Dopage - Les tricheurs paieront plus cher

Alexandre Vinokourov
Photo: Agence Reuters Alexandre Vinokourov

Les amateurs d'EPO et autres tricheurs à la Alexandre Vinokourov pourraient bientôt devoir payer beaucoup plus cher leurs écarts de conduite. La révision en cours du Code mondial antidopage (CMA) débouchera en effet sur un durcissement des sanctions imposées aux sportifs dopés: ainsi, une première offense vaudra maintenant quatre ans de suspension.

C'est ce qui ressort de la lecture des documents mis en ligne par l'Agence mondiale antidopage (AMA), qui terminait hier la dernière phase de consultation du processus de révision du CMA. Déjà, une version corrigée du code est disponible sur le site de l'agence. Les grandes orientations qu'elle contient se retrouveront dans la version finale qui sera présentée et adoptée lors de la Conférence mondiale sur le dopage dans le sport, qui se déroulera en novembre à Madrid.

«La tendance générale, c'est d'aller vers une plus grande fermeté», indique Frédéric Donzé, responsable des relations avec les médias de l'AMA, dont le siège social est à Montréal. La semaine dernière, le président de l'agence, Dick Pound, l'indiquait aussi clairement au Devoir: «Il faut envoyer un message fort aux athlètes et aller vers une suspension de quatre ans», au lieu des deux qui sont actuellement prescrits.

Pour bien des athlètes, la différence pourrait signifier un saut prématuré vers la retraite: revenir au plus haut niveau après quatre ans d'inaction, quand l'essentiel des carrières se déroule avant l'âge de 35 ans, demanderait autrement des efforts gigantesques. Le CMA révisé ne devrait pas changer la sanction prévue pour une récidive, soit une suspension à vie.

La sanction de quatre ans pour une première offense ne serait toutefois appliquée que pour les «réels» cas de dopage. Car l'AMA désire aussi introduire plus de flexibilité — et d'équité — dans l'application des sanctions, de façon à ne pas pénaliser abusivement un sportif qui aurait été négligent. Des exemples? Quelqu'un qui utilise un sirop pour la toux dans lequel on détecte une substance interdite. Ou un fêtard qui aurait humé de trop près des effluves de marijuana.

«C'est la responsabilité du sportif de savoir ce qu'il prend, note Frédéric Donzé. Mais s'il arrive à prouver que la substance détectée n'avait pas pour but de tricher, on voudrait avoir davantage de flexibilité afin de donner une sanction proportionnelle au degré de la faute. Mais la flexibilité fonctionne dans les deux sens et c'est clair que les tricheurs, eux, seront punis plus sévèrement.»

Une clause du projet prévoit d'ailleurs un «renforcement des sanctions dans les cas de dopage comportant certaines circonstances aggravantes», comme la participation à un réseau de dopage organisé.

Outre une accélération du processus d'analyse des échantillons A et B d'un athlète, le nouveau CMA devrait aussi permettre de régler un problème qui a causé beaucoup de grabuge au dernier Tour de France: celui des présumés dopés qui trafiquent leurs horaires pour éviter des tests inopinés.

Le code qui est actuellement en vigueur (il a été adopté en 2003) n'a pas juridiction sur la question des contrôles ratés et de leurs conséquences. Michael Rasmussen, maillot jaune déchu, avait par exemple raté quatre occasions d'être contrôlé avant le départ du Tour. La révision du CMA introduira le principe qu'après trois «oublis», l'athlète sera considéré comme ayant échoué à un test antidopage.

«En 2003, ce sont des partenaires qui avaient demandé que cet aspect de la lutte reste flexible, note M. Donzé. Paradoxalement, on sent une tendance inverse cette année, alors qu'on veut une formalisation et des règles plus contraignantes.»

Renforcer

Nécessaire pour «renforcer la lutte antidopage», la révision du CMA n'apportera pas de changements majeurs dans les principes du code, assure-t-on à l'AMA. «La révolution, on l'a faite en 2003, dit Frédéric Donzé. Maintenant, c'est de l'évolution, en se basant sur l'expérience acquise depuis quatre ans.»

Le CMA a été ratifié par des centaines de comités nationaux olympiques, le Comité international olympique et toutes les grandes fédérations internationales de sport. Puisqu'il est non contraignant pour les gouvernements, 57 pays ont aussi ratifié en 2005 la Convention internationale contre le dopage dans le sport de l'UNESCO, qui reprend les mêmes objectifs.

D'ailleurs, les pays non-signataires de cette convention subiront de la pression pour le faire: le CMA révisé propose en effet que l'octroi de la tenue des Jeux olympiques ou de Championnats du monde soit conditionnel à l'adhésion du pays-hôte à la Convention.

Élaboré de manière collégiale (on procède de la même façon pour la révision), le CMA agit comme document de base de l'harmonisation des politiques et règlements de la lutte antidopage. Avant qu'il ne soit adopté, chaque fédération et chaque pays avait ses propres règles et sanctions en matière de dopage. La liste des produits dopants interdits n'était pas non plus unifiée.

Si les fédérations sportives ou nationales sont encore aujourd'hui responsables de faire appliquer les dispositions du CMA, l'Agence mondiale antidopage dispose d'un droit d'appel devant le Tribunal arbitral du sport, ce qui permet d'assurer l'application du code.

Lancé en avril, le processus de révision en cours se terminait donc hier soir: le groupe de travail de l'AMA rédigera d'ici la mi-septembre une dernière version révisée, qui sera soumise au comité exécutif, corrigée et mise en ligne le 15 octobre, avant d'être débattue à Madrid. Son entrée en vigueur se fera graduellement d'ici le 1er janvier 2009.
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 31 juillet 2007 22 h 38

    Un coup d'épée dans l'eau

    Si l'on croit que la punition peut être efficace, une suspension à vie doit être considérée. Mais le punition ne changera pas la culture de compétition tous azimuts du Tour de France, ni des autres « sports » où la première place vient avec des millions en publicité.
    Le capitalisme vient à bout de toutes les morales, semble-t-il. Serait-ce parce que nous nous y sommes tous convertis, consciemment ou non ?
    Roland Berger
    London, Ontario