L’hiver, saison de l’isolement pour les personnes âgées

Les risques de chute décuplent en hiver. Des croûtes de glace restent parfois pendant des jours, voire des semaines, sur les trottoirs. Et les conséquences peuvent être plus graves pour une personne âgée. C’est pourquoi Stéphanie Gamache, ergothérapeute et chercheuse postdoctorale, recommande que tout le monde fasse un geste pour aider une personne vulnérable.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les risques de chute décuplent en hiver. Des croûtes de glace restent parfois pendant des jours, voire des semaines, sur les trottoirs. Et les conséquences peuvent être plus graves pour une personne âgée. C’est pourquoi Stéphanie Gamache, ergothérapeute et chercheuse postdoctorale, recommande que tout le monde fasse un geste pour aider une personne vulnérable.

L’hiver, c’est la saison des crêtes enneigées, des paysages immaculés et des batailles de boules de neige. Mais pour de nombreux aînés, l’hiver, c’est la saison de l’isolement. Une saison où la crainte de glisser sur les trottoirs givrés ou encore la peur de devoir enjamber des bancs de neige pour traverser une intersection mal dégagée confinent à un environnement intérieur, plus sécuritaire et moins menaçant. Bref, l’hiver et les aînés, c’est une relation difficile.

« Ils veulent que les vieux sortent, qu’on reste en santé, mais il faut attendre trois jours après une tempête pour que la ville déneige la rue à côté de la résidence », déplore France Matton Léonard, 86 ans, rencontrée la semaine dernière à la résidence Mont-Carmel, au centre-ville de Montréal, où habitent plus de 200 aînés.

Comme plusieurs autres résidents, Maurice Malette dit sortir très peu en hiver. « Je suis semi-voyant et je fais de l’emphysème », explique-t-il. L’homme de 85 ans sort de temps à autre pour faire ses commissions à bord d’un quadriporteur. Mais les trottoirs et les intersections seront-ils suffisamment déneigés ? Difficile à prédire.

« Ne pas savoir si les trottoirs seront déneigés, si de l’abrasif aura été utilisé, si les intersections seront dégagées, si les boutons d’appel pour le signal piétonnier seront accessibles, etc. Un seul de ces éléments peut engendrer de grandes répercussions sur leur chaîne de déplacement et leur sécurité », soutient Stéphanie Gamache, ergothérapeute et chercheuse postdoctorale au Centre de recherche en aménagement et développement de l’Université Laval.

Malgré cette imprévisibilité, ils sont tout de même nombreux à continuer à sortir pendant la saison froide. Certains accompagnés, d’autres pas. France Matton Léonard chausse ses bottes à crampons et sort presque tous les jours. « J’ai été élevée en Abitibi, je n’ai pas peur du froid. » Et de la glace ? « Si c’est vraiment trop glissant, je vais rester à l’intérieur », convient-elle.

À côté d’elle, Aline Côté, 89 ans, dit aussi sortir plusieurs fois par semaine. Elle aussi avec ses bottes à crampons. « Et sous ma canne, il y a un pic », explique-t-elle. « Quand la neige tombe, c’est tellement beau. On a besoin de s’oxygéner. Mais c’est vrai qu’on est moins solides. »

Les risques de chute décuplent en hiver. Des croûtes de glace restent parfois pendant des jours, voire des semaines, sur les trottoirs. Et les conséquences peuvent être plus graves pour une personne âgée. « Les chutes, c’est ce qu’on craint le plus quand on est à un âge avancé », souligne Yolande Mainville, 88 ans, qui se délecte tout de même de la beauté de l’hiver. « J’ai besoin des quatre saisons. Ça nous permet de voyager et ça ne coûte rien. »

« De façon générale, les aînés qui sont en forme vont continuer de sortir de chez eux pour aller faire des courses, rejoindre des amis ou juste faire de la marche de loisir », analyse Marie-Soleil Cloutier, professeure au Centre Urbanisation Culture Société de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS).

Elle souligne toutefois que les enquêtes menées auprès des personnes âgées démontrent une préoccupation quant aux trottoirs en mauvais état, aux amoncellements de neige, à la présence de slush et aux accumulations d’eau aux intersections. « Il faudrait aménager le réseau de telle sorte qu’il n’y ait pas de telles accumulations d’eau et, surtout, mieux entretenir le réseau », souligne la chercheuse.

Isolement

La ville comme espace se referme donc en hiver pour bon nombre de personnes âgées. La crainte est alors qu’elles s’isolent. Plusieurs font d’ailleurs appel à la livraison à domicile — que ce soit pour leur épicerie ou leurs médicaments — afin d’éviter de sortir. Une « stratégie de protection », prise pour limiter les risques, mais qui peut avoir des effets délétères sur la santé.

« Ce qu’on observe, c’est que certains résidents vieillissent plus vite en hiver, explique Nathalie Dufour, directrice de la résidence Mont-Carmel. L’autonomie se dégrade pour ceux ou celles qui sortent moins. Au printemps, on voit que leurs déplacements sont plus difficiles, que leur mobilité est réduite et qu’ils ont le souffle plus court. »

Ce qu’on observe, c’est que certains résidents vieillissent plus vite en hiver

Les répercussions sur la santé physique peuvent en effet être notables, ajoute Stéphanie Gamache. « Plusieurs systèmes du corps humain peuvent être affectés — le système digestif, la musculature, la pression sanguine, l’ossature, etc. » Et c’est sans oublier qu’en restant plus à la maison, « les interactions sociales peuvent être moins nombreuses, ce qui peut influer sur la santé mentale et cognitive ».

Solutions

Que faire alors pour déjouer les effets pervers de l’hiver sur la santé et le bien-être des aînés ? Tout d’abord, il y a ces bénévoles, impliqués dans des groupes comme les Snow Angels, qui offrent de déneiger gratuitement l’entrée de personnes à mobilité réduite. Puis, il y a un crédit d’impôt provincial pour les frais de déneigement des personnes âgées de plus de 70 ans, rappelle Stéphanie Gamache. Certains groupes de marche se rejoignent dans de vastes espaces intérieurs, comme des centres commerciaux, ajoute l’ergothérapeute. Un tel groupe existe par exemple à la Place Laurier à Québec. Le programme PIED (Programme intégré d’équilibre dynamique), du réseau de la santé, offre quant à lui aux 65 ans et plus la possibilité de suivre un programme d’exercices de 12 semaines visant à améliorer leur équilibre et ainsi diminuer les risques de chute.

Nathalie Dufour et Marie-Soleil Cloutier suggèrent également l’apport de bénévoles qui pourraient accompagner les aînés dans leurs sorties l’hiver, ce qui à la fois briserait l’isolement et offrirait un encadrement sécuritaire.

Et simplement, il faudrait tous faire un geste envers les personnes à mobilité réduite pendant l’hiver, mentionne Stéphanie Gamache. « Si on donnait tous un peu de notre temps pour aider une personne vulnérable qui peut bénéficier de notre présence, ou rester en contact avec elle, collectivement, nous en ressortirions gagnants. »