Les comportements-barrière sont-ils vraiment efficaces?

Les comportements-barrière font maintenant partie de notre quotidien. Croiser quelqu’un sur le trottoir invite à faire quelques pas de côté. Aller à l’épicerie avec un masque au visage ne suscite plus les regards étonnés. Ces comportements ont été suggérés à la population par les autorités sanitaires dans l’empressement, ces derniers mois, et parfois aussi avec une certaine dose de confusion (pensons au port du masque). Maintenant que les scientifiques ont un peu recul, que disent-ils de ces gestes antipandémie? Sont-ils réellement efficaces, et quelles nuances doit-on apporter?

Pour la première fois, et grâce à un financement de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des spécialistes ont fait une revue complète de la littérature scientifique disponible sur les comportements-barrière et leur effet sur la propagation du SRAS, du MERS et de la COVID-19. Quelques constats importants ressortent de ce travail publié lundi dans The Lancet.

Distance D’abord, les auteurs soulignent qu’une distance de 1 mètre diminue de 82% les risques de transmettre le coronavirus par rapport à un contact plus rapproché. Au-delà de ce seuil, chaque mètre de distance supplémentaire diminue les risques relatifs de moitié, et ce, jusqu’à une distance de 3 mètres. Ainsi, maintenir une distance de 2 mètres protège de 91% des rencontres avec une personne infectée, et se tenir à 3 mètres, de plus de 95% des rencontres.

Masques Ensuite, le pouvoir protecteur des masques est confirmé dans les études analysés. Dans un contexte médical, les respirateurs de type N-95 sont efficaces à 96% pour empêcher une infection lors d’une exposition, alors que les autres masques (dont les masques chirurgicaux abondamment utilisés dans les hôpitaux) ne le sont qu’à 77%. «Pour tous les travailleurs de la santé dans les unités de COVID-19, un respirateur [N-95] devrait être la norme minimale », écrivent deux spécialistes de santé publique dans un commentaire accompagnant l’étude dans The Lancet. Globalement, les masques et les respirateurs N-95 diminuent de manière appréciable les risques d’infection pour ceux qui les portent, aussi bien à l’hôpital que dans la communauté.

Visières Finalement, les auteurs de la méta-analyse concluent que la protection des yeux est un comportement-barrière aux bénéfices généralement sous-évalués. Porter une visière ou des lunettes de protection réduit les risques de contracter la maladie de 78% lors d’un contact avec une personne infectée — soit par l’arrêt des gouttelettes et des aérosols, ou bien en empêchant la personne de se toucher les yeux avec ses propres doigts.

Cumulativement, les bonnes habitudes mentionnées ci-dessus diminuent énormément les risques de transmission, mais rien ne peut protéger à 100% une personne d’une infection, reconnaissent les auteurs.

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