L’ocytocine rendrait la progéniture plus sociable

Une équipe de chercheurs de l’Indiana University et de la University of Virginia s’est penchée sur le rôle de cette hormone chez des campagnols des Prairies monogames.
Photo: iStock Une équipe de chercheurs de l’Indiana University et de la University of Virginia s’est penchée sur le rôle de cette hormone chez des campagnols des Prairies monogames.

Les petits campagnols nés de mères ayant reçu à l’âge adulte de l’ocytocine, une hormone sécrétée pendant l’accouchement facilitant les contractions de l’utérus, seraient plus grégaires et plus sociables que ceux n’y ayant pas été exposés.

C’est du moins ce qu’a observé une équipe de chercheurs de l’Indiana University et de la University of Virginia qui s’est penchée sur le rôle de cette hormone chez des campagnols des Prairies monogames.

En provoquant la contraction de l’utérus, l’ocytocine facilite l’expulsion du foetus lors de l’accouchement. C’est la raison pour laquelle les gynécologues l’administrent à leurs patientes qui tardent à donner naissance à leur bébé ou dont le travail n’est pas assez intense. Toutefois, peu ou pas d’études se sont intéressées aux effets que l’administration de cette hormone pourrait avoir sur le développement de la progéniture.

Des petits plus grégaires

Les chercheurs ont d’abord observé que l’administration d’ocytocine à des femelles enceintes sur le point d’accoucher entraînait une augmentation de cette hormone dans le sang des foetus, ainsi que de l’activité neuronale dans deux régions cérébrales qui y sont sensibles. Durant les quatre premiers jours de leur existence, ces petits émettaient davantage de vocalisations, et ce, pendant plus longtemps que les bébés nés sans l’aide de l’ocytocine. « Comme les nouveau-nés humains qui pleurent quand on les sépare de leur mère, les petits du campagnol émettent des vocalisations lorsqu’on les écarte de leur famille. On imagine que les petits qui ont été exposés à l’ocytocine pleurent davantage parce qu’ils ont développé un plus grand attachement à leur famille », explique William Kenkel, de l’Indiana University, le premier auteur de l’étude qui est publiée dans Science Advances.

Devenus adultes (soit entre le 50e et le 55e jour suivant leur naissance), les petits prodiguaient davantage de soins à d’autres qui ne leur étaient pas apparentés, et passaient moins de temps en solitaire, cherchant davantage à rejoindre des congénères adultes et à se blottir contre eux que les descendants de mères n’ayant pas été traitées avec de l’ocytocine.

Les récepteurs sensibles à l’ocytocine dans le cerveau des foetus avaient subi davantage de méthylation, ont noté les chercheurs. Leur densité s’était accrue dans diverses régions du cerveau intervenant dans le comportement social et l’affect chez les mâles adultes. « Visiblement, les effets de l’ocytocine s’expriment différemment chez les mâles et les femelles. Peut-être que d’autres systèmes cérébraux sont affectés chez les femelles », avance M. Kenkel pour expliquer cette différence entre les campagnols.

Des effets à long terme ?

« Selon notre hypothèse, les changements comportementaux observés chez les descendants adultes découlent probablement des changements épigénétiques [survenus lors de la méthylation accrue des récepteurs à l’ocytocine] », résume M. Kenkel.

Les chercheurs ignorent si l’ocytocine a des effets similaires à long terme chez les humains, mais ils espèrent que leurs résultats stimuleront la mise sur pied d’études cliniques pour faire la lumière là-dessus.

« Des études épidémiologiques ont soulevé la possibilité que l’ocytocine puisse être un facteur contribuant à l’autisme. Mais il ne s’agissait pas d’études expérimentales. Nous nous attendions à ce que l’ocytocine induise un stéréotype autistique chez les campagnols, mais nous avons plutôt observé le contraire ; les animaux étaient plus sociables et prenaient davantage soin des autres. »

« La corrélation que certaines études ont trouvée entre l’autisme et le déclenchement de l’accouchement par l’ocytocine pourrait aussi s’expliquer par des facteurs endogènes, comme une anomalie physiologique qui a fait que le travail était lent ou complexe, et qu’il a nécessité le recours à l’ocytocine, car diverses difficultés durant le travail ont été associées à un risque accru d’autisme », précise M. Kenkel.

Sans contredit, des études chez l’humain sont nécessaires pour vérifier si l’ocytocine administrée à la naissance a des effets à long terme sur la progéniture, et ce, compte tenu du fait que cette hormone est utilisée fréquemment.