Percer le mystère des caillots sanguins liés à certains vaccins

À Kaboul, en Afghanistan, un jeune homme recevait lundi une dose du vaccin d’AstraZeneca contre la COVID-19. Au Canada, ce vaccin n’est pas recommandé en deçà de 55 ans.
Photo: Rahmat Gul Archives Associated Press À Kaboul, en Afghanistan, un jeune homme recevait lundi une dose du vaccin d’AstraZeneca contre la COVID-19. Au Canada, ce vaccin n’est pas recommandé en deçà de 55 ans.

Le vaccin d’AstraZeneca peut causer, dans de très rares cas, de dangereux caillots sanguins associés à une faible concentration de plaquettes dans le sang. Cette fâcheuse réalité ne change pas le fait que, pour des millions de Canadiens, les risques associés au vaccin sont bien inférieurs à ceux posés par la COVID-19. En parallèle à ce cauchemar communicationnel pour les organisateurs des campagnes vaccinales, des chercheurs commencent à comprendre le mécanisme biologique qui cause ces caillots inhabituels.

Rappelons que les thromboses (caillots sanguins) qui inquiètent les agences de santé de plusieurs pays sont caractérisées par une agglomération des plaquettes sanguines, de minuscules fragments cellulaires qu’on compte par milliards dans notre sang. Quand les plaquettes forment une masse compacte, leur concentration en « libre circulation » dans le sang diminue.

La semaine dernière, deux analyses portant sur une quinzaine de cas de ces thromboses atypiques survenues en Allemagne, en Autriche et en Norvège ont été publiées dans le New England Journal of Medicine (NEJM).

Les deux études ont confirmé que des anticorps associés à une petite protéine du système immunitaire (nommée le « facteur plaquettaire 4 », ou PF4) jouaient un rôle dans la création des caillots indésirés. En temps normal, l’activation de la protéine PF4 sert de signal d’alarme pour faire coaguler le sang — afin de ralentir les saignements d’une coupure, par exemple. Son activation sollicite des anticorps spécifiques qui rendent les plaquettes sanguines collantes.

Le vaccin d’AstraZeneca semble ainsi, dans les rares cas de complication, activer la même réaction que les protéines PF4, mais sans raison valable. Deux hypothèses sont envisageables, explique le neurologue du CHUM Christian Stapf : 1) Le vaccin bouscule le système immunitaire du patient et « réveille » dans son corps les anticorps associés à la protéine PF4. 2) Le vaccin stimule lui-même cette protéine et déclenche la réaction en chaîne. « À l’heure actuelle, personne ne sait avec certitude quel est le mécanisme en cause », dit le Dr Stapf au Devoir.

Néanmoins, les auteurs de l’étude allemande parue dans le NEJM suggèrent une explication qui va comme suit. Le vaccin d’AstraZeneca est basé sur un adénovirus agissant comme un « cheval de Troie ». Ce dernier contient le matériel génétique des petits pics du coronavirus. Après l’injection, il est possible que certains adénovirus se brisent et libèrent leur propre ADN. Ces fragments possèdent une charge électrique négative. La protéine PF4 possède quant à elle une charge positive. Comme de minuscules aimants, les deux morceaux pourraient ainsi avoir tendance à se coller ensemble, faisant tomber le premier domino menant au caillot.

Alors que les immunologues déchiffrent peu à peu la réaction menant à la formation des caillots, les médecins apprennent à prendre en main cette complication grave, mais rare. « On sait maintenant reconnaître et traiter » ces caillots, fait valoir le Dr Stapf, qui est également chercheur au Centre de recherche du CHUM.