Hugo Barrette a misé sur l’exil pour faire progresser ses performances

«J’ai besoin de certaines choses dans mon environnement d’entraînement pour atteindre de plus hauts niveaux», croit le cycliste sur piste, Hugo Barrette.
Photo: Patrick Hamilton Agence France-Presse «J’ai besoin de certaines choses dans mon environnement d’entraînement pour atteindre de plus hauts niveaux», croit le cycliste sur piste, Hugo Barrette.

Hugo Barrette avait l’impression de plafonner et se voyait déjà terminer au pied du podium aux Jeux de Tokyo. À un an des Olympiques, le Madelinot a donc choisi l’exil afin de faire progresser ses performances.

« Ce que je recherche c’est d’être le meilleur, a-t-il déclaré au cours d’une téléconférence de Trinité-et-Tobago, où il s’entraînera pendant les prochains mois. Où je m’en allais, je le voyais un peu à l’horizon, c’était d’arriver juste à court du podium, quatrième, cinquième ou sixième. Le petit pas de plus que ça demande pour être sur le podium, les sacrifices que ça demande, c’est avec le partenariat de B2Dix que je peux le faire. »

Ce partenariat lui a permis de rejoindre son ancien entraîneur, Erin Hartwell, ainsi que son ami et partenaire d’entraînement, le sprinteur Njisane Phillip, qui a notamment terminé quatrième aux Jeux olympiques de Londres. Les deux athlètes se sont entraînés ensemble pendant trois ans à Los Angeles (de 2012 à 2015), et, quelque temps avant les Jeux olympiques de Rio en 2016, alors que Phillip s’était installé à Milton, en Ontario.

« Depuis maintenant un peu plus de deux ans qu’on travaille avec Hugo. D’être centralisé à Milton, on voyait que ce n’était pas l’idéal pour lui, a noté Dominick Gauthier, directeur de B2Dix. La raison principale est en quelque sorte le manque de compétition à l’entraînement quotidien. Il était vraiment le leader du groupe à Milton et pour se motiver chaque jour, dans les zones d’intensité que tu dois atteindre à l’entraînement, il lui manquait parfois un peu de défi. Il avait donc étudié ses options. Il a gardé contact avec d’autres équipes nationales, dont celle de Trinité-et-Tobago.

« Lorsqu’on regardait avec Cyclisme Canada la façon d’optimiser sa situation en vue des Jeux de Tokyo, c’est là qu’on a commencé à mettre des choses en place. Leur nouvel entraîneur, Brandon Cameron, de la Nouvelle-Zélande, a vite compris que la situation n’était pas idéale pour lui à Milton et il était ouvert à regarder les autres options. L’idée de travailler avec Erin Hartwell de nouveau est devenue non pas le plan B, mais le plan A. »

« Ça fait 10 ans que je suis avec l’équipe nationale. Je progresse à belle allure, mais à l’aube des Olympiques, c’est le bon moment de mettre tout en jeu, a poursuivi l’athlète de 28 ans. De venir ici avec ce partenariat, c’est un peu un rêve devenu réalité. J’ai besoin de certaines choses dans mon environnement d’entraînement pour atteindre de plus hauts niveaux.

« À Milton, c’était un bon environnement de travail, mais là on parle d’un autre niveau. C’est ce qui fera qu’au moment de me présenter sur la ligne de départ, nous aurons tout fait en sorte pour que je réussisse, que je fasse le mieux possible. Je suis convaincu que le mieux possible, c’est de gagner. […] C’est pour ça que je me suis exilé ici. »

« Il s’agissait de faire un traitement-choc, a ajouté Gauthier. Il est parmi les meilleurs au monde, mais il ne se retrouve pas sur le podium comme il le voudrait ni comme il le pourrait. C’était le temps de le faire pour maximiser les performances à Tokyo. »

Mais cet exil a un prix. Si B2Dix défraie une partie du salaire de son entraîneur et lui procure des services de pr. éparation mentale et de psychologie sportive, Barrette devra débourser 35 000 $ de sa poche.

« Je suis toujours à la recherche de commanditaires ! a-t-il précisé en riant. Je le vois comme un investissement sur ma carrière, mais aussi sur ma vie en général. Oui j’ai besoin d’aide, même si B2Dix m’aide au maximum de sa capacité. J’en suis très reconnaissant. Ça me permet de rêver aux plus grands honneurs. »

Qualifications et titres à défendre

Le processus de qualification en vue des JO de Tokyo est bien enclenché en cyclisme sur piste : cinq des 10 courses ont déjà été disputées. S’il n’est pas encore officiellement qualifié, Barrette, spécialiste du keirin et du sprint, est bien positionné, lui qui occupe actuellement le deuxième rang au classement général.

« Pas question de m’asseoir sur mes lauriers : les Championnats panaméricains, ce sont les courses qui valent le plus de points. Il faut aller les chercher, a-t-il argué. Non seulement ces points, mais je suis double champion en titre et je compte bien les défendre.

« Avec une grosse performance à ces championnats, je pourrais arrêter de penser qualification et penser préparation. Je suis dans un sport très dangereux : toutes les occasions que j’ai d’engranger de gros points, je dois les prendre. On ne sait jamais ce qui peut arriver. Je suis bien placé pour en parler. »

Depuis 2012, Barrette est monté sur le podium de tous les Championnats panaméricains auxquels il a pris part. Il est double champion en titre au sprint individuel, en plus d’avoir gagné l’or au keirin l’an dernier. Il avait terminé deuxième dans cette discipline en 2017. En plus de ses adversaires, Barrette devra vaincre la haute altitude s’il veut remonter sur la plus haute marche du podium : la présente édition des championnats sera disputée à Cochabamba, en Bolivie, à 2600 m d’altitude.

« C’est très haut et ça demande une adaptation, a souligné Barrette. Nous avons pris la décision, avec le groupe de Trinité-et-Tobago, d’y aller plus tôt que la plupart des autres pays. […] C’est un environnement de course qui sera plus difficile qu’ailleurs, mais c’est possible de mieux faire les choses que d’autres, en arrivant notamment 10 jours d’avance. »

Les compétitions auront lieu du 4 au 9 septembre. Barrette sera en action les 5, 6 et 7 septembre.