Vers des pandémies plus fréquentes et plus meurtrières

70% des nouvelles maladies et presque toutes les pandémies connues sont des zoonoses, c’est-à-dire qu’elles viennent de pathogènes animaux.
Photo: Tiziana Fabi Agence France-Presse 70% des nouvelles maladies et presque toutes les pandémies connues sont des zoonoses, c’est-à-dire qu’elles viennent de pathogènes animaux.

À moins d’une transformation radicale du système économique, les pandémies comme la COVID-19 vont se multiplier et faire plus de morts, alertent jeudi des experts de l’ONU sur la biodiversité (IPBES) soulignant l’immense réservoir de virus inconnus dans le monde animal.

« Sans des stratégies de prévention, les pandémies vont émerger plus souvent, se répandre plus rapidement, tuer plus de gens et avoir des impacts dévastateurs sans précédent sur l’économie mondiale », met en garde ce rapport.

Les 22 scientifiques mandatés par l’IPBES pour élaborer ce rapport en urgence, sans bénéficier du processus habituel intergouvernemental d’évaluation et d’approbation, ont passé en revue des centaines d’études récentes sur les liens entre l’être humain et la nature, notamment sur les conséquences de la destruction de la nature par les activités humaines.

Selon des estimations publiées dans la revue Science en 2018 et reprises dans le rapport, il existerait 1,7 million de virus inconnus chez les mammifères et les oiseaux, dont entre 540 000 et 850 000 d’entre eux « auraient la capacité d’infecter les humains ».

Mais les risques de contamination des êtres humains par ces virus dont on ne sait rien sont multipliés par les contacts de plus en plus serrés entre les animaux sauvages, les animaux d’élevage et la population humaine. D’ailleurs, 70 % des nouvelles maladies (Ebola, Zika) et « presque toutes les pandémies connues » (grippe, sida, COVID-19) sont des zoonoses, c’est-à-dire qu’elles viennent de pathogènes animaux.

L’empreinte humaine sur la nature

Mais « blâmer les animaux sauvages pour l’émergence de ces maladies est erroné », insistent les experts, pointant du doigt l’être humain et les traces qu’il laisse sur son environnement.

« Il n’y a pas de mystère sur les causes de la pandémie de COVID-19, ou d’aucune autre pandémie moderne », commente ainsi dans un communiqué Peter Daszak, qui a dirigé l’élaboration de ce rapport. « Les mêmes activités motrices du changement climatique et de la destruction de la biodiversité stimulent les risques de pandémie en raison de leurs impacts sur notre environnement », poursuit-il.

« La modification de l’utilisation des terres, l’expansion et l’intensification de l’agriculture, ainsi qu’un commerce, une production et une consommation non soutenables perturbent la nature et accroissent les contacts entre vie sauvage, animaux d’élevage, pathogènes et humains. C’est la voie vers les pandémies ».

Face à ce constat, le rapport appelle à des « changements profonds pour prévenir les pandémies » pour ne plus être contraints à devoir simplement gérer et contrôler les épidémies une fois qu’elles ont émergé.

Les experts recommandent par exemple de lancer des études pour identifier les zones géographiques les plus à risques. Mais surtout, ils plaident pour la réduction de l’empreinte humaine sur la nature : réduire la déforestation et la destruction des habitats, réduire le commerce d’espèces sauvages, réinventer le modèle agricole et économique en général pour réduire les activités connues pour leur impact environnemental négatif (production d’huile de palme, bois exotiques, infrastructures de transport, élevage pour la viande…).

Investir aujourd’hui pour prévenir de futures crises

Ces recommandations recoupent celles largement prônées par les spécialistes en matière de lutte contre le changement climatique, qui peinent à trouver un écho, de nombreux acteurs mettant en avant les coûts et l’acceptabilité de telles transformations.

Mais comme en matière climatique où les spécialistes pointent du doigt les futurs coûts faramineux liés aux catastrophes qui vont se multiplier, les experts de l’IPBES assurent qu’investir aujourd’hui permettrait d’économiser sur les futurs impacts économiques des pandémies.

Ainsi, cela coûterait environ 100 fois moins de dépenser aujourd’hui pour intégrer la prévention des pandémies dans le commerce mondial et l’utilisation des terres que de supporter le poids des futures pandémies comme celle du COVID-19 qui a déjà coûté 8000 à 16 000 milliards de dollars jusqu’à juillet 2020, insiste le rapport.

« Ce rapport souligne que cette crise de la COVID-19 n’est pas simplement une autre crise, qui se produit en même temps que d’autres — la crise de la biodiversité et la crise climatique », a commenté John Spicer, professeur de zoologie marine à l’Université de Plymouth, cité par l’organisme Science Media Center.

« Ne vous y trompez pas, c’est une seule et même crise, et c’est la plus importante à laquelle les humains ont jamais fait face », a ajouté le scientifique, qui n’a pas participé au rapport.