Les gardiens de but demeurent essentiels en séries

Carey Price affichait un taux d'efficacité de ,937 au terme de trois matchs en séries.
Photo: Frank Gunn La Presse canadienne Carey Price affichait un taux d'efficacité de ,937 au terme de trois matchs en séries.

Les personnes assez âgées pour avoir vu les deux époques le diront sans hésiter : le hockey d’aujourd’hui est totalement différent de celui des années 70. S’il existe une constante toutefois, elle se manifeste dans le rôle des gardiens pendant les séries éliminatoires.

Moins d’une semaine après la relance de la saison après une pause forcée de plus de quatre mois, de nombreux gardiens de la Ligue nationale de hockey se montrent dominants.

Après les matchs de jeudi, 11 d’entre eux affichaient des moyennes de buts alloués inférieures à 2,00, tandis que 13, dont Carey Price (,937), présentaient un taux d’efficacité supérieur à ,930.

De plus, au fil des six premières journées du calendrier de la LNH, on avait enregistré six blanchissages en 33 parties.

Au premier abord, on pourrait se surprendre de voir autant de solides prestations de qualité à une position où le synchronisme est aussi important. Un ancien gardien de but étoile avance une explication.

« À mon époque, on utilisait le camp d’entraînement pour se mettre en forme. Aujourd’hui, les joueurs s’entraînent sur une base régulière et sont toujours en assez bonne condition physique », note Bernard Parent, l’ancienne légende des Flyers de Philadelphie au milieu des années 70.

Question de confiance

Parent est sans doute l’un des exemples les plus probants du rôle vital d’un gardien de but pendant les éliminatoires.

Avec Parent devant le filet, les Flyers ont gagné les deux seules coupes Stanley de leur histoire en 1974 et 1975. En 1976, avec Parent au rancart, les Flyers ont été balayés par le Canadien lors de la finale.

« Il nous donnait une sécurité. Même si on écopait une punition, nous savions qu’on avait le meilleur gardien de la ligue et que Bernard allait faire de bons arrêts. Ça nous permettait de pratiquer le style avec lequel tout le monde était à l’aise », relate l’ancien défenseur André Dupont, un coéquipier de Parent en 1974 et 1975.

La présence d’un gardien dominant, surtout en séries éliminatoires, peut aussi avoir un effet psychologique sur les adversaires, fait remarquer Dupont.

« Ça devient un facteur aussi pour les joueurs de l’autre équipe. Ils voient un gars qui arrête tout et se disent “on aurait dû marquer trois buts et on n’en a aucun”. On fait de beaux jeux et pour une raison ou pour une autre, il est toujours à la bonne place au bon moment. C’est un peu ce qu’on voit avec Price en ce moment. On dirait qu’il est deux fois plus large que normalement. »

Un honneur fréquent

L’importance des gardiens à cette période de la saison se voit aussi avec l’octroi du trophée Conn-Smythe remis au joueur par excellence des séries.

Depuis 1965, première année où le trophée a été décerné, l’honneur est allé 16 fois à des gardiens, dont à 13 différents. Quatre d’entre eux ont fait graver leur nom sur le trophée malgré des défaites en finale.

Parent est l’un des deux gardiens à avoir gagné le trophée à au moins deux occasions — Patrick Roy le surpasse avec trois — et le premier joueur, toutes positions confondues, à le remporter lors de deux années consécutives.

Aux printemps de 1974 et 1975, Parent a présenté des statistiques sensationnelles. Il a participé à 32 matchs des séries. Il en a gagné 22, dont six par blanchissage, a affiché une moyenne de buts alloués globale de 1,96 et un taux d’arrêts de ,929.

Il a inscrit des jeux blancs à chacun des deux matchs décisifs en finale, face aux Bruins de Boston, en 1974, et face aux Sabres de Buffalo, un an plus tard.

Tout ça, après deux saisons au cours desquelles il a participé à 73 et 68 rencontres, respectivement.

« Le rôle du gardien de but dans les séries est toujours aussi important. Mais soyons clairs : vous ne gagnez pas pendant les séries éliminatoires seulement avec le gardien. Vous gagnez en équipe », insiste Parent, qui avoue qu’il détestait passer un match sur le banc des joueurs.

« Mais si un certain soir, vous jouez bien et que vous faites les arrêts importants, ça motive les joueurs, ça leur donne confiance et ils vont de l’avant. Et s’ils font une erreur, il y a de bonnes chances que le gardien soit là pour compenser. Pendant les séries, c’est très important », souligne le Montréalais de 75 ans qui vit encore dans la région de Philadelphie.

Parent insiste aussi sur la bonne attitude psychologique chez un gardien de but. Sur cet aspect, il rend hommage à Jacques Plante, qu’il voit comme un mentor et qui lui a prodigué d’importants conseils, confie-t-il.

« Pendant les séries, vous devez être disciplinés et aussi, vous devez avoir cette vision qui vous donne la confiance d’accomplir les choses qui permettent de gagner un championnat. C’est un aspect dont on ne parle pas assez souvent. La vision est très, très importante. J’ai toujours dit que si vous abordez un match avec une attitude positive, la plupart du temps, vous connaîtrez un match positif. »

À cet égard, Parent possède une très haute opinion du jeune gardien Carter Hart, des Flyers.

« Ces choses dont je parle, il est capable de les mettre en pratique et il n’a que 21 ans. Il a un talent incroyable. Ils vont gagner quelques coupes Stanley avec lui. Sans aucun doute. »