Difficile de se qualifier aux Jeux olympiques pendant une pandémie

Le processus de qualification olympique est toujours un moment cruel chargé d’émotions pour les athlètes d’élite. Aux derniers Jeux d’été à Rio, l’équipe canadienne comptait 54 Québécois sur un total de 314 athlètes.
Photo: AP Le processus de qualification olympique est toujours un moment cruel chargé d’émotions pour les athlètes d’élite. Aux derniers Jeux d’été à Rio, l’équipe canadienne comptait 54 Québécois sur un total de 314 athlètes.

La pandémie de COVID-19 n’a pas fini de compliquer la vie des athlètes olympiques québécois. Pour certains, le principal défi ces temps-ci est non seulement de se qualifier pour les Jeux de Tokyo, mais plus simplement de trouver une façon de montrer ce qu’ils valent.

C’est un cauchemar ! La Coupe panaméricaine de marche à Guayaquil, en Équateur, vendredi, était, pour Mathieu Bilodeau, la dernière chance sur la scène internationale d’enregistrer un temps qui montrerait qu’il a sa place parmi les 60 participants à l’épreuve de 50 km marche aux Jeux olympiques de Tokyo cet été.

L’athlète de Québec n’a pas craqué sous la pression. Il n’a pas été déclassé par des adversaires plus forts que lui non plus. Il n’a simplement pas pu concourir. En effet, la direction d’Athlétisme Canada a annoncé la semaine dernière qu’elle n’enverrait finalement pas d’athlètes à Guayaquil « en raison de l’exposition potentielle au virus de la COVID-19 dans le cadre d’un voyage compliqué en Équateur ».

« C’est la cinquième fois que je me prépare en vue d’une compétition et que ça n’aboutit à rien. Disons que ça devient difficile de trouver la motivation », dit celui qui portait déjà les couleurs du Canada aux Jeux de Rio en 2016. Pendant ce temps, d’autres coureurs étrangers plus chanceux continuent d’inscrire des temps qui le font reculer au classement mondial, de 14e en 2019 à 56e aux dernières nouvelles, c’est-à-dire dans l’antichambre de l’exclusion olympique. Son dernier espoir est ces Championnats canadiens de marche de 50 km qui doivent se tenir à Montréal le 23 mai si la pandémie et le contexte sanitaire le permettent.

Le processus de qualification olympique est toujours un moment cruel chargé d’émotions pour les athlètes d’élite. Aux derniers Jeux d’été à Rio, l’équipe canadienne comptait 54 Québécois sur un total de 314 athlètes.

Comme le nombre d’heureux élus est limité et qu’on essaie aussi de faire de la place au plus grand nombre de pays possible, il n’est pas rare que même les meilleurs dans leur sport doivent jouer du coude pour faire partie de leur délégation nationale. C’est ce qui arrivera par exemple pour les judokas canadiennes Christa Deguchi et Jessica Klimkait, respectivement première et deuxième au monde chez les moins de 57 kg, qui devront se faire face une dernière fois, le 8 juin, aux Championnats du monde à Budapest, afin de déterminer laquelle des deux aura droit à l’unique place disponible pour le Canada dans cette catégorie à Tokyo.

La pandémie de COVID-19 est venue compliquer encore plus les choses. Au moment de l’annonce du report des Jeux à la fin mars l’an dernier, un peu plus de la moitié des quelque 11 000 places disponibles pour les athlètes à Tokyo avait déjà été attribuée, certains à des pays et d’autres à des athlètes en particulier. Pour le reste, il est revenu aux fédérations internationales des 33 sports concernés de fixer les règles et un nouveau calendrier pour se qualifier dans l’une ou l’autre des 339 épreuves dans un contexte où il a longtemps été impossible d’avoir accès aux équipements d’entraînement et où il est souvent encore difficile aujourd’hui d’organiser certaines compétitions ou de s’y rendre.

Ainsi, si certains athlètes sont fixés depuis longtemps, d’autres, comme les plongeurs québécois Vincent Riendeau, Nathan Zsoubor-Murray et Meagan Benfeito, ou l’escrimeur montréalais Marc-Antoine Blais Bélanger, n’ont pu pousser un soupir de soulagement que cette semaine. Mais certains sont encore loin du but.

C’est le cas notamment en athlétisme, où le processus de qualification se termine toujours tard et prendra fin cette année à moins d’un mois du début des Jeux (29 juin), à l’exception de la marche et du marathon (31 mai). Pour gagner son billet pour Tokyo, il faut se classer parmi les 45 à 60 athlètes mondiaux qui ont réalisé les meilleures performances au cours des derniers mois, avec un maximum de 3 places par pays.

Normalement, les athlètes québécois feraient actuellement des allers-retours entre leurs centres d’entraînement au Québec et les États-Unis ou l’Europe, où se tient la majorité des compétitions d’envergure permettant de mettre en banque des résultats, explique l’entraîneur-chef à la Fédération québécoise d’athlétisme, Félix-Antoine Lapointe. Mais comme il ne leur est souvent toujours pas possible de se rendre à l’étranger, ou que, lorsqu’ils le peuvent, ils sont tenus, à leur retour au pays, de respecter une quarantaine de 14 jours à se tourner les pouces, plusieurs athlètes ont été contraints de s’expatrier.

La dernière chance

C’est le cas de Maïté Bouchard, une spécialiste du 800 mètres. Aux études en médecine, elle avait allégé sa charge de travail à l’Université de Sherbrooke en prévision de la tenue de Jeux de Tokyo, l’été dernier, et a donc dû faire du rattrapage scolaire en même temps qu’elle se rembarquait dans un nouveau processus de préparation olympique. Aussitôt son doctorat en poche, l’athlète de 25 ans est partie seule au centre d’entraînement olympique de Chula Vista, à San Diego en Californie.

« On est une vingtaine de Canadiens ici, et personne n’a de billet de retour », racontait-elle cette semaine. Elle venait de participer à sa première compétition en un an et était déçue du temps qu’elle avait réalisé. « Mais il est encore tôt dans notre saison », se consolait-elle.

Jean-Simon Desgagnés n’est pas encore parti, mais ça ne saurait tarder. Lui aussi aux études en médecine, mais à l’Université Laval cette fois, le spécialiste du 3000 mètres steeple a encore un dernier examen à faire, le week-end prochain, après quoi il sautera dans le premier avion dans l’espoir de pouvoir participer « à trois, peut-être cinq compétitions » et y inscrire des temps suffisamment bons pour se valoir une place à ses premiers Jeux olympiques. Il n’a pas participé à une compétition depuis presque six mois.

« C’est sûr que ça ne me laisse pas beaucoup de jeu et que je ne pourrai pas me permettre beaucoup de contre-performances, mais je ne regrette pas mes choix. Je suis resté à Québec à cause des études, mais aussi parce que c’est un milieu d’entraînement qui me convient. Je me sens prêt. »

La dernière chance de se qualifier de Maïté Bouchard et de Jean-Simon Desgagnés pourrait toutefois se jouer au Québec lors de la Classique d’athlétisme de Montréal, prévue le 29 juin. À condition que l’événement ait lieu, évidemment.

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