Un scénario pas comme les autres pour le 59e affrontement Nadal-Djokovic

De son match marathon contre Félix Auger-Aliassime disputé dimanche, Rafael Nadal retient en particulier un élément positif: avoir «été capable de changer le cours des choses au moment le plus critique en étant beaucoup plus agressif et en montant au filet».
Photo: Julien De Rosa Agence France-Presse De son match marathon contre Félix Auger-Aliassime disputé dimanche, Rafael Nadal retient en particulier un élément positif: avoir «été capable de changer le cours des choses au moment le plus critique en étant beaucoup plus agressif et en montant au filet».

Anticipé depuis le tirage au sort, le quart de finale entre Rafael Nadal et Novak Djokovic à Roland-Garros, programmé mardi soir, est la pièce la plus jouée de l’histoire du tennis masculin, mais sa trame est hors du commun.

Après la finale à sens unique de 2020 en faveur de Nadal (6-0, 6-2, 7-5) et la spectaculaire demi-finale de 2021 en forme de revanche pour Djokovic (3-6, 6-3, 7-6 (7/4), 6-2), ce troisième duel en trois éditions de Roland-Garros a des airs de belle entre les deux géants.

Si on se fie aux statistiques, le Serbe de 35 ans, tenant du trophée, a un léger avantage global (30-28 toutes surfaces et toutes compétitions confondues), mais l’Espagnol, qui aura 36 ans vendredi, mène tant sur terre battue (18-8), sa surface chérie, qu’en Grand Chelem (10-7) et à Roland-Garros (7-2).

Néanmoins, la situation est délicate pour « Rafa », loin de celle de ses grandes années sur ocre, et qui affirme qu’il ne partira pas favori mardi soir.

« Avec 2015 [défaite 7-5, 6-3, 6-1 en quarts], ce sont peut-être les deux fois où Djokovic est le plus clairement favori quand je l’affronte ici. Toutes les autres fois, soit j’étais plutôt favori, soit c’était du 50-50, compare Nadal. Là, avec nos dynamiques respectives des derniers mois, il arrive dans une meilleure situation », poursuit-il.

Bien sûr, Roland-Garros est la deuxième maison du champion majorquin. Il y a triomphé treize fois depuis 2005, n’y a perdu que trois fois en 112 matchs, et n’a été poussé que trois fois seulement jusqu’à une cinquième manche.

« Essayer de toutes mes forces »

Nadal est arrivé à Paris sur une dynamique des plus précaires. En cause : une fracture de fatigue aux côtes survenue à deux mois de Roland-Garros, qui a stoppé son formidable élan du début de saison (21e Grand Chelem en Australie et vingt premiers matchs gagnés), et le réveil de ses douleurs chroniques au pied gauche mi-mai.

« Je n’ai pas joué ce genre de match ces trois derniers mois, ça va être un gros défi », reconnaît-il.

D’autant que, 48 heures avant de retrouver Djokovic, il a ferraillé pendant près de quatre heures et demie face au Québécois Félix Auger-Aliassime (9e).

« Je ne sais pas si je vais être capable ou pas, je n’ai pas de bagage suffisamment fourni pour sentir si j’ai le fond nécessaire pour jouer au niveau dont j’ai besoin pour battre quelqu’un comme Novak, mais je vais essayer de toutes mes forces », promet l’Espagnol.

De son match marathon contre Auger-Aliassime, Nadal retient en particulier un élément positif : avoir « été capable de changer le cours des choses au moment le plus critique en étant beaucoup plus agressif et en montant au filet ».

Inévitablement se pose la question de son état physique. « Je ne pense pas être touché physiquement après ce match, sur le plan musculaire ça va, sur le plan de la fatigue aussi. Après, ce qui peut se passer là-dessous, on ne sait pas », constate l’actuel no 5 mondial en faisant référence à son pied gauche, rongé par une nécrose de l’os scaphoïde (syndrome de Muller-Weiss) depuis plus de quinze ans. « Pour être honnête, chaque match que je joue ici, je ne sais pas si ce sera mon dernier ici à Roland Garros. […] C’est ma situation maintenant, a-t-il avoué après sa victoire de dimanche. C’est pourquoi j’essaie d’en profiter le plus possible. »

Djokovic est « prêt »

À l’inverse, tout va mieux pour Djokovic depuis quelques semaines. Avec le retour du circuit en Europe, le no 1 mondial est redevenu lui-même, après un premier trimestre entamé par sa rocambolesque expulsion d’Australie et passé quasiment à l’arrêt, faute de vaccin contre la COVID-19.

« Je suis satisfait de la façon dont je me sens, de ma frappe de balle. Je suis prêt », affirme « Nole », sur une série de neuf matchs gagnés d’affilée, avec son titre à Rome — son premier depuis six mois — et ses quatre premiers tours franchis en trois manches à Paris.

Au total, Djokovic a passé à peine plus de huit heures sur les courts de la porte d’Auteuil et n’a laissé filer que trente jeux. « Je suis content de ne pas avoir passé trop de temps sur les courts, sachant que jouer à Roland-Garros, c’est toujours un combat physique, en plus de tout le reste », estime le Serbe. « C’est un énorme défi. Probablement le plus grand qui peut exister ici. »

Car même si Nadal n’est plus indéboulonnable comme du temps de sa splendeur, ses deux pieds sont malgré tout bien ancrés sur sa terre adorée.

Le vainqueur du duel de haute voltige affrontera Alexander Zverev, troisième tête de série, ou Carlos Alcaraz, sixième tête de série, en demi-finale.

 

Alcaraz, l’Espagnol de 19 ans considéré comme la prochaine grande vedette du tennis masculin, reconnaît un match important quand il en voit un venir.

 

Avec Associated Press

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