La diète génétique, ou quand l’ADN dicte l’alimentation

Nous sommes loin de connaître les fonctions des 20 000 gènes qui composent notre corps, et encore moins la façon dont ils interagissent avec la nourriture.
Photo: iStock Nous sommes loin de connaître les fonctions des 20 000 gènes qui composent notre corps, et encore moins la façon dont ils interagissent avec la nourriture.

Après avoir déposé un échantillon de salive dans un petit tube, on envoie l’enveloppe par la poste en direction d’une firme biogénétique. Dans quelques semaines, cet échantillon d’ADN dévoilera quels aliments correspondent le mieux à votre profil génétique. Une diète basée sur les gènes pourrait-elle voir le jour ?

Tous ne sont pas égaux devant la vitamine D, le sel ou la caféine. « Prenez un café le soir et vous verrez tout de suite si vous métabolisez lentement ou rapidement la caféine », soutient le nutritionniste Hubert Cormier. Cela est dû à l’un de vos gènes responsables de l’élimination de la caféine. Nos gènes mènent un véritable dialogue avec les aliments que nous ingérons.

En parallèle s’est donc développée une industrie : des tests nutrigénétiques offrant des recommandations alimentaires basées sur nos gènes. On mange déjà pour faire plaisir à nos papilles gustatives. Pourquoi ne pas en profiter pour gâter nos gènes ?

En ayant en main votre profil génétique, certaines entreprises, dont BiogeniQ à Brossard, ciblent une vingtaine de gènes spécifiques qui entrent en interaction avec certains nutriments. Si vous êtes porteurs d’une mutation susceptible de nuire à l’absorption de certaines vitamines ou à la digestion du lactose, par exemple, on vous proposera de revoir votre régime alimentaire basé sur ces découvertes.

Déterminer si vous êtes à risque de développer une carence en fer est certes intéressant, mais cela prend une tout autre dimension quand il devient possible de se renseigner sur les risques de développer des maladies chroniques.

Les gènes ont leurs limites

L’idée semble révolutionnaire, mais la science a encore beaucoup de pain sur la planche avant d’offrir une nutrition personnalisée entièrement basée sur le génome humain. Nous sommes loin de connaître les fonctions des 20 000 gènes qui composent notre corps, et encore moins la façon dont ils interagissent avec la nourriture.

Comment ces tests peuvent-ils en venir à des conclusions avec autant de variables inconnues ? Pour la vitamine D, par exemple, les variations génétiques situées sur trois gènes sont étudiées pour établir un résultat.

« Si ce gène est intégré dans notre liste, c’est que les études scientifiques ont montré des résultats significatifs après des interventions nutritionnelles », assure Catherine Drouin-Audet, diététiste et responsable du volet nutrition chez BiogeniQ. Le test est donc voué à se perfectionner au fil des recherches et découvertes scientifiques.

Pour la plupart des clients, c’est la curiosité qui les mène vers la nutrigénétique. Ont-ils été avantagés à la loterie de la vie ? « Les gens souhaitent mieux s’alimenter et veulent savoir si tous leurs efforts sont dirigés au bon endroit. Ils agissent de manière préventive, constate Catherine Drouin-Audet. D’autres souhaitent des explications relativement à un problème d’hypertension ou d’inconforts intestinaux par exemple. »

Des réactions variables

Pour les plus curieux, les tests nutrigénétiques peuvent donc écarter les doutes que l’on peut entretenir par rapport au risque de développer certaines maladies liées à l’alimentation. Parmi celles-ci, la maladie coeliaque, la forme la plus sévère de l’intolérance au gluten qui touche 1 % de la population.

Attention de ne pas considérer ces résultats comme un diagnostic, prévient toutefois le nutritionniste Hubert Cormier, qui consacre son doctorat à l’étude de la nutrigénomique : « On parle d’un test de prédiction du risque. Après, il faut pousser plus loin les examens. »

Un résultat négatif permettra de pousser un soupir de soulagement. Les résultats ne sont toutefois pas toujours ceux escomptés. Les consommateurs sont-ils parés à toutes les éventualités ? « Il faut anticiper les réactions d’anxiété et éviter de créer une certaine paranoïa dans l’espace public », croit Thierry Hurlimann, chercheur à l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal (IRSPUM). Pour lui, cela passe inévitablement par la rencontre avec un conseiller génétique avant et après le test. « Le but n’est pas de créer un nouveau désordre alimentaire lié à des prédispositions génétiques. »

L’effet contraire a aussi été observé : en se sentant protégés génétiquement, certains individus adopteront des habitudes alimentaires moins saines. « On peut se penser immunisé à cause d’une réponse génétique favorable. Dans ce cas, l’encadrement devient particulièrement important », constate Hubert Cormier.

Il faut également remettre ces tests en perspective, car il n’y a pas que les gènes qui influencent notre santé. L’environnement occupe encore une large part du gâteau. « Rien n’est 100 % génétique. L’impact d’une seule mutation pèse très peu dans la balance », nuance Hubert Cormier. « Parfois, une mutation peut expliquer 1 % d’un trait. Le reste dépend de notre environnement. » Le risque de développer certaines maladies demeure donc largement tributaire des habitudes de vie, du stress et du milieu dans lequel on vit.

Les régimes n’ont jamais eu la réputation d’être suivis très longtemps. La nutrigénétique, avec ses nombreuses restrictions, risque d’entraîner les mêmes réactions. « Il doit y avoir du plaisir dans l’alimentation. Si on ajoute la génétique, on rationalise l’alimentation. S’il y a trop de règles, les gens vont se décourager et délaisser les recommandations », craint Hubert Cormier.

BiogeniQ ne fait d’ailleurs pas miroiter une diète exclusivement basée sur la génétique. « On voit la nutrigénomique comme un outil d’accompagnement, et non comme la réponse à tout. On ne promet pas la pilule magique », rappelle Catherine Drouin-Audet.


La mutation génétique décortiquée

Le génome humain est composé de six milliards de nucléotides, les éléments de base qui constituent l’ADN et qui sont représentés par les lettres A, T, C, G. La disposition de ces lettres formera un gène.

On compare souvent le génome humain à un livre. Si l’on regroupe toutes les lettres qui composent les nucléotides pour représenter la séquence du génome humain, cela ne représente rien de moins que l’écriture de 2600 dictionnaires Larousse !

Quelque part dans ce dictionnaire, il peut n’y avoir qu’une seule lettre modifiée. C’est ce que l’on appelle une mutation génétique. Elle détermine la réaction des gènes par rapport aux nutriments. La séquence de chacun de ces nucléotides est donc cruciale. Les maladies héréditaires sont d’ailleurs souvent dues à la modification d’un seul nucléotide.
2 commentaires
  • Alexis Poirier-Lapierre - Inscrit 26 novembre 2017 12 h 19

    On a déjà les réponses

    Sérieusement je comprend même pas pourquoi on voit encore ce genre question là :Une diète basée sur les gènes pourrait-elle voir le jour ?

    Sérieusement ça existe déjà. On sait très bien aujourdh'ui que la diète Paléo respectent notre santé à 100% et qu'elle s'appuie déjà sur la nutrigénétique. Même si certains individus arrivent à ingérer du gluten et à le digérer sans problème, on sait maintenant très bien que le gluten amène une résistance entre autre aux parois intestinales pouvant laisser passer dans le sang des éléments indésirable et pouvant possiblement causer des maladies auto-immunes. Les études et recherches objectives sont déjà faites, maintenant il faut les connaître! Lisez le livre Paléonutrition de Julien Venesson, il mentionne toutes ses études! Arrêter de croire que parce qu'un tel se porte bien cela réfute tout!

  • Denis Paquette - Abonné 26 novembre 2017 14 h 52

    un miraculé

    voila la reponse que je me faisais lorsque j'ai lu l'article sur les véganes peut être faut- il avoir une perception plus contemporaine, si je suis encore vivant, apres avoir été condamné, c'est que je consomme des hormones depuis dix ans, je suis cet individu a qui on a offert un régime aux hormones, le hasard a voulu que l'on découvre que certaines hormones avaient des propriétés extraordinaires, voila ce que j'avais envie de vous dire et que vous sachiez