Lutter contre la discrimination dans le monde du sport

Le président des Toronto Raptors, Masai Ujiri, qui a poursuit un shérif adjoint, l’accusant d’être à l’origine de leur altercation juste après la victoire de son équipe en juin 2019, avait dénoncé le racisme qui a motivé cet acte.
Photo: Mark Blinch NBAE Getty Images via Agence France-Presse Le président des Toronto Raptors, Masai Ujiri, qui a poursuit un shérif adjoint, l’accusant d’être à l’origine de leur altercation juste après la victoire de son équipe en juin 2019, avait dénoncé le racisme qui a motivé cet acte.

La discrimination dans le monde du sport n’épargne ni les joueurs, ni les entraîneurs, ni même les présidents d’équipes sportives. Comme le rappelle l’incident vécu par Masai Ujiri, dirigeant des Raptors de Toronto qui a commenté la semaine dernière l’abandon des poursuites le visant pour l’altercation survenue à la suite de la conquête du championnat de la NBA de son équipe en 2019.

L’organisation canadienne de sport universitaire U Sports ouvre la voie à une conversation qu’elle veut poursuivre pour les années à venir afin de rendre les environnements sportifs inclusifs pour tous, a laissé entendre le directeur du marketing, Mohamed Hassan.

C’est dans ce but qu’a eu lieu un panel de discussion présenté à l’occasion du Mois de l’histoire des Noirs.

Car l’injustice raciale existe même au Canada, même au niveau universitaire, ont tour à tour souligné neuf intervenants — étudiants-athlètes, anciens élèves, entraîneurs et administrateurs sportifs.

Ainsi, l’entraîneur en chef de l’équipe de basketball de l’Université de Guelph, Charles Kissi, s’est déjà fait reprocher de s’être levé trop vite, « c’était intimidant et ça faisait peur », lui a-t-on dit alors qu’il voulait simplement s’étirer la jambe.

« Est-ce que tu vas te tenir tranquille aujourd’hui ? » lui a-t-on aussi demandé avant même le début d’un match.

« On présume généralement que tu vas causer des problèmes quand tu es un homme noir », explique-t-il.

« On me demande pourquoi je suis fâché si je ne souris pas », poursuit-il d’un ton posé. Autant d’exemples auxquels d’autres panélistes ont fait allusion au cours de l’événement qui avait lieu en ligne.

Kissi reconnaît l’ironie de la situation quand il dit avoir plus souvent fait face à ce genre de discrimination à titre d’entraîneur que lorsqu’il était policier.

L’ancien joueur de soccer de l’Université Brock Bawe Nsame a souligné qu’il avait l’impression qu’il devait changer sa personnalité lorsqu’il évoluait au sein de l’équipe universitaire.

« J’avais l’impression que j’avais la responsabilité de ne pas perpétuer un certain nombre de stéréotypes. Je devais leur prouver que je n’étais pas ce qu’ils pensaient que j’étais, que je n’étais pas ce qu’ils voyaient à la télé. Que j’étais vraiment gentil. »

Sa stratégie pour survivre dans une université à majorité blanche plantée dans la région de Niagara, en Ontario, a été d’ignorer les remarques à son endroit pour pouvoir se concentrer sur le jeu. Ce qui n’a pas toujours été facile.

« Se débarrasser des étiquettes que les gens t’accolent est un exercice qui peut peser lourd », a-t-il fait savoir.

Quand il avait besoin d’en parler à quelqu’un, Nsame allait voir « coach Kissi » qui travaillait alors à Brock, même si ce dernier entraînait l’équipe de basketball et non celle de soccer.

Nsame avait le sentiment de pouvoir être mieux compris de la part de Kissi.

Lutter contre les stéréotypes

« C’est important de combattre ces stéréotypes qui sont systémiques », a indiqué le vice-recteur aux affaires étudiantes de l’université Wilfrid-Laurier, le Dr Ivan Joseph.

« Ce n’est souvent pas par méchanceté. Les gens n’ont pas nécessairement de malice, mais ils perpétuent des préjugés inconscients », a affirmé celui qui a aussi mené les Rams de l’Université Ryerson à leur toute première finale de championnat national deux années consécutives.

D’où l’importance d’entamer ce dialogue, un pas qui va mener dans la bonne direction, de l’avis du groupe d’invités.

Si les hommes ont notamment parlé de l’importance de combattre les idées préconçues et de déconstruire le narratif de l’homme noir violent, être la seule personne noire dans une équipe de hockey comporte également son lot de défis.

Kryshanda Green marche dans les traces de son grand-père, qui a été le troisième joueur noir à rejoindre les rangs de la LNH, Bill Riley.

Elle a raconté qu’elle a souvent été la seule fille noire sur la patinoire, admettant que le hockey est un environnement plus hostile pour les personnes de couleur comparativement à d’autres sports, comme le basketball ou le football.

Elle avait 11 ans quand, après que son équipe eut gagné un match, trois filles de l’équipe adverse ont refusé de lui serrer la main et l’ont injuriée avec le mot en « n ». Elle a quitté la glace en pleurant.

Le soutien de sa famille lui a permis de persévérer, et elle est devenue la première femme noire capitaine de l’histoire de l’Université Ryerson à Toronto.

L’importance de la représentation

Plusieurs intervenants ont mentionné l’importance de la représentation. L’animatrice de l’événement elle-même, Savanna Hamilton, qui travaille à NBA TV Canada et qui a joué pour l’équipe de basketball de Ryerson à Toronto, explique que c’est lorsqu’elle a vu une animatrice qui lui ressemblait à la chaîne de sport ESPN qu’elle a compris que c’était possible pour elle aussi.

Même écho du côté de Donnovan Bennett, qui a troqué le ballon de football de ses années universitaires contre un micro à l’antenne de la chaîne Sportsnet.

À titre d’animateur et producteur, il a eu l’occasion de mettre en lumière « la riche histoire de joueurs de hockey noirs » du quartier multiethnique de Scarborough.

Ce sport ancré dans la culture canadienne est un sport qui est joué par toutes les communautés, a expliqué Bennett, c’était donc important pour lui de montrer un autre visage de ce sport.

« C’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai toujours voulu être un athlète, parce que les gens qui me ressemblaient à la télé étaient en majorité des athlètes », a ajouté Nsame.

« C’est important non seulement de se voir, mais de voir des Noirs dans toutes les sphères, a souligné Bennett. C’est bien qu’il y en ait beaucoup dans le soccer et le basketball, mais il faudrait aussi voir plus de scientifiques, de professeurs, de dirigeants d’entreprise noirs. Pas juste pour qu’il y ait plus de diversité, mais pour qu’on soit vraiment inclus dans la société. »


Cet article a été produit avec l’aide financière des Bourses Facebook et La Presse canadienne pour les nouvelles.