Un scénario incertain, mais redouté

Dans les grandes villes de Chine, il y a des centres hospitaliers ultramodernes, mais les régions rurales ressemblent au Tiers-monde.
Photo: Agence France-Presse Dans les grandes villes de Chine, il y a des centres hospitaliers ultramodernes, mais les régions rurales ressemblent au Tiers-monde.

Bien que l’épidémie de COVID-19 ne puisse actuellement être comparée à l’hécatombe engendrée par la grippe espagnole, les autorités sanitaires redoutent néanmoins qu’elle se transforme en pandémie parce qu’elle pourrait alors faucher des centaines de milliers, voire des millions de vies.

« La grippe espagnole fut la première introduction connue de l’histoire du virus de l’influenza dans les populations humaines. Il s’agissait d’une zoonose qui provenait du monde aviaire et qui pénétrait pour la première fois dans une population humaine qui n’avait donc aucune immunité contre ce genre de virus. C’était à l’époque de la fin de la Première Guerre mondiale, soit la guerre des tranchées, où les soldats vivaient dans une grande promiscuité, qui expliquerait la flambée qu’a connue l’épidémie de cette grippe en Europe », a rappelé la microbiologiste infectiologue au CHUM, Cécile Tremblay, dans le cadre d’une conférence intitulée Coronavirus : La gestion d’une crise de santé mondiale sous la loupe, organisée mardi par l’Institut d’études internationales de Montréal (IEIM) de l’UQAM en collaboration avec l’Observatoire canadien sur les crises et l’action humanitaires (OCCAH) et la Chaire de recherche sur l’impact local des firmes multinationales (CRILFM).

Incertitude

Si on se fie à l’estimation avancée par une étude du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies, selon laquelle le COVID-19 tuerait 2,3 % des cas confirmés, « il se pourrait que le COVID-19 s’avère aussi létal que le virus de la grippe espagnole [dont le taux de létalité atteignait les 2 à 3 %], avance la Dre Tremblay.

« Mais pour le moment, on ne le sait pas, car on ne connaît pas le nombre exact de personnes qui ont été contaminées [lequel pourrait être beaucoup plus élevé, ce qui contribuerait ainsi à diminuer le taux de létalité]. De nombreuses personnes infectées ayant des symptômes bénins n’ont probablement pas consulté et n’ont donc pas été recensées et comptabilisées dans les statistiques. De plus, en Chine, le système de santé n’est pas d’égale [efficacité] dans tout le pays. Dans les grandes villes, il y a des centres hospitaliers ultramodernes et des hôpitaux moyennement équipés. Mais les régions rurales ressemblent au tiers-monde. Pour cette raison, il est difficile à la Chine de fournir des chiffres exacts sur le nombre de personnes infectées. Quand on saura combien de personnes ont réellement été infectées par le virus, on pourra déterminer plus précisément le taux de létalité de ce coronavirus. On le saura une fois l’épidémie passée, quand on fera des tests sérologiques sur les populations, car la présence d’anticorps chez une personne signifiera qu’elle a été infectée », précise-t-elle.

« Mais même si le taux de mortalité du COVID-19 n’est que de 0,5 %, s’il finit par infecter des dizaines de millions de personnes, il y aura des milliers de morts », fait-elle remarquer. Voilà pourquoi l’OMS redoute tant que l’épidémie de COVID-19 devienne une pandémie.

L’OMS s’inquiète notamment pour les pays d’Afrique où « les cas de COVID-19 pourront être confondus avec des cas de malaria et ainsi passer inaperçus pendant un long moment, laissant ainsi le temps au coronavirus de se propager », a souligné la Dre Tremblay.

L’infectiologue a par ailleurs rappelé que les premiers symptômes à se manifester sont principalement la fièvre et la toux, et plus rarement des problèmes gastro-intestinaux. « Dans 75 % des cas, ces symptômes se résolvent bien. Dans 25 % des cas, ils évoluent vers une forme plus sévère qui pourra se transformer en pneumonie, puis éventuellement en détresse respiratoire. Dans cette dernière situation, l’organisme sécrétera des chimiokines, qui déclencheront un processus inflammatoire qui est délétère pour les poumons et qui fait en sorte que le patient ne peut plus se ventiler adéquatement. Il faut alors lui offrir une assistance respiratoire, en l’intubant et le branchant à un respirateur, pour l’aider à mieux respirer », explique la spécialiste.