John Chayka, le gourou des statistiques avancées

L’histoire de John Chayka aurait pu commencer à Silicon Valley plutôt qu’à St. Catharines, en Ontario.

À l’instar du génie de l’informatique Mark Zuckerberg, l’ascension de Chayka est attribuable au fait qu’il a développé une idée novatrice très jeune et l’a transformée en succès d’affaires. Aujourd’hui âgé de 26 ans, Chayka est devenu le plus jeune directeur général de l’histoire de la Ligue nationale de hockey la semaine dernière après avoir été promu par les Coyotes de l’Arizona.

« Pour moi, l’énoncé qui le résume le mieux vient de Wayne Gretzky, qui a déjà déclaré : « Je vais où la rondelle ira, pas où elle est »», déclare Neil Lane, le partenaire d’affaires de Chayka et président et directeur général de l’entreprise Stathletes, fondée à St. Catharines. « Il essaie toujours de prévoir les choses afin d’être là avant tous les autres. »

Chayka, un prolifique ailier et ancien espoir de la Ligue de hockey junior de l’Ontario qui a dû mettre un terme à sa carrière en raison d’une blessure au dos, a commencé à analyser les statistiques de hockey bien avant que la tendance actuelle ne naisse.

À l’époque, il n’était âgé que de 19 ans, oeuvrait dans une école de hockey et espérait aider les jeunes en travaillant avec des statistiques qui pourraient être davantage révélatrices de leur rendement que les données traditionnelles. Il a scruté des heures de vidéo de leurs matchs, a entré manuellement leurs statistiques et transmis les conclusions qu’il avait tirées.

Lane, un ami qui disposait déjà de connaissances en affaires, en sciences et en mathématiques, a transformé ce processus de manière à ce qu’il soit plus efficace. Il a développé un logiciel à partir des idées de Chayka, et leur partenariat est devenu Stathletes, une entreprise spécialisée dans l’analyse de données dont l’objectif est de rendre les statistiques plus accessibles pour tous les hockeyeurs.

Scepticisme

Alors que les joueurs assimilaient les informations soumises par Chayka, qui leur indiquait ce qu’ils faisaient de bien ou non sur la patinoire, les deux jeunes entrepreneurs ont réalisé qu’ils tenaient peut-être quelque chose d’innovateur.

Chayka est ensuite entré en contact avec l’agent Pat Brisson. Il s’est rendu à Los Angeles afin de connaître l’opinion du représentant de nombreux joueurs étoiles de la LNH tels Sidney Crosby et Patrick Kane à propos de son projet.

Impressionné par celui-ci, Brisson a décidé de présenter Chayka à plusieurs équipes de la LNH au moment où les statistiques avancées n’étaient pas encore très répandues. Les directeurs généraux étaient alors, et certains le sont toujours, très sceptiques quant à l’influence que peuvent avoir de telles données sur leur processus décisionnel.

Stathletes a tenté de changer cette perception. Chayka et Lane ont demandé aux clubs comment ils évaluaient les performances, puis leur ont offert les statistiques qu’ils désiraient.

La tâche était immense. Quelle statistique démontre qu’un défenseur est mobile ou non ? Stathletes peut y répondre, ont appris les directeurs généraux, en observant attentivement le déroulement d’un match et en relevant des tendances.

Une kyrielle de nouvelles données ont alors été compilées dans un sport où, pendant des décennies, seules des statistiques rudimentaires étaient recueillies.

« Il fallait qu’ils réalisent qu’ils évaluaient le hockey de manière analytique, dit Lane. En leur faisant réaliser que les choses qu’ils relevaient étaient en réalité très cartésiennes et qu’ils étaient parmi les meilleurs analystes du sport, il fallait ensuite qu’ils comprennent qu’ils n’avaient tout simplement jamais pensé à mettre des chiffres sur les choses qu’ils voyaient. »

Les statistiques ne mentent jamais, a appris un jour Chayka en science de la gestion.

« Ça ne répond pas à toutes les questions, mais c’est une manière très efficace d’offrir à quelqu’un un point de départ afin de lancer une conversation », résume David Simpson, un ancien espoir des Islanders de New York qui est devenu professeur à l’école de gestion de l’Université Western, où a étudié Chayka.

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