Et si le politicien descendait bel et bien du singe...

«Les politiciens se rapprochent désormais des maîtres de la politique sans langage, c’est-à-dire les chimpanzés», estime le paléoanthropologue français Pascal Picq.<br />
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir «Les politiciens se rapprochent désormais des maîtres de la politique sans langage, c’est-à-dire les chimpanzés», estime le paléoanthropologue français Pascal Picq.

Sale temps pour l'homo politicus qui devrait y penser à deux fois avant de dénoncer l'attitude primitive de ses adversaires, avant de faire des singeries sur la place publique ou pire, avant de remettre sérieusement en question la théorie de l'évolution de Charles Darwin. Par respect pour les siens.

C'est que sous l'effet de la communication politique, des faiseurs d'images, de l'information en continu ou encore de l'effritement du débat et du monde des idées dans la société, l'homme politique ne s'est jamais autant rapproché, dans sa pratique politicienne, du singe et plus particulièrement du chimpanzé, estime le paléoanthropologue français Pascal Picq, auteur de L'homme est-il un grand singe politique? (Odile Jacob). Un rapprochement facilement perceptible au quotidien, dit-il, et qui devrait inciter à l'avenir les politicologues à se faire éthologues, ces fins observateurs du comportement des mammifères. Et inversement.

«Rien ne serait plus normal», lance, confortablement installé dans un canapé, le spécialiste du primate et de l'humain, maître de conférences à la Chaire de paléoanthropologie et préhistoire du Collège de France. L'animal pensant est de passage à Montréal cette semaine à l'invitation de l'émission d'affaires publiques Bazzo.tv (Télé-Québec) à laquelle il va participer ce soir à titre d'invité principal.

«La télévision, les communicateurs politiques ont changé la donne de la politique. Conséquence: pour éviter les bourdes, les politiciens n'osent plus parler. Ils sont davantage dans l'image et le comportement que dans le discours. Et, en ce sens, ils se rapprochent désormais des maîtres de la politique sans langage, c'est-à-dire les chimpanzés.»

Assassinat politique pour se débarrasser d'un rival dans une course à la chefferie, serrage de mains en rafale pour se rapprocher de l'électeur ou du puissant financier, coup de gueule, jeu de coulisse, avec intrigues sexuelles, l'homo politicus des temps présents n'a finalement rien inventé, donnant raison en partie à Aristote qui a qualifié l'humain de «zoon politikon», d'animal politique, et aux éthologues qui, au fil des années ont compris en observant les chimpanzés que «les racines de la politique sont plus anciennes que l'humanité», écrit Pascal Picq.

Cette famille d'hominidés qui englobe les chimpanzés communs et le bonobo est en effet «machiavélique, parfois même démoniaque», «très douée pour la politique» et le pouvoir de ses élites dépend des «capacités des individus à constituer des coalitions et des alliances dans le but de monter dans la hiérarchie et de se maintenir dans l'exercice du pouvoir, de gagner les privilèges et d'en assumer plus ou ou moins bien les obligations morales envers ses alliés et les autres», ajoute l'auteur qui, en 2007, a signé également l'excellent Lucy et l'obscurantisme (Odile Jacob).

La planète des singes

À une époque où pour atteindre le sommet, «il est préférable d'avoir la meilleure image possible que le meilleur programme», résume le paléoanthropologue, la distance entre les deux univers politiques, celui de l'humain et celui du chimpanzé, tend donc à diminuer. Un peu parce que les politiciens se font plus singes. Un peu aussi parce que le chimpanzé «est plus humain qu'on le pensait».

Conséquence, cette politique sans langage, qui au Québec s'éloigne des grandes envolées discursives des Jean Lesage, Henri Bourassa, René Levesque, Pierre Bourgault ou de l'oublié Armand Lavergne, pour se concentrer sur la couleur d'un carré Hermès ou l'attitude d'un candidat par rapport à son téléscripteur, donne aujourd'hui un avantage aux rois de l'épouillage, base du comportement du chimpanzé qui, par ce geste sanitaire, lui permet d'avoir des relations avec les autres, dit-il. «Jacques Chirac en France était très bon là-dedans», en ne rechignant pas devant une andouillette partagée avec un citoyen lambda. Idem pour «Barack Obama, qui donne régulièrement des sueurs froides à ses services de sécurité en se rapprochant des gens pour les toucher ou leur parler».

«Les liens entre les individus se tissent au travers de séances d'épouillage soutenues et le partage de nourriture, écrit Picq. Ils installent des relations de réciprocité qui se révèlent précieuses dans les conflits» qui, en politique humaine comme en politique des singes, sont nombreux et conduisent parfois au drame.

Meurtre pour le pouvoir


Le primatologue néerlandais Frans de Waal a été témoin de la chose au zoo d'Arnhem, au pays des canaux et des moulins, en assistant au meurtre d'un chimpanzé fomenté par deux mâles coalisés, rapporte Picq dans son bouquin. Dans cette communauté, en cage comme en pleine nature, ce genre de violence pour se débarrasser d'un rival — souvent symbolique dans le monde des humains — est monnaie courante et implique aussi parfois des femelles dont leur rôle, dans cette politique du singe, n'est pas à négliger.

«Il y a le pouvoir formel et les réseaux informels qui permettent de le maintenir et dans lesquels les femelles occupent une place importante», dit Picq en évoquant quelques intrigues à saveur sexuelle qui viennent parfois pimenter les rapports de force entre hominidés. Un doute? Chez les bonobos, une femelle peut briser une coalition en formation qui menace un mâle dominant. «Elle se pliera par la suite à un accouplement avec les deux protagonistes pour aider à faire passer la pilule», résume le paléoanthropologue.

Dans cette mise en parallèle amusée et amusante, l'homme évite, à quelques exceptions près, de nommer, de mettre un visage connu sur un comportement animal. «Je ne voulais pas faire dans la caricature, dit-il. Je voulais seulement écrire un essai d'anthropologie évolutionniste de la politique.» Mais il se plie toutefois au jeu des comparaisons entre certaines tribus de singes et des formations politiques.

Ainsi, l'extrême gauche politique serait, selon lui, incarné dans la sphère animale par les cercopithèques, ces petits singes à longue queue qui «crient beaucoup et agissent peu», des bêtes outrées en somme qui se nourrissent des fruits de la nature, vont parfois voler dans des champs cultivés et se tiennent en groupe restreint, explique l'auteur.

La droite pragmatique et intrigante, quant à elle, trouve certainement ces racines chez la communauté des macaques, un groupe dont les «fossiles vivants sont encore actifs», où la hiérarchie est stable et où le pouvoir repose non pas sur la force, mais sur la capacité à «nouer des relations avec des alliés». Et forcément, «toute ressemblance avec des personnages ou des groupes politiques connus n'est pas coïncidence fortuite», comme le dit l'auteur qui avoue, avec son bouquin, ne chercher rien d'autre qu'à souligner nos «archaïsmes culturels» en passant par les chimpanzés.

Cette description des origines naturelles de la politique se veut d'ailleurs sans cynisme, sans ironie, mais avec un constat toutefois: «Si Aristote revenait sur terre, il serait effaré par la médiocrité de nos arènes médiatiques», écrit-il. Médiocrité qui, à l'image des singes dans une cage au zoo, a le mérite de divertir pour, sous la houlette d'un paléoanthropologue, mieux faire réfléchir.
41 commentaires
  • Umm Ayoub - Inscrite 9 février 2012 02 h 27

    Méprisant


    Je trouve cet article très méprisant.

  • Moteur - Inscrit 9 février 2012 03 h 44

    Réaliste!

    Je trouve cet article réaliste!

    Il a bien fallu qu'il la puise quelque part son inspiration, l'auteur de "La planète des singes!"

  • Socrate - Inscrit 9 février 2012 04 h 23

    Idées nouvelles?

    Ça alors! Que vont devenir les idéees nouvelles en politique? De simples petits singes médiatiques tout comme ceux de Lady Godiva des États? Il me semblait bien aussi...

  • Denis Paquette - Abonné 9 février 2012 04 h 55

    Des humains !

    Ce qui voudrait dire que l'image voire le mimétisme et la posture serait plus importants que les conceptes, l'on s'en doutait, Effectivement le mamifere est toujours tres present en nous c'est incontestable. J'ai meme des amis qui disent que c'est souvent le reptile qui mene, Sinon comment comprendre qu'il y a encore des politiciens pour croire en la torture et a la peine de mort . En fait, je crois que l'etre pensant est plutot rare . Je crois qu'il est présent dans certains milieux mais, ca exige un long apprentissage et surtout beaucoup de disponibilités. Car ca prend des individus capables de se projeter au-dela de leurs émotions. Ce qui n'est pas évident . Etre capable de concepts et d'idées n'est pas donné a tout le monde . Peut etre existe-t-il encore sur terre des homidés dont il est abusif de dire qu'ils sont des humains. Bonne journée

  • Biscornu - Inscrit 9 février 2012 05 h 16

    Oui, méprisant et injuste!

    Surtout quand on pense que certaines espèces de grands singes sont à risque de disparaître pour avoir été trop peu méfiants de l'homme et de l'hommerie, la comparaison avec les politiciens est blessante... pour les chimpanzés, évidemment!