans cet observatoire, doté d’un des plus puissants télescopes en Amérique du Nord, sont menés de nombreux projets de recherche d’envergure internationale sur les exoplanètes comme sur l’instrumentation infrarouge, sa spécialité.

À l’ASTROLab du parc, l’animateur de la présentation d’astronomie interactive demande d’ailleurs à l’auditoire : « À quoi bon éclairer le ciel ? » Il rappelle que la pollution lumineuse peut aisément être réduite en modifiant la couleur, l’orientation et l’intensité de l’éclairage artificiel, ce qui représente en soi une bonne pratique écoénergétique.

Le parc de 50 km2 fut la première Réserve internationale de ciel étoilé au monde désignée par l’IDA. C’était en 2007.

En vertu des critères de l’association, une réserve doit comprendre un îlot de noirceur naturelle protégé au sein d’un environnement — en l’occurrence les municipalités voisines, dont Sherbrooke — qui s’engage à limiter le plus possible sa pollution lumineuse.

Chapeau au directeur de l’ASTROLab, Pierre Goulet, et à la chargée de projet, Chloé Legris, qui réussirent à convaincre municipalités, industries, commerces et particuliers du bien-fondé de leur démarche !

Photo: Carolyne Parent Observation de Vénus à la mi-juin, dans le cadre d’une des soirées d’astronomie de l'ASTROLab au parc national du Mont-Mégantic

« Au total, ce sont plus de 3300 luminaires de rue qui [ont été] remplacés dans la région, entraînant des économies d’énergie de près de 2 gigawattheures et une réduction de la pollution lumineuse d’environ 35 % », écrit M. Giguère.

Depuis, l’IDA a récompensé d’autres sites, en Namibie comme en Nouvelle-Zélande, devenus eux aussi des Réserves internationales.

Jupiter et ses quatre lunes

Ce soir-là, à l’observatoire Velan de l’ASTROLab, j’ai contemplé Jupiter et ses quatre lunes. D’autres télescopes installés à l’extérieur m’ont permis d’observer plusieurs objets célestes bien identifiés par des guides armés de rayons laser : Vénus, un amas d’étoiles, une nébuleuse morte ainsi que la brillantissime étoile Aldébaran.

Et, par Mercure !, je ne fus pas la seule à éprouver mille milliards de mille frissons !

Un ciel d’hier et d’aujourd’hui

À Glen Sutton, la station de montagne Au diable vert vient d’être désignée Réserve canadienne de ciel étoilé par la SRAC. C’est dire qu’elle s’engage, de même que sa périphérie immédiate, à protéger le ciel au-dessus de son territoire de la pollution lumineuse.

Le propriétaire de la station, Jeremy Fontana, se réjouit du fait que le ciel soit une attraction en lui-même. « Des 88 constellations existantes, 35 sont visibles chez nous, dit-il. C’est énorme ! »

Ce ciel, il le met depuis peu en valeur par le biais d’une activité d’interprétation appelée « National Geographic ObservÉtoiles », qui fait de sa station le premier planétarium à ciel ouvert avec réalité augmentée au monde.

Les rendez-vous vedettes de l’été

  • Le Festival d’astronomie populaire du mont Mégantic : les 5-6-7, 12-13-14 et 19-20-21 juillet. Pour mettre l’oeil à l’oculaire du télescope le plus performant du pays, dont la puissance équivaut à 15 000 pupilles humaines !
  • Les nuits des Perséides : du 10 au 14 août. Pour tout savoir au sujet des étoiles filantes.
  • ObservÉtoiles : les samedis, ainsi que le dimanche des longs week-ends jusqu’en octobre. Pour voir les constellations d’un autre oeil et bien démêler Castor et Pollux !

Dormir à la belle étoile, ou presque…

Dotés de toutes les commodités, les spacieux chalets EXP pour deux ou quatre personnes du réseau de la SEPAQ nous en mettent plein la vue la nuit venue. Et pour cause : des puits de lumière sont stratégiquement placés juste au-dessus des lits ! On apprécie aussi leur généreux vitrage, qui nous permet de vivre au plus près de la nature hiver comme été. Le parc national du Mont-Mégantic compte une dizaine de ces beaux modules en bois, installés dans la forêt, près d’un ruisseau. Idyllique. À partir de 141 $ la nuitée.