Retrouvailles sur la montagne

Wanderlust n’est pas une retraite de yoga silencieuse et sérieuse. La musique, le mouvement et la liberté sont au centre de ce festival ambulant axé sur le bien-être.
Photo: Daniel Grozdanov Wanderlust n’est pas une retraite de yoga silencieuse et sérieuse. La musique, le mouvement et la liberté sont au centre de ce festival ambulant axé sur le bien-être.
Là où il s’arrête, dans huit villes et sur deux continents, le Festival Wanderlust est un appel à la réjouissance. Artistes, penseurs, musiciens et yogis, apprentis ou non, se rencontrent quelques jours en nature pour célébrer les retrouvailles avec soi. En attendant son passage à Tremblant, du 20 au 23 août, retour aux sources de cette « boussole » du bien-être.


Une pratique millénaire. Des milliers de jeunes rassemblés dans l’air frais de la montagne. Un esprit de communauté, une déconnexion du temps. C’est sur ces valeurs sûres que flotte le Festival Wanderlust depuis sa fondation sur la côte ouest américaine, en 2009. Définition oblige (de l’allemand wandern, littéralement « randonner », et lust, pour le désir), la retraite indie est fortement teintée de liberté et suggère de « retrouver son vrai nord ». Une formule parfaite pour notre Occident quelque peu déréglé.

« Ça répond à un besoin réel de beaucoup de gens qui ne se retrouvent peut-être plus dans le seul but d’accumuler des choses, avance la porte-parole Geneviève Guérard, ancienne première danseuse des Grands Ballets canadiens, qui a ouvert en 2013, à Montréal, un studio de yoga affilié à Wanderlust. L’album de Daniel Bélanger le dit bien : c’est l’échec du matériel. À un moment donné, on est plus que ça. »

Quand Le Devoir lui a parlé, la professeure revenait tout juste de l’édition de North Lake Tahoe, en Californie. C’est là qu’un trio d’idéateurs, au sortir d’une retraite dans la forêt du Costa Rica, a lancé il y a six ans le mouvement devenu mode — et qui a bien vite solidifié toute une communauté occidentale de dévoués au prana et aux asanas, fidèle à une philosophie plus progressiste née dans les années 50. Hormis cinq arrêts aux États-Unis, Wanderlust fait cette année un coude à Hawaï avant de rejoindre la Sunshine Coast, en Australie. Et c’est sans compter les éditions d’un jour de Wanderlust 108, un triathlon « de l’esprit ».

Un premier pas

Ce qui fait la popularité du festival ? Son cadre dépouillé de tout stress, son retour à la nature, son rythme énergisant. Il y a là une approche du yoga en tant que pratique, mais aussi comme mode de vie plus large où l’on prend le temps de se connaître. « J’ai souvent décrit Wanderlust comme une drogue d’entrée dans le yoga. On vous accroche et on espère que vous plongiez plus loin », écrit l’un des cofondateurs du festival, Jeff Kresno, dans Wanderlust. A Modern Yogi’s Guide to Discovering Your Best Self (Rodale), paru en juin.

Ce premier ouvrage consacré à Wanderlust en résume l’idéologie fondatrice, trace un chemin au yogi et donne un sens au mouvement en ce XXIe siècle pétaradant. Des D.J., des médecins, des activistes, des chefs, des profs de yoga comme Shiva Rea et des musiciens, dont Moby et Sarah Neufeld, la violoniste d’Arcade Fire devenue copropriétaire du studio de yoga à New York, y prennent la parole. C’est une sorte de « bible » du festivalier, cet individu investi d’un idéal bien précis : vie durable, consommation éthique, alimentation locale et communautés fortes. Cette philosophie tient d’ailleurs en un mot, récurrent dans le vocabulaire Wanderlust : conscience.

« En tant qu’Occidentaux, on est d’abord passés par les asanas, par les postures du yoga. C’est une des couches grossières de notre être : le corps physique, explique la professeure Lyne St-Roch, qui donnera six cours à Tremblant en août. Mais tôt ou tard, ça nous amène vers quelque chose de beaucoup plus difficile. Vers une conscience intérieure. » Cet effeuillement graduel, cet éveil, on le retrouve aussi dans les suggestions d’écriture de l’ouvrage Wanderlust. Personne n’est pris par la main : le travail est individuel, puis partagé collectivement.

Intérieur, extérieur

Alors que le yoga requiert silence et introspection, l’appel à la célébration et le fourmillement de Wanderlust — quelque 6300 personnes étaient du tête-à-tête à Tremblant l’an dernier — suggèrent l’inverse. Là où les puristes pourraient lire un déséquilibre, Geneviève Guérard voit un enchaînement cohérent. « En anglais, on dit souvent “enlighten up”. Le yoga est un recueillement qui ne centre pas sur son propre nombril, au contraire. Il permet de trouver une joie de vivre. » La professeure donne d’ailleurs des cours avec musique dans son studio de Montréal, une façon, pour elle, « d’envelopper le mouvement » de la méditation.

Ce genre de séance est au programme du troisième Wanderlust de Tremblant, qui voit large avec plus de 245 activités : randonnées-méditations matinales, prestation live de D.J. et de Rising Appalachia, dégustations de vin avec vue sur le lac, yoga aérien ou sur planche de surf, ateliers sur le corps et le mouvement, même une conférence de la petite-fille de Jacques Yves Cousteau sur les tribus du territoire indigène brésilien Vale do Javari. « C’est un peu comme dans nos anciennes religions, où on allait à la messe une fois par année, compare Lyne St-Roch dans un grand rire. Et l’énergie du yoga est quand même là, présente. »

Quand on lui demande si Wanderlust est une occasion de mettre un premier pied dans cette philosophie du bonheur, Geneviève Guérard cite un professeur de méditation rencontré en Californie. Il répondait à ceux qui, hésitants, pensaient renoncer à s’asseoir une heure et demie dans le silence par peur de redémarrer le fameux hamster. « Méditer ne vous rendra pas fous, vous l’êtes déjà. Méditer va simplement vous faire réaliser à quel point vos pensées vont dans tous les sens. »

Festival Wanderlust

Du 20 au 23 août à Tremblant. $