Les Blue Jays de Toronto en ont-ils assez fait cet hiver?

George Springer des Blue Jays lors d'un match d'entraînement contre les Orioles de Baltimore le vendredi 5 mars 2021
Photo: Steve Nesius La Presse canadienne George Springer des Blue Jays lors d'un match d'entraînement contre les Orioles de Baltimore le vendredi 5 mars 2021

Aux yeux de plusieurs experts, les Blue Jays de Toronto ont « gagné l’hiver » dans la Ligue américaine. Mais cette « victoire » se transposera-t-elle là où ça compte, soit entre avril et octobre ?

Difficile de ne pas être d’accord avec les analyses faites sur l’hiver des Jays. En plus de mettre la main sur l’excellent voltigeur George Springer pour plusieurs saisons, la formation torontoise a ajouté le joueur d’inter Marcus Semien pour un an, en plus des releveurs Kirby Yates, Tyler Chatwood et David Phelps.

Tout ce beau monde vient s’ajouter au jeune noyau composé des Vladimir Guerrero fils, Cavan Biggio et Bo Bichette, ainsi qu’aux Rowdy Tellez et autres Teoscar Hernandez. Voilà, à première vue, un rôle offensif qui fait rêver.

Il ne faut cependant pas oublier que les Blue Jays évoluent dans l’Est de l’Américaine, l’une des sections les plus relevées de la MLB. Est-ce que ces changements seront suffisants pour résister aux puissants Yankees de New York, aux surprenants Rays de Tampa Bay et aux Red Sox de Boston, qui passent rarement deux saisons consécutives du côté de la médiocrité ?

Car les Jays, malgré tous ces changements, n’ont pas amélioré leur rotation de partants. Après Hyun-Jin Ryu, qui amorcera la saison jeudi dans le Bronx, il y a plusieurs points d’interrogation : Nate Pearson pourrait être le lanceur no 2 et Robbie Ray ratera son premier départ en raison d’une blessure à un coude. Ross Stripling, Steven Matz et Tanner Roark, qui ont connu des résultats mitigés au cours des dernières années, devront donner de bonnes manches de travail.

Une tuile est également tombée sur la tête des Jays au camp : Yates a dû subir une reconstruction ligamentaire du coude et ne lancera pas de la saison. Le gérant Charlie Montoyo devra donc se tourner vers un comité de pompiers en fin de match. Le Canadien Jordan Romano et Rafael Dolis pourraient être mis à contribution.

« Nous sommes chanceux d’avoir suffisamment de gars qui peuvent accomplir ce travail, a déclaré Montoyo. Nous allons donc utiliser un comité, comme nous l’avons fait l’an dernier. »

Ils devront aussi se passer des services de Springer pour un certain temps en début de saison : le voltigeur étoile a subi une élongation des obliques de grade 2 et son nom sera inscrit à la liste des blessés.

Cette formation des Jays a maintenu la meilleure fiche de l’Américaine au camp, avec 16 victoires, 9 défaites et 2 nulles. Elle devra toutefois faire mieux que d’offrir le 10e meilleur rendement de la ligue si elle espère participer aux séries, puisque la MLB a repris son format habituel, soit les trois champions de section de chaque ligue et les deux meilleures fiches suivantes, qui s’affronteront dans une rencontre pour devenir le quatrième as.

Et les Rays et les Yankees, qui ont tous deux terminé devant les Jays en 2020, ne comptent pas ralentir le rythme. Surtout dans le Bronx, où la pression pour un titre de la Série mondiale — les Yankees ont signé leur dernière conquête en 2009 — se fait de plus en plus sentir.

Leur directeur général Brian Cashman a lui aussi connu un hiver actif. En plus de ramener le joueur d’avant-champ D.J. LeMahieu — le meilleur Yankee ces deux dernières saisons —, Cashman a ajouté deux partants en Corey Kluber, vainqueur de deux Cy-Young, et Jameson Taillon. Masahiro Tanaka, après sept saisons en Amérique, a plutôt choisi de retourner jouer chez lui au Japon.

Menée par Gerrit Cole, la rotation des Yankees devrait donner des maux de tête aux frappeurs adverses. Mais est-ce que les gros cogneurs new-yorkais tiendront le coup ?

Giancarlo Stanton et Aaron Judge ont été touchés par de nombreuses blessures au cours des dernières campagnes. Les deux colosses — six pieds six, 245 livres, et six pieds sept, 282 livres, respectivement — se sont mis au yoga cet hiver pour se donner une meilleure flexibilité.

Derrière le marbre, les Yankees espèrent retrouver le Gary Sanchez qui a fait écarquiller les yeux de tout le monde à son arrivée dans les Majeures. Le « Kraken » n’a fait peur à personne avec sa moyenne famélique de ,147 l’an dernier. Le gérant Aaron Boone lui a même préféré Kyle Higashioka en séries.

Luke Voit, meneur des Majeures pour les circuits en 2020 avec 22, ratera le début de la saison en raison d’une déchirure partielle d’un ménisque. Il devrait revenir au jeu en mai.

Du côté des Rays, leur triumvirat de partants a été démantelé : Blake Snell a été échangé aux Padres de San Diego et Charlie Morton a profité de l’autonomie pour se joindre aux Braves d’Atlanta. Les Rays ont toutefois ramené Chris Archer et ajouté le vétéran Michael Wacha.

Les Rays ont remporté le titre de leur section l’an dernier et atteint la Série mondiale avec maximisant leurs occasions en attaque et en muselant les attaques adverses. Pour y parvenir, ils ont notamment utilisé un maximum de bras au monticule, une stratégie qui ne devrait pas changer cette saison. Sera-t-elle suffisante ?

Quant aux Red Sox, ils ont connu une saison difficile l’an dernier. Mais la formation de Boston retrouvera deux partants de grande qualité en 2021. Eduardo Rodriguez, qui a raté la dernière saison en raison de la COVID-19 et d’une myocardie en lien avec le coronavirus, est de retour. Le redoutable Chris Sale est quant à lui remis de sa reconstruction ligamentaire du coude. Ces deux artilleurs suivront probablement Nathan Eovaldi dans la rotation.

Les Red Sox ne sont jamais bien loin de la tête, mais de surpasser ces trois formations est possiblement trop leur demander cette saison. Peut-être qu’ils pourront se faufiler dans la course au quatrième as. Sinon, il faudra s’attendre à ce que certains gros noms servent de monnaie d’échange à la date limite.

Autres luttes

Il y aura bien évidemment d’autres luttes intéressantes dans la MLB, à commencer dans l’Est de la Nationale.

Les Braves du Montréalais Alex Anthopoulos ont remporté leur section devant les surprenants Marlins de Miami. Avec l’ajout de Morton, la rotation ne semble pas avoir de faiblesse. Morton devrait s’insérer au quatrième ou cinquième rang, derrière Max Fried, Ian Anderson, Drew Smyly et Mike Soroka.

À l’attaque, la formation compte toujours sur Freddie Freeman, joueur par excellence de la Nationale l’an dernier, Marcell Ozuna, Ronald Acuna, Ozzie Albies et Travis d’Arnaud, le lauréat du Bâton d’argent comme receveur l’an dernier.

Mais l’équipe que tous ont hâte de voir dans cette section, c’est celle des Mets de New York.

Les Mets ont frappé un grand coup — le plus grand ? — de l’hiver en faisant l’acquisition de l’arrêt-court Francisco Lindor et du partant Carlos Carrasco des Indians de Cleveland contre aucun joueur qui aurait eu un impact cette année.

Les Mets miseront également sur le double gagnant du Cy-Young Jacob deGrom au monticule, ainsi que sur le retour de Marcus Stroman, qui a fait l’impasse sur la saison 2020 en raison de la pandémie.

Ajoutez à cela le fait que Noah Syndergaard, qui n’a pas lancé depuis septembre 2019 après avoir subi une reconstruction ligamentaire du coude en mars 2020, devrait retrouver sa place dans la rotation en juin et vous obtenez une équipe excitante.

Et pour ceux qui aiment veiller tard, notre suggestion de l’an dernier est toujours d’actualité : ne manquez pas les rencontres des Padres.

Si les Jays ont gagné l’hiver dans l’Américaine, les Padres sont les grands gagnants dans la Nationale, malgré l’arrivée de Trevor Bauer chez leurs éternels rivaux, les Dodgers de Los Angeles.

Les Padres ont ajouté Snell, Yu Darvish et Joe Musgrove au monticule, ce qui les aiderait à compenser la perte de Mike Clevinger pour la saison (une autre reconstruction ligamentaire) et de Dinelson Lamet pour un certain temps.

Darvish vient de terminer deuxième dans la course au Cy-Young (derrière Bauer), après avoir mené la Nationale avec huit victoires. Snell, gagnant du Cy-Young dans l’Américaine en 2018, donnera plusieurs bonnes manches aux Padres.

Au bâton, le rôle est menaçant du début à la fin avec, dans l’ordre ou dans le désordre : Fernando Tatis fils, Manny Machado, Will Myers, Jake Cronenworth, et le retour de Jurickson Profar. L’équipe compte aussi sur le nouveau venu Ha-Seung Kim. Le Coréen a signé un pacte de quatre ans et 28 millions de dollars cet hiver.

Suffisant pour chauffer les Dodgers ? Les champions de la Série mondiale ont ajouté Bauer, en plus de ramener Justin Turner. Ils ont toutefois perdu Joc Pederson, Enrique Hernandez et Pedro Baez. Avec la formation qu’ils ont, vont-ils vraiment en souffrir ?

Avec Gregory Strong

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