Découverte de gènes propres aux gauchers

C’est en comparant le génome de 38 322 gauchers à celui de 356 567 droitiers que des chercheurs de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni, ont pu identifier quatre variantes génétiques liées à la gaucherie.
Photo: iStock C’est en comparant le génome de 38 322 gauchers à celui de 356 567 droitiers que des chercheurs de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni, ont pu identifier quatre variantes génétiques liées à la gaucherie.

Une nouvelle étude publiée dans la revue Brain fait part de la découverte de quatre variantes génétiques qui sont associées au fait d’être gaucher, dont trois sont impliquées dans le développement du cerveau et sa structuration. Les auteurs de l’étude ont également observé chez les gauchers une meilleure communication entre les zones de cerveau impliquées dans le langage.

C’est en comparant le génome de 38 322 gauchers à celui de 356 567 droitiers qui avaient fourni leur ADN à la UK Biobank que des chercheurs de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni, ont pu identifier quatre variantes génétiques liées à la gaucherie. Trois de ces quatre variantes concernent des gènes associés aux « microtubules qui composent l’échafaudage des cellules et qui permettent aux cellules de s’organiser, de grandir et de fonctionner correctement. Les microtubules sont particulièrement abondants dans la matière blanche du cerveau qui est constituée de fibres, c’est-à-dire des axones des neurones qui servent à relayer les informations entre les différentes zones du cerveau », explique l’un des auteurs de l’étude, Gwenaëlle Douaud, professeure au Wellcome Centre for Integrative Neuroimaging à l’Université d’Oxford.

Ces observations ont ravi les chercheurs, car elles présentaient une similitude avec ce qui avait été découvert chez l’escargot, notamment. En 2016, des scientifiques ont en effet trouvé que le sens dans lequel la coquille d’un escargot s’enroule — soit habituellement vers la droite et très rarement vers la gauche — est déterminé par des gènes du cytosquelette, dont les microtubules font partie.

Impacts sur le langage

Dans un second temps, les chercheurs ont étudié les effets de ces variantes sur le cerveau en analysant les images cérébrales d’environ 9000 des 400 000 participants de l’étude. Ils ont alors remarqué que le fait d’être gaucher avait surtout des effets sur la matière blanche du cerveau assurant la communication entre les zones du cerveau liées au langage. « Au niveau fonctionnel, la communication entre les régions liées au langage sises dans l’hémisphère gauche du cerveau et celles situées dans l’hémisphère droit était de façon générale plus coordonnée et synchronisée chez les gauchers que chez les droitiers. Ce qui laisse penser que les gauchers ont peut-être une plus grande propension à utiliser l’autre côté du cerveau », précise Mme Douaud.

De tels résultats pourraient laisser penser que les gauchers possèdent un avantage en ce qui a trait au langage. « Notre étude ne nous permet pas de répondre à cette question. À l’avenir, il faudra inclure des tests d’habiletés verbales pour y répondre », prévient Mme Douaud.

Chaque variante qui se caractérise par le changement d’une seule base dans la composition d’un gène accroît seulement un peu la propension à la gaucherie, soit la probabilité d’être gaucher. L’ensemble des quatre variantes détermine seulement de 1 à 2 % du trait. Il y a une origine génétique dont on voit très clairement les effets au niveau du cerveau, mais elle ne s’élève qu’à 1 ou 2 % dans la population générale », affirme Mme Douaud. « Les gènes associés à la gaucherie que nous avons trouvés s’exprimaient très tôt, soit au tout début du développement, chez les grenouilles et les escargots. Les effets génétiques sur le cerveau prennent donc probablement place dans le ventre de la mère », ajoute la chercheuse.

Les chercheurs ont également relevé que certaines des quatre variantes sont associées à un risque un peu plus élevé de souffrir de schizophrénie et à un peu plus de chances de ne pas être atteint de la maladie de Parkinson.

Ces deux corrélations sont toutefois très faibles et ne démontrent aucun lien de cause à effet entre la gaucherie et ces pathologies. « Il ne faut surtout pas s’alarmer. Ces corrélations nous fournissent par contre des informations sur le mécanisme de ces maladies », souligne Mme Douaud.