Boycottage des Jeux de Pékin: les États-Unis font marche arrière

Le Comité olympique et paralympique américain a réaffirmé mercredi par la voix de sa présidente son opposition au boycottage des Jeux d’hiver de Pékin en février 2022, réclamé notamment par des associations de défense des droits de la personne.
Photo: Mark Schiefelbein The Associated Press Le Comité olympique et paralympique américain a réaffirmé mercredi par la voix de sa présidente son opposition au boycottage des Jeux d’hiver de Pékin en février 2022, réclamé notamment par des associations de défense des droits de la personne.

La Maison-Blanche a coupé court mercredi aux conjectures sur un boycottage des Jeux olympiques d’hiver de Pékin l’an prochain, assurant qu’il n’y avait à ce stade aucune concertation entre les États-Unis et leurs alliés sur cette question.

« Nous n’avons pas eu de discussions et nous ne discutons pas d’un quelconque boycottage avec des alliés et des partenaires », a fait savoir la porte-parole de la Maison-Blanche, Jen Psaki.

La veille, des déclarations du département d’État américain avaient provoqué la colère de la Chine, en laissant planer la possibilité d’une action conjointe des Occidentaux.

Signe de l’émotion dans le monde sportif, le Comité olympique et paralympique américain (USOPC) a réaffirmé mercredi par la voix de sa présidente son opposition au boycottage des Jeux d’hiver de Pékin en février 2022, réclamé notamment par des associations de défense des droits de la personne.

« Pour nos sportifs, le seul rêve est de représenter les États-Unis d’Amérique », a martelé Susanne Lyons, la présidente de l’USOPC, en ouverture d’un rendez-vous avec la presse consacré aux sportifs qualifiés pour les JO d’été de Tokyo.

« Nous ne croyons pas que les jeunes sportifs qui appartiennent à l’équipe des États-Unis doivent être utilisés comme des pions sur l’échiquier politique », a-t-elle affirmé.

« Nous ne voulons certainement pas minimiser ce qui se passe en matière de droits de la personne en Chine, a assuré la patronne du sport américain, mais les États-Unis ont plusieurs outils pour répondre de manière constructive à ces questions qui, nous le croyons, doivent être gérées par des responsables du gouvernement. »

La position du Comité olympique et paralympique américain n’est pas une surprise, mais cette clarification était attendue depuis les déclarations mardi du porte-parole du département d’État, Ned Price.

« C’est quelque chose dont nous souhaitons assurément discuter », avait indiqué Ned Price, interrogé pour savoir si les États-Unis envisageaient un boycottage conjoint avec leurs alliés.

« Nous sommes d’avis qu’une approche coordonnée ne serait pas seulement dans notre intérêt, mais également dans l’intérêt de nos alliés et partenaires », a-t-il précisé, sans révéler la position du gouvernement sur la question.

À moins d’un an des prochains Jeux d’hiver, et alors que les Jeux d’été de Tokyo, point culminant du calendrier sportif, sont programmés du 23 juillet au 11 août, c’est bel et bien le rendez-vous de Pékin qui focalise déjà l’attention.

« Conséquences négatives »

Plusieurs associations et hommes politiques républicains réclament en effet un boycottage américain, un mouvement qui concerne d’autres pays, comme le Canada et les Pays-Bas.

Ils s’appuient en partie sur plusieurs études qui accusent la Chine de persécuter les musulmans ouïghours, notamment en les plaçant dans des camps d’internement où les membres de cette minorité sont soumis, selon des témoignages de rescapés, à divers sévices.

Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, a ainsi repris la qualification de « génocide » pour évoquer le traitement des Ouïghours, une qualification chère à son prédécesseur, Mike Pompeo.

Pékin a fustigé mercredi ces accusations, qualifiées de « mensonge du siècle », promettant qu’elles feront l’objet d’une « réponse vigoureuse ».

« Un soi-disant boycottage commun des Jeux d’hiver de Pékin […] est contraire à l’esprit de la Charte olympique », a indiqué devant la presse un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian.

Pour Susanne Lyons, un boycottage peut même être contre-productif. « Les précédents ont prouvé que cela pouvait avoir des conséquences négatives sur les sportifs, tout en ne répondant pas aux problèmes internationaux de manière satisfaisante. »

Elle fait écho aux propos le mois dernier du président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, pour qui un boycottage « n’a jamais apporté quoi que ce soit ».

L’ancien escrimeur devenu avocat avait évoqué le boycottage des JO de Moscou en 1980 par les États-Unis et certains de leurs alliés pour protester contre l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS.

« L’armée soviétique s’est retirée en 1989, donc ça n’a vraiment servi à rien à part punir leurs propres athlètes et conduire à un contre-boycottage des Jeux de Los Angeles », en 1984, par les pays du bloc de l’Est.

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