La journée de Vladimir Poutine

Jeudi, au centre-ville de Moscou, les partisans de l’équipe russe ont exprimé leur joie après la victoire des leurs au premier match de la Coupe du monde, contre l’Arabie saoudite.
Photo: Vasily Maximov Agence France-Presse Jeudi, au centre-ville de Moscou, les partisans de l’équipe russe ont exprimé leur joie après la victoire des leurs au premier match de la Coupe du monde, contre l’Arabie saoudite.

Vladimir Poutine aurait difficilement pu rêver d’une meilleure entrée en matière pour « sa » Coupe du monde. Alors que le match d’ouverture n’avait rien de très attrayant sur le plan sportif, le président russe a finalement pu assister à une victoire aussi écrasante qu’étonnante de sa sélection nationale et mettre la table pour un tournoi qui s’annonce rempli de surprises, et de contradictions.

Sur papier, cet affrontement entre la Russie et l’Arabie saoudite, les deux équipes les moins bien classées du tournoi, n’annonçait pas grand-chose de très enlevant. La question n’était pas tant de savoir qui allait remporter la victoire, mais plutôt si les Russes allaient éviter l’humiliation devant leurs partisans, après leurs insuccès récents.

Le stade était rempli à craquer et la foule, gonflée à bloc après le discours de son président lançant les festivités pour les quatre prochaines semaines. L’équipe russe, 70e au monde, voulait faire taire les critiques et éviter de devenir le premier pays hôte à perdre le match d’ouverture d’une Coupe du monde.

On pourrait parler longtemps de la défensive saoudienne, qui n’a assurément pas compliqué la tâche des locaux. Mais force est de constater que ce gain de 5-0, les hommes de Stanislav Tchertchessov ne l’ont pas volé. La Russie a remporté le match à coups de buts décisifs, dont plusieurs trouveront sans doute leur place dans les jeux de la semaine.

Voilà un résultat qui pourrait s’avérer déterminant si la Russie continue de bien faire dans le tournoi. Au sein de son groupe, l’Uruguay (14e) et l’Égypte (45e) semblent hors de portée, mais il suffirait d’un faux pas de part ou d’autre pour que la victoire russe fasse pencher la balance au différentiel des buts. Sait-on jamais.

Une image symbolique

L’image qui a sans doute le plus circulé en cette première journée de l’événement ne montre cependant pas un but russe, ni la colorée cérémonie d’ouverture. C’est plutôt celle de trois hommes regardant le match depuis les gradins. D’un côté, le prince d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane ; de l’autre, le président Vladimir Poutine ; et au centre, le président de la FIFA, Gianni Infantino.

À lui seul, ce cliché exprime la beauté et les paradoxes du soccer. Certains y verront la preuve que le sport le plus pratiqué au monde permet de rassembler deux pays bien différents le temps d’une partie, alors que d’autres remarqueront surtout que ce match d’ouverture a mis en scène deux nations autoritaires, dont les actions sur la scène internationale sont loin de faire l’unanimité. On n’a qu’à penser à l’occupation russe en Ukraine ou à la coalition internationale menée par l’Arabie saoudite au Yémen.

Ces deux leaders controversés ont donc pris place aux côtés du représentant de la FIFA, une institution qui se remet tant bien que mal des scandales de corruption de l’ère Sepp Blatter. Il n’en fallait pas plus pour alimenter le cynisme des partisans sur les réseaux sociaux.

«Ouverture » ?

Toujours dans le rayon des contradictions, le président russe a profité de son discours d’avant-match pour affirmer que son pays est « ouvert » et « hospitalier ». Mais comme l’a souligné à juste titre un correspondant du New York Times, certains n’ont visiblement pas reçu le mémo.

Dans une entrevue radiophonique diffusée à la veille du match d’ouverture, l’élue russe Tamara Pletnyova a encouragé ses compatriotes à ne pas avoir de relations sexuelles avec des étrangers pendant la Coupe du monde, surtout s’ils sont d’une « race différente ». Elle n’a pas précisé ce qu’elle a voulu dire exactement en parlant de « race », mais on comprend le message.

C’est donc ça, une Coupe du monde en Russie : un événement en apparence bien huilé, mais qui soulève des questions liées à la corruption, au racisme ou au respect des droits de la personne.

Jeudi, Vladimir Poutine n’avait que faire de ce genre de critiques. C’était sa journée, sa cérémonie d’ouverture, son discours patriotique, la domination de son équipe sur le terrain. Maintenant, place au vrai tournoi.