À Rio, les Jeux sont (mal) faits

Selon un sondage publié mercredi, 60 % des Brésiliens estiment que ces Jeux seront plus préjudiciables que bénéfiques au pays.
Photo: Patrick Semansky Associated Press Selon un sondage publié mercredi, 60 % des Brésiliens estiment que ces Jeux seront plus préjudiciables que bénéfiques au pays.

C’est une chute qui veut dire beaucoup. Luiza Helena Trajano a bêtement perdu l’équilibre mardi dans les rues de Franca, ville de l’intérieur de l’État de São Paulo, au Brésil. Ce qui a fait flancher la torche olympique. La femme devait courir 200 mètres, une infime part de la course de relais qui doit mener la torche jusqu’au stade Maracana de Rio de Janeiro, où s’ouvriront les Jeux olympiques (JO) le 5  août.

Cette glissade revêt surtout, à une semaine du début des épreuves, une symbolique cruelle, celle de l’impréparation, de la négligence peut-être, de l’organisation. Les critiques affluent sur le village olympique que Richard Hinds, éditorialiste du Daily Telegraph australien, a qualifié de « favela olympique ». La délégation australienne a été la première à tirer le signal d’alarme. Ses athlètes avaient à peine mis les pieds dans les petits appartements d’Ilha Pura (« île pure ») que Kitty Chiller, la chef de mission de l’équipe, divulguait une note pour se plaindre des conditions d’hébergement.

Insalubre

Le village olympique, écrit-elle, n’est ni sûr, ni prêt. Et de mentionner les murs qui suintent, les toilettes bouchées, les courts-circuits, les sols dégoûtants… Un « désastre » qui ressemble à du « sabotage », a réagi Diego Gusman, chef de la mission argentine, dans un entretien au quotidien argentin La Nación. Une installation « insalubre », a renchéri le Comité olympique de Biélorussie.

Eduardo Paes, le maire de Rio, passablement agacé, a cru amusant de proposer à l’équipe australienne de lui livrer un kangourou pour qu’elle se sente plus à l’aise… Une maladresse de plus. L’édile a depuis présenté ses excuses et une véritable opération commando s’est mise en place pour boucler les travaux nécessaires sur la moitié des immeubles du village.

Selon le porte-parole du Comité olympique, « le problème est maintenant sous contrôle ». Mais le 27 au soir, une autre polémique enflait à la suite de la découverte, par le ministère du Travail, de 630 employés illégaux sur le chantier d’urgence. Selon les organisateurs, les contrats respectent pourtant un accord signé entre le comité Rio 2016 et ledit ministère.

Ces contretemps s’ajoutent aux nouvelles accablantes concernant la propreté de la baie de Guanabara où auront lieu les épreuves nautiques. Les détritus continuent de flotter à la surface des eaux. « Notre terrain a été livré rempli d’ordures. Il est parfois difficile de les éviter », constate le marin médaillé olympique Torben Grael, cité par le quotidien Estado de São Paulo.

Selon la championne brésilienne Isabel Swan, éviter les ordures doit donc faire partie de la « préparation technique » des athlètes.

Super-bactérie

Des propos déroutants qui s’ajoutent aux inquiétudes après la découverte d’une super-bactérie détectée notamment au bord des plages de Flamengo et de Botafogo, non loin de la baie, par les équipes de la professeure Renata Picao de l’Université fédérale de Rio. Les experts conseilleraient aux athlètes de garder leur bouche fermée pendant les épreuves…

Débordé, le secrétaire de l’Environnement de l’État de Rio, André Correa, a reconnu que le principal défi était de se débarrasser des détritus flottants. Pour cela, 12 « écobateaux » et 17 « écobarrières » doivent être opérationnels. « Des mesures d’urgence palliatives » pour une mission « impossible », balaie Mario Moscatelli, biologiste et militant pour la défense de l’environnement. « Pourquoi ne pas avoir fait les épreuves à Ilha Grande ou à Buzios, où les eaux sont plus propres ? »

Autre point inquiétant : les transports. Le chantier de la ligne 4 du métro, censée relier la plage de Leblon dans la zone sud, n’est pas encore achevé et, mardi, premier jour de fonctionnement du tramway, a été émaillé de retards et de pannes électriques. Les habitants de la favela de Vila Autodromo, rasée pour avoir eu le malheur d’être un peu trop près du parc olympique, se plaignent, eux, d’être relogés dans des maisons sans électricité…

Cette impression de nonchalance prend une autre dimension lorsqu’il s’agit de parler de la sécurité et de la menace terroriste. « Le pays est prêt », assure-t-on au ministère de la Défense. Les 21 000 militaires présents à Rio doivent en témoigner.

L’organisation d’un événement titanesque alors que le pays est en proie à l’une des pires crises économiques de son histoire suscite un enthousiasme discret chez les Brésiliens. Pour cause, le coût de ces JO s’élève à 40 % de plus que prévu.

La situation est telle que le gouvernement local, au bord de la faillite, a décrété le 18 juin l’état de « calamité publique », qui a permis de débloquer un fonds d’urgence fédéral de plus d’un milliard et demi $CAN). Selon un sondage publié mercredi, 60 % des Brésiliens estiment que ces Jeux seront plus préjudiciables que bénéfiques au pays. Et une grande partie des employés sait déjà que la fin des Jeux sera synonyme de chômage.