Mariage de passion avec les abeilles

La reine est la seule femelle féconde de la colonie. Au printemps, elle peut pondre jusqu’à 2000 oeufs par jour.
Photo: Hélène Clément La reine est la seule femelle féconde de la colonie. Au printemps, elle peut pondre jusqu’à 2000 oeufs par jour.

Nettoyeuse, ramasseuse, cirière, ventileuse, gardienne, éclaireuse, butineuse… Une rude travailleuse, que cette abeille ouvrière à la courte vie de 35 à 40 jours, qui produit le miel. Et une pollinisatrice sacrément importante. N’est-ce pas Einstein qui disait que, « si l’abeille disparaît, l’humanité en a pour quatre ans à vivre » ? Pour découvrir le monde de l’abeillage, cap vers Saint-Benoit, Mirabel.

Non loin de l’autoroute 640, de jolis chemins de campagne bordés de maisons traditionnelles québécoises aux toits courbés mènent à de verts champs tapissés de fleurs sauvages. C’est là, à Saint-Benoît, entre Saint-Joseph-du-Lac et Saint-Placide, que la famille Macle a établi en 1976 l’entreprise apicole Intermiel.

Peut-être connaissez-vous déjà son miel vendu dans plusieurs épiceries du Québec dans des pots aux jolies étiquettes sur lesquelles sont inscrits la sorte de miel, sa provenance et le nombre de ruches. Et sur les couvercles, imprimés de fleurs, la certification « 100 % Québec » validée par le Bureau de normalisation du Québec. À moins d’avoir entendu parler d’Intermiel à la cabane à sucre Au Pied de cochon, juste à côté. Lorsque certains des plats du chef Martin Picard sont accompagnés d’un alvéole de miel, il y a de fortes chances qu’il provienne de ce voisin.

Cultiver l’amour

Originaires de Picardie, en France, et établis au Québec depuis 1969, Viviane et Christian Macle, deux enseignants de formation, cultivent leur amour pour les abeilles depuis bientôt 50 ans. Ici, dans les Basses-Laurentides, mais aussi dans Lanaudière, au Saguenay–Lac-Saint-Jean et en Outaouais (Pontiac).

Photo: Hélène Clément Apicultrice chez Intermiel, Manon parle aux abeilles avec douceur, les bichonne, les caresse de la main même.

« Mon père se passionne pour l’apiculture depuis son enfance, alors qu’il accompagnait mon arrière-grand-père dans ses ruchers en France », explique Éléonore, responsable de la commercialisation et de l’agrotourisme. « Ma mère est une pédagogue dans l’âme et le coeur. C’est elle qui a développé, il y a 27 ans, le volet éducatif. En 1991, 200 élèves visitaient notre entreprise par année ; aujourd’hui, nous en accueillons plus de 15 000. » Sans compter les 100 000 autres visiteurs qui leur rendent visite chaque année.

Remportant pour la deuxième fois la mention spéciale de l’agrotourisme décernée par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, Intermiel peut aussi se targuer d’avoir été choisie meilleure entreprise apicole au monde, en 2017, par World’s Greatest, une émission américaine qui sélectionne les meilleures entreprises au monde dans leur secteur d’activités.

« Nous comptabilisons au Québec entre 9500 et 10 000 ruches, précise Éléonore. Sur ce total, nous apportons environ 6900 ruches pendant trois semaines au Lac-Saint-Jean pour la pollinisation du bleuet. Nous produisons 450 000 kilos de miel par année et employons en période estivale 75 personnes. »

Les champs occupés par les ruches d’Intermiel présentent une jolie diversité florale qui permet à leurs 425 millions d’abeilles de fabriquer une large palette de produits : pommes au printemps, framboises, trèfle, verge d’or et bleuets en été, fleurs sauvages et sarrasin en automne. Les Macle fabriquent aussi du miel de sapin. Et ce véritable laboratoire des produits de la ruche (miel, propolis, pollen, cire, gelée royale et leurs dérivés, dont l’hydromel) propose du 24 juin au 15 octobre trois visites guidées par jour, sept jours sur sept.

La visite commence au champ par l’ouverture d’une ruche. Calmos ! On enfile d’abord la combinaison blanche dite « cosmonaute », le chapeau avec filet et les gants blancs. On dit que le blanc apaise les abeilles et leur procure un sentiment de sécurité.

L’amour pour les abeilles se lit dans les yeux de Manon, apicultrice et animatrice chez Intermiel. Elle leur parle avec douceur, les bichonne, les caresse de la main, même. « Le monde des abeilles, c’est une société de femmes laborieuses », explique-t-elle. Il y a la reine, les ouvrières — entre 50 000 et 60 000 par ruche — et les faux-bourdons.

« Le rôle des abeilles mâles est limité. Ils ne fabriquent pas de miel et n’assurent pas non plus la protection de la ruche puisqu’ils ne piquent pas. Ils sont dans la ruche uniquement pour s’accoupler avec la reine. Et comme cette dernière ne s’accouple qu’une seule fois, plusieurs faux-bourdons ne pourront même pas remplir cette unique mission. »

Les oeufs de la reine

La reine est la seule femelle féconde de la colonie. Au printemps, elle peut pondre jusqu’à 2000 oeufs par jour. Elle ne sort pratiquement jamais de la ruche. Les ouvrières lui apportent la nourriture nécessaire et assurent le nettoyage de ses excréments. « Elle est la seule à se nourrir exclusivement de gelée royale depuis le stade larvaire », précise Manon. Est-ce la raison pour laquelle elle vit cinq ans et non 40 jours ?

Pendant ce temps, pour assurer la survie de la colonie, les ouvrières fabriquent le miel, ventilent la ruche, nettoient, ramassent, fabriquent la cire, butinent et veillent sur tous les autres types d’abeilles. Ah oui… et dansent aussi pour communiquer entre elles.

La visite d’Intermiel comprend l’interprétation de la ruche, la visite de l’hydromellerie, de la distillerie, des installations de fabrication du sirop d’érable, et se termine à la boutique.

Du miel pour la cause

Chez Intermiel, les abeilles butinent aussi pour Leucan depuis près de 40 ans. En fait depuis 1985, alors que l’on découvre qu’Éléonore, la fille de Viviane et Christian Macle, alors âgée de 5 ans, est atteinte d’un cancer hépatoblastome, aussi appelé « tumeur abdominale de l’enfant », une rare tumeur maligne du foie. Un dur coup pour la famille qui vient à peine de s’installer. Après une opération chirurgicale importante et plusieurs traitements de chimiothérapie, Éléonore sourit aujourd’hui à la vie. Cette collaboration avec Leucan était un choix tout à fait naturel. Intermiel s’engage donc à verser aux enfants atteints de cancer l’argent récolté par la vente du miel ourson Leucan.