La colchicine est inefficace en contexte hospitalier, selon une grande étude britannique

Les scientifiques britanniques émettent quelques réserves sur l’étude québécoise COLCORONA. Sur la photo, l’unité des soins intensifs de l’hôpital général juif de Montréal, en mars 2021.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les scientifiques britanniques émettent quelques réserves sur l’étude québécoise COLCORONA. Sur la photo, l’unité des soins intensifs de l’hôpital général juif de Montréal, en mars 2021.

La colchicine est inefficace pour soigner la COVID-19 chez les patients hospitalisés, conclut une grande étude britannique dont les résultats ont été publiés en ligne mardi.

« Les résultats de ce vaste essai randomisé ne soutiennent pas l’utilisation de la colchicine chez les adultes hospitalisés pour la COVID-19 », écrivent les auteurs associés à l’étude RECOVERY, qui teste l’efficacité de plusieurs médicaments pour combattre l’infection pandémique.

Ces nouveaux résultats ne viennent pas contredire directement ceux de l’Institut de cardiologie de Montréal, dont l’étude COLCORONA portait sur l’efficacité de ce médicament chez les patients non hospitalisés.

La prépublication britannique, qui n’a pas encore été révisée par les pairs, s’intéresse à la mortalité chez 5610 patients hospitalisés ayant reçu le médicament, et chez 5730 ayant reçu des soins habituels. Dans les deux groupes, 21 % des personnes sont décédées dans la période de 28 jours suivant le début des traitements. La colchicine n’apportait ainsi aucun bénéfice.

Aucune différence notable n’a non plus été observée au chapitre de la durée moyenne des hospitalisations (10 jours dans les deux groupes).

« Dans cette pandémie, le [Royaume-Uni] aura réussi à tabler sur la force de [son] système de santé public pour faire d’excellentes études cliniques et épidémiologiques », a salué le Dr Quoc Dinh Nguyen, gériatre et épidémiologiste au CHUM, dans un gazouillis relayant les nouveaux résultats.

Dans leur article, les auteurs de RECOVERY écrivent : « L’absence de preuve d’un bénéfice de la colchicine dans cet essai clinique de grande envergure suggère que soit les propriétés anti-inflammatoires de la colchicine sont insuffisantes pour produire une réduction importante du risque de mortalité, soit elles n’affectent pas les voies inflammatoires pertinentes dans les cas modérés ou sévères de COVID-19. »

Les scientifiques britanniques émettent par ailleurs quelques réserves sur l’étude québécoise COLCORONA, qui notait une réduction du nombre de décès ou d’hospitalisations après 30 jours chez les malades non hospitalisés, sans toutefois démontrer la robustesse statistique du phénomène. « [Le] rôle de la colchicine pour traiter la COVID-19 chez les patients qui ne sont pas hospitalisés demeure incertain, écrivent-ils en guise de commentaire. Des essais supplémentaires dans ce contexte sont en cours. »

En février, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) du Québec n’avait pas recommandé l’utilisation de la colchicine chez des personnes atteintes de la COVID-19, citant la faible valeur statistique des résultats de l’étude COLCORONA, de même que des risques d’effets secondaires.

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