Les joueurs de la LCF cachent leurs commotions cérébrales, selon une étude

Dominique Tovell a subi une commotion cérébrale l’été dernier alors qu’il jouait pour les Alouettes de Montréal.
Photo: Chris Young La Presse canadienne Dominique Tovell a subi une commotion cérébrale l’été dernier alors qu’il jouait pour les Alouettes de Montréal.

Si les mots « commotion cérébrale » étaient remplacés par « blessure au cerveau », peut-être que plus d’athlètes admettraient en avoir subi une.

C’est l’une des suggestions mises en avant par le Dr Scott Delaney, qui a dirigé une étude réalisée par le Centre de santé de l’Université McGill sur l’attitude des athlètes envers les commotions cérébrales.

Les résultats de son étude ont été publiés ce mois-ci dans le Clinical Journal of Sports Medecine.

L’équipe de Delaney espère trouver des façons pour que les athlètes cherchent à obtenir des traitements quand ils ressentent des symptômes de commotion comme des maux de tête, des nausées ou une vision trouble.

Avec plusieurs cas d’encéphalopathie traumatique chronique (ETC) parmi les ex-athlètes souffrant des effets à long terme des commotions cérébrales qui ont fait la manchette ces dernières années, on pourrait s’attendre à ce que les athlètes soient plus enclins à demander de l’aide.

Les chercheurs de McGill ont plutôt trouvé que bien que la plupart de ces sportifs savent ce que sont les commotions, la façon dont elles peuvent endommager le cerveau et comment elles sont traitées, plusieurs ne s’en soucient pas ou s’assurent que personne n’est au courant qu’ils en souffrent.

« Peut-être qu’on ne devrait parler que de blessure au cerveau, ce qu’elles sont, a déclaré Delaney. Peut-être que le message passerait mieux. »

« Les commotions sont tellement omniprésentes, peut-être qu’une stratégie aussi simple que de changer leur appellation pourrait souligner davantage la sévérité de cette blessure. Ça pourrait changer la culture si quelqu’un disait : “Elle s’est blessée au cerveau. C’est sérieux”. »

L’équipe de recherche a interrogé 454 joueurs de la LCF avec l’appui de la ligue et de l’Association des joueurs de la LCF. Les joueurs ont anonymement rempli des questionnaires avant la saison 2016.

Il a été découvert que 23,4 % d’entre eux croyaient avoir subi une commotion au cours de la saison 2015, et que 82,1 % de ce groupe n’a pas cherché à obtenir de traitement. Seulement 6 % de ceux qui ont dit qu’ils verraient un médecin après le match l’ont fait, tandis que seulement 20 % disent rapporter systématiquement une commotion au personnel médical de l’équipe.

Le rapport conclut que les joueurs « semblent connaître le processus d’évaluation des commotions et les traitements prescrits, mais que cette connaissance ne se traduit pas nécessairement en comportements sains et appropriés lorsqu’ils sont blessés ».

« De leur présenter les faits est bien, mais ce n’est pas suffisant », a ajouté Delaney, qui est le médecin en chef de l’Impact de Montréal, en plus d’être médecin adjoint des Alouettes de Montréal, ainsi que médecin en chef des équipes de football et de soccer masculin et féminin de l’Université McGill.

« Nous devons changer la culture autour des commotions et nous assurer que les gens comprennent mieux les risques. Il faut aussi que les joueurs se sentent à l’aise de demander de l’aide. »

La plupart des joueurs ont souligné qu’ils ne croyaient pas que leur blessure était suffisamment sérieuse pour qu’ils quittent la rencontre. La peur d’être conduit hors du terrain, de rater des matchs subséquents ou d’être étiqueté comme joueur « fragile » font également partie des raisons évoquées.

Par contre, l’argent ne semble pas influencer leur décision : la réticence des joueurs de la LCF à admettre qu’ils souffrent de commotion cérébrale est légèrement plus élevée que celle montrée par les athlètes universitaires de McGill et de Concordia, auprès de qui on a mené une enquête similaire il y a deux ans.

Le Dr Delaney souligne que les athlètes de l’Université McGill et les entraîneurs ont signé un « pacte sur les commotions » dans lequel les deux parties admettent être renseignées sur les effets des commotions cérébrales et s’engagent à les rapporter.

« Je veux que les joueurs comme les entraîneurs qui voient quelqu’un qui ne va pas bien viennent me le dire, a-t-il expliqué. Parfois, on ne peut pas faire confiance à l’athlète, mais on peut se fier à ceux qui l’entourent. Ils comprennent tous qu’ils peuvent être retirés d’un match, alors ils ne se fâchent pas chaque fois. Nous nous sommes mis d’accord sur ce point. »