Le Canada a du pain sur la planche d'ici 2026

Les joueurs allemands Mats Hummels (à droite) et Leon Goretzka (de dos) se disputaient le ballon pendant un entraînement, mercredi en Russie. L’équipe canadienne est loin de pouvoir affronter les champions de la « Mannschaft », grande gagnante de la dernière Coupe du monde, qui a eu lieu au Brésil en 2014.
Photo: Patrik Stollarz Agence France-Presse Les joueurs allemands Mats Hummels (à droite) et Leon Goretzka (de dos) se disputaient le ballon pendant un entraînement, mercredi en Russie. L’équipe canadienne est loin de pouvoir affronter les champions de la « Mannschaft », grande gagnante de la dernière Coupe du monde, qui a eu lieu au Brésil en 2014.

L’Amérique du Nord ayant été désignée mercredi pour accueillir la Coupe du monde de soccer 2026, le Canada aura vraisemblablement sa place dans le prestigieux tournoi pour la première fois depuis 1986, à titre de pays hôte. La perspective de cette participation devrait dynamiser le soccer au pays, mais il reste beaucoup de travail à faire pour permettre à l’équipe canadienne de rivaliser avec les meilleurs au monde.

L’ancien milieu de terrain de l’Impact de Montréal et de l’équipe canadienne, Patrice Bernier, était tout sourire mercredi matin, quelques heures après le vote ayant accordé l’organisation de la Coupe du monde 2026 à la candidature unissant le Canada, le Mexique et les États-Unis. Il s’est rappelé qu’il a déjà rêvé de participer à ce prestigieux tournoi sans trop avoir d’attentes. Mais maintenant, s’est-il réjoui, les jeunes Canadiens peuvent y croire. « Un tournoi comme ça, ça stimule le rêve. »

La FIFA n’a pas encore confirmé que le Canada obtiendra son laissez-passer pour la Coupe du monde 2026, tout comme les États-Unis et le Mexique. Mais si la tradition est respectée, les trois pays hôtes auront leur place dans le tournoi, qui comptera désormais 48 équipes plutôt que 32.

 
1986
Dernière participation du Canada à la Coupe du monde

Il est donc temps de se mettre au travail, estime M. Bernier. « L’Allemagne et l’Espagne sont championnes parce qu’il y a dix ans, elles se sont mises au travail. L’Islande est arrivée à l’Euro parce qu’il y a dix ans, elle s’est mise au travail. C’est la preuve que le long terme rapporte, a-t-il souligné. On a du travail à faire pour être compétitifs. »

« Les résultats de l’équipe nationale ne sont pas là où on les veut, mais ils s’améliorent et ils vont continuer de s’améliorer, parce que les académies des équipes de la Major League Soccer sont toutes jeunes », a renchéri le vice-président exécutif de l’Impact, Richard Legendre. « [La Coupe du monde de 2026] va être un accélérateur de la croissance de la popularité du soccer. »

Loin derrière

L’équipe canadienne sera vraisemblablement de la Coupe du monde 2026, mais dans l’immédiat, elle est loin d’avoir sa place parmi les meilleures au monde. Elle a été exclue de la Coupe du monde qui débute jeudi en Russie et sa dernière participation au Mondial remonte à 1986. Cette année-là, l’équipe avait perdu ses trois matchs et n’avait marqué aucun but.

Le Canada est actuellement 79e au classement mondial de la FIFA, bien loin du top 50 dans lequel il s’est hissé à quelques reprises au cours des vingt dernières années. À titre de comparaison, l’équipe la moins bien classée de la Coupe du monde 2018 — mis à part la Russie, qualifiée d’office — est l’Arabie saoudite (67e).

   

Comment expliquer ces insuccès, en dépit de la popularité toujours grandissante du soccer au pays ? On peut bien sûr blâmer les joueurs et le personnel de l’équipe nationale, mais ce serait réducteur, affirme Éric Leroy, directeur technique de Soccer Québec. « C’est vraiment une responsabilité collective. »

« Le Canada, c’est un continent à lui tout seul, et pour arriver à trouver les talents et à les développer à partir de leur jeune âge, il faut qu’il y ait une vision générale partagée par tous, dit-il. La difficulté, c’est que les intervenants provinciaux n’agissent pas tous à la même vitesse et ne sont pas tous dans le même siècle, donc ça devient compliqué d’aligner les programmes. »

M. Leroy est néanmoins encouragé par l’arrivée en poste en janvier dernier du nouvel entraîneur-chef de l’équipe canadienne, John Herdman. « Le plus important, c’est qu’on a enfin quelqu’un au sommet de la pyramide qui a l’intention d’aligner tous les programmes. »

« Nous voulons présenter une équipe qui ne va pas que participer en 2026, mais rivaliser », a d’ailleurs déclaré M. Herdman mercredi.

Compétitions relevées

Selon Francis Millien, un homme de soccer bien connu au Canada qui a contribué à la candidature nord-américaine, le sport a fait des pas de géant au pays depuis le début des années 2000, lorsque la construction d’infrastructures sportives en nombre suffisant a permis aux joueurs de s’entraîner toute l’année.

Ce qu’il manque, affirme-t-il, c’est un « système de compétition relevé permanent » pour permettre aux meilleurs talents de goûter à un niveau de jeu élevé lorsqu’ils atteignent l’âge adulte. « La venue des académies [des équipes de la MLS] ne touche qu’une infime partie des centaines de milliers de jeunes qui jouent au soccer à travers le Canada », fait-il remarquer.

Ses voeux pourraient être exaucés en 2019, alors que la Première ligue canadienne de soccer devrait voir le jour.